Pauline Marois a participé à la cérémonie d'ouverture du Sommet international des coopératives, lundi, au Centre des congrès de Québec.

Relations Québec-France: Marois espère un retour à la «normale»

L'ancien président français Nicolas Sarkozy a commis une faute en parlant de «sectarisme» pour décrire le mouvement souverainiste québécois, affirme Pauline Marois.
À quelques jours de son premier voyage officiel en France, la première ministre du Québec vise le rétablissement de relations «normales» avec Paris. Il lui plairait de voir l'actuel président François Hollande renouer avec la politique de «non-ingérence, non-indifférence».
C'est ce qu'elle a confié, lundi, lors d'une entrevue accordée au Soleil dans ses bureaux de l'édifice Honoré-Mercier, à Québec.
Nicolas Sarkozy «était allé beaucoup trop loin. Ça nous avait profondément choqués» de l'entendre soutenir, en 2008, que le monde n'a pas besoin d'une «division supplémentaire»; et, quelques mois plus tard, de le regarder fondre sur le mouvement souverainiste en parlant de «sectarisme» et d'«enfermement sur soi».
S'attend-elle à ce que François Hollande renoue avec la politique de «non-ingérence et non-indifférence»?
Pense-t-elle qu'il dira, comme les dirigeants français il y a quelques années encore, que la France «accompagnera le Québec quel que soit le chemin qu'il choisira»? «C'est une perspective qui ne me déplaît pas», a répondu Mme Marois.
Mais la chef du gouvernement québécois veut éviter de paraître quémander quoi que ce soit. «Je ne veux pas mettre des mots dans la bouche» de François Hollande, dit-elle.
«Choix de son avenir»
Ce qu'elle espère, au fond, c'est que le président français dise, à sa manière s'il le faut, que le Québec a «le choix de son avenir».
La chef du gouvernement québécois rencontrera le président socialiste François Hollande, son premier ministre, Jean-Marc Ayrault, les présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, ainsi que l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy, François Fillon, et d'autres ténors de la droite comme Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin - des «amis» traditionnels du Québec.
On le devine, la mission de Pauline Marois en France, qui se déroulera du 15 au 17 octobre, sera plus politique qu'économique.
Le gouvernement de Pauline Marois se félicite, cela dit, des ententes France-Québec sur la mobilité de la main-d'oeuvre, l'un des principaux héritages de Jean Charest sur ce plan. Il appuie aussi désormais les négociations sur l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne.
Francophonie
Avant Paris, Pauline Marois participera, les 13 et 14 octobre, au XIVe Sommet de la Francophonie, à Kinshasa, dans un pays où la démocratie est fragile et sous tension.
La République démocratique du Congo (RDC) a été choisie «pays hôte» en 2008 à Québec. «Ce n'est pas nécessairement le dirigeant qu'on appuie» en y allant, note Pauline Marois.
Fallait-il y aller ou pas? «J'ai réfléchi à ça. Je me suis dit : est-ce mieux de dénoncer une situation assise chez moi, à Québec, ou est-ce mieux de le faire sur place en indiquant comment on doit être exemplaire dans les États de la Francophonie?»
En RDC, Pauline Marois rencontrera des représentants de l'opposition. Elle prononcera un discours sur les droits de la personne et un autre sur les droits des femmes. «On sait que c'est difficile pour elles sur certains continents», glisse-t-elle.
Mme Marois croit que l'ensemble francophone s'est trop dispersé pendant des années, mais qu'il revient à l'essentiel. La Francophonie est en train de redevenir «un forum de promotion de notre langue et d'élargissement de son rayonnement».
«Pour le Québec, elle est une porte d'entrée sur l'international. Elle nous permet de faire valoir notre différence, ce que nous sommes.»
C'est à Kinshasa qu'elle aura son premier tête-à-tête avec le chef du gouvernement canadien, Stephen Harper. Elle explique que son «objectif est d'établir une ligne de communication qui soit la plus positive possible avec lui».
«Je vais lui rappeler que nous sommes un gouvernement qui veut défendre les intérêts du Québec, qui veut défendre nos compétences aussi. Mais ce sera surtout une première rencontre qui nous permettra de prendre contact.»