Des membres du Collectif pour un Québec sans pauvreté ont manifesté mercredi devant les bureaux du ministre Blais.

Réforme de l'aide sociale : «une chance additionnelle», dit François Blais

Le programme Objectif emploi, au coeur de la réforme de l'aide sociale, constitue «une chance additionnelle pour des gens qui n'ont pas nécessairement eu une vie très facile», estime le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais. Un propos qui hérisse la Coalition Objectif dignité, qui épingle sa démarche qu'elle juge coercitive.
Le «projet de Règlement modifiant le Règlement sur l'aide aux personnes et aux familles» - c'est son titre - a été publié mercredi dans la Gazette officielle du Québec. Il annonce la mise en oeuvre du programme Objectif emploi, lequel s'adressera aux premiers demandeurs d'aide sociale, soit à quelque 17 000 personnes par année.
Le projet de règlement fait suite à l'adoption par l'Assemblée nationale le 10 novembre du projet de loi 70.
Il confirme que chaque participant bénéficiera d'une bonification de sa prestation pouvant aller jusqu'à 260$ par mois. En revanche, après trois manquements, la prestation de base accordée à un adulte, qui est de 628$, tomberait à 404$ par mois.
Pour François Blais, les programmes volontaires ont démontré leur échec. «Il faut augmenter un petit peu la pression pour que les prestataires viennent vers nous. Car, on sait que lorsqu'ils viennent, quand ils suivent un parcours, le taux de réussite par la suite est très important.»
Le lancement comme tel du programme est prévu pour le printemps 2018.
Le ministre assure qu'«il permettra une prise en charge adaptée aux besoins» de chacun. Trois types d'intervention sont prévus - des «parcours» : un retour aux études, une recherche d'emploi et le développement des habiletés sociales.
Des critiques
Des gens participeront avec enthousiasme au nouveau programme - ceux qui auraient de toute façon quitté l'aide sociale très rapidement. D'autres y participeront parce qu'on les y forcera. Mais d'autres encore, les plus «poqués», ne pourront pas y participer et écoperont de pénalités, fustige Serge Petitclerc, du Collectif pour un Québec sans pauvreté et coporte-parole de la Coalition Objectif dignité.
Prenant son exemple à témoin, une citoyenne de Québec, Julie Montreuil, explique avoir dû demander de l'aide sociale il y a 20 ans, mais que ce n'est que 18 ans plus tard qu'on a pu diagnostiquer la maladie qui l'empêchait de travailler. Elle fait valoir que des personnes aux prises avec une situation comme celle qu'elle a vécue verront leurs prestations être amputées, car elles ne pourront fournir la preuve qu'elles sont réellement incapables de participer au nouveau programme.
«Appauvrir des personnes déjà pauvres, comment cela va-t-il les aider à s'en sortir?», dénonce Yann Tremblay-Marcotte, du Front commun des personnes assistées sociales.
En novembre dernier, les députés du Parti québécois et de Québec solidaires ont voté contre le projet de loi 70. En guise de protestation, ceux de QS s'étaient retournés contre un mur lors du vote, ce qui leur a valu des remontrances du président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon.
Des faits saillants
Voici des faits saillants du projet de règlement publié dans la Gazette officielle:
• En cas de manquement sans motif valable à l'un des engagements énoncés à son «plan d'intégration en emploi», la prestation mensuelle du participant ou de sa famille sera réduite de 56$ pour un premier accroc, de 112$ pour un deuxième et de 224$ pour un troisième;
• Lorsque son plan d'intégration prévoira l'obligation d'accepter un emploi offert, le participant pourra le refuser dans certaines conditions : par exemple, s'il lui occasionne des frais trop importants de garde ou de déplacement, peut-on lire dans le document de 11 pages. Le participant ne sera pas réputé commettre un manquement s'il quitte son emploi pour des motifs valables. Par exemple, s'il est victime de discrimination ou de harcèlement;
• Le participant respectant ses engagements verra le montant de son allocation être majoré de 38$ ou de 60$ par semaine, selon les «activités réalisées». Ce montant sera lui-même augmenté de 30$ pour le prestataire participant à une formation qui est sans conjoint et qui a au moins un enfant à sa charge.
Les intéressés ont 60 jours pour réagir à ce projet de règlement et tenter d'en faire modifier des éléments. S'il est modifié, il ne le sera vraisemblablement qu'à la marge.
Pour Serge Petitclerc, il est «mesquin» et «lâche» de tenir des consultations en plein été alors que des organismes de défense des citoyens susceptibles d'y pendre part sont fermés ou fonctionnent à personnel réduit.