Les chefs Gabriel Nadeau-Dubois, Jean-François Lisée et François Legault ont pris part à une conférence de presse mercredi pour présenter leur position commune sur la mise en place d'un mode de scrutin proportionnel mixte.

Réforme du mode de scrutin: l'opposition réunie, les libéraux font cavalier seul

Tous les partis d’opposition se sont formellement engagés mercredi à réformer le mode de scrutin s’ils sont portés au pouvoir en octobre prochain, tandis que le Parti libéral fait bande à part et ne jure que par le système actuel.

Dans un rare moment d’unanimité à l’Assemblée nationale, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, celui de la Coalition avenir Québec, François Legault, ainsi que le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois et le chef du Parti vert, Alex Tyrrell, se sont présentés ensemble devant les journalistes pour annoncer que dans la première année d’un mandat qui porterait l’un de ces partis au pouvoir, le Québec adopterait un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire.  

Seul le Parti libéral est resté sur le quai et refuse catégoriquement toute modification au mode de scrutin tel qu’il est aujourd’hui. Immédiatement après la signature de l’entente, la ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Kathleen Weil, a convoqué la presse. 

Flanquée de huit députés du caucus libéral, elle a voulu envoyer un signal clair: le PLQ mise sur le statu quo, et «demande à ce que les partis d’opposition mettent cartes sur table» et expliquent les tenants et aboutissants d’un changement du système de vote. 

«Cette proposition nous semble, à première vue, causer un préjudice profond envers les régions du Québec. Les oppositions doivent être claires et jouer franc-jeu avec les électeurs», a dit d’emblée la ministre Weil. 

Le Parti libéral soulève des doutes notamment sur la stabilité des gouvernements successifs, la représentation des régions et l’imputabilité des députés envers la population. 

Mme Weil défend qu’un grand nombre de consultations sur un projet de réforme a eu lieu depuis le début des années 2000, et «que le consensus, c’est qu’il n’y a pas de consensus dans la population».  

Sa collègue Lise Thériault a pour sa part émis des réserves sur le rôle des députés qui seraient élus à partir d’une liste régionale de candidats, tandis que d’autres siégeraient à l’Assemblée nationale à titre de député de circonscription. «À partir du moment où on va parler d’un député avec un rôle supra, c’est quoi, son obligation, lui, d’être ici au Parlement? Quelle est son imputabilité? Qu’est-ce qu’il aura comme budget?», a dit Mme Thériault. 

Dernier scrutin uninominal à un tour?

Comme le rapportait Le Soleil en avril dernier, les trois partis d’opposition avaient en main depuis quelque temps un rapport du Mouvement démocratie nouvelle (MDN). Ils s’étaient alors positionné en faveur d’un changement du mode de scrutin. 

Mercredi, MM. Lisée, Legault et Nadeau-Dubois se sont engagés à ce que l’élection de 2018 soit la dernière à scrutin uninominal à un tour. 

«Si ça signifie que les Québécois nous imposent de travailler ensemble, parce que les majorités ne sont pas aussi fortes, bien, ce sera l’expression de la volonté populaire, et nous nous y plierons», a commenté le chef du PQ. Pour Gabriel Nadeau-Dubois, «ce n’est jamais arrivé que des partis s’entendent à ce point sur les grands paramètres d’un nouveau mode de scrutin.» 

«C’est possible d’avoir des gouvernements qui travaillent ensemble, des partis qui travaillent ensemble à faire avancer le Québec. Je pense qu’on est rendus là», a pour sa part réagi le chef de la CAQ, François Legault. 

Tous les deux ont toutefois refusé de dire si, dans l’éventualité où les libéraux constituaient un gouvernement minoritaire en octobre prochain, le PQ et la CAQ formeraient une coalition pour les renverser. 

La CAQ s’est aussi montrée fermée à l’idée d’augmenter le nombre de sièges à l’Assemblée nationale, qui est de 125 à l’heure actuelle. 

Rappelons que le Mouvement démocratie nouvelle a organisé l’automne dernier une tournée à travers le Québec pour discuter d’une réforme du mode de scrutin. 

Dans le rapport qui a émergé de cette consultation, MDN suggère l’instauration d’un système dit «mixte» parce qu’il comprendrait à la fois des sièges de circonscription, pourvus de la même manière qu’actuellement, mais qui seraient en moins grand nombre, et des sièges de «compensation» distribués sur une base régionale. Chaque citoyen aurait alors deux votes, le premier servirait à élire un député de circonscription provenant de telle ou telle formation politique et le second, à choisir un parti.