Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx a porté son chapeau de ministre de la Capitale-Nationale cette semaine, lui qui a pris part à pas moins de sept annonces en quatre jours.

Rafale de 1,4 milliard $ en annonces préélectorales

L’hyperactivité a gagné les ministres libéraux, qui occupent leurs derniers jours avant le déclenchement de la campagne électorale à faire des annonces aux quatre coins du Québec. Déjà, 37 annonces ont été réalisées en 4 jours, qui totalisent des investissements de 1,4 milliard $… et la semaine n’est pas finie.

Le gouvernement Couillard n’a pas trouvé à la dernière minute des millions de dollars non utilisés à dépenser. La plupart des montants annoncés cette semaine faisaient déjà partie du budget de mars dernier, mais les annonces officielles sont livrées en rafale ces jours-ci.

Le montant compilé par Le Soleil comprend l’aide de 863 millions $ aux entrepreneurs et agriculteurs québécois touchés par les barrières tarifaires imposées par l’administration Trump. Cette annonce a été faite par le premier ministre Philippe Couillard mercredi. Entouré d’une brochette de ministres, il a expliqué que cette mesure était possible grâce à la «marge de manœuvre financière» du gouvernement.

Jeudi, pas moins de 17 annonces impliquant des ministres ont eu lieu. Vendredi, des mesures pour l’industrie du taxi à Montréal et pour la protection de l’île d’Anticosti sont entre autres prévues. Et c’est sans compter les nombreux points de presse, de moins grande envergure, organisés par les députés.

À titre d’exemple, le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx a porté son chapeau de ministre de la Capitale-Nationale pour être davantage présent dans la région de Québec cette semaine, enfilant pas moins de sept annonces en quatre jours.

Questionné à ce sujet, M. Proulx a soutenu qu’il avait toujours des horaires chargés. «Je suis rarement assis dans mon bureau.» Il a nié que les annonces de cette semaine aient été repoussées pour concorder avec la période de précampagne électorale. «C’est certain que j’ai eu quelques enjeux d’horaire avec l’année scolaire», évoque-t-il pour expliquer ses nombreuses sorties à la mi-août.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette était quant à lui à Saint-Georges-de-Beauce mardi pour inaugurer officiellement les unités mère-enfant et pédiatrie de l’hôpital, locaux qui sont toutefois pleinement fonctionnels depuis un an.

Planifié d’avance

Certains fonctionnaires qui travaillent à l’organisation de ces annonces, surtout ceux dans le domaine des communications, sont débordés ces jours-ci. D’autres ne le sont pas, car le contenu des annonces est prêt depuis longtemps, explique David Bernans, vice-président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). «De l’extérieur, ça a l’air vraiment intense cette pluie d’annonce, mais tout était planifié pour que ça arrive au bon moment», assure-t-il.

Les professionnels au service de l’État n’ont pas été appelés en renfort durant leurs vacances estivales pour préparer les annonces. Ils sont pour la plupart au courant de leur contenu depuis longtemps. «Tout est chorégraphié pour que ça arrive juste avant la campagne», atteste M. Bernans.

Les fonctionnaires du gouvernement reçoivent toutefois davantage d’appels qu’à l’habitude. Car ceux qui sont concernés par ces annonces se demandent si tout ça va bel et bien se réaliser ou si ce n’est que des promesses électorales déguisées. «Certains projets sont déjà en cours, d’autres annonces sont à plus long terme, alors nos membres répondent aux inquiétudes des gens», indique M. Bernans.

Le gouvernement Couillard n’est pas le premier à employer la stratégie des annonces préélectorales. Cette fois-ci par contre, elle semble utilisée de façon plus intense. «J’ai l’impression qu’il y a plus d’annonces que d’habitude parce qu’on a, pour la première fois, des élections à date fixe. C’était réfléchi», avance le représentant syndical.

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LES QUÉBÉCOIS SONT-ILS MYOPES?

La stratégie des annonces ciblant des clientèles précises dans les mois précédant une élection est très répandue, que ce soit au Québec, au Canada ou aux États-Unis, indique François Pétry, professeur émérite de science politique à l’Université Laval.

La particularité chez les libéraux cette fois-ci tient au grand nombre d’annonces, aux montants parfois élevés. «Si le gouvernement de Philippe Couillard peut se permettre autant d’annonces menant à des dépenses importantes, c’est que le contexte budgétaire lui permet de le faire. Les gouvernements précédents, de Jean Charest et de Pauline Marois, n’ont pas eu la latitude budgétaire leur permettant de promettre autant de nouvelles dépenses dans autant de secteurs distincts», explique M. Pétry.

M. Couillard peut agir ainsi parce qu’il a «suivi à la lettre ce que les experts appellent le cycle électoral». Cette stratégie consiste à baisser les dépenses dans la première moitié du mandat afin de dégager des surplus dans la deuxième moitié du mandat. Le gouvernement passe ainsi de l’austérité à l’abondance.

«Logiquement, le cycle électoral est rendu possible par la myopie des électeurs qui sont tout juste capables de se souvenir de ce qui est arrivé politiquement dans la dernière année et ont donc oublié l’austérité passée», indique le professeur de sciences politiques. Selon M. Pétry, la stratégie a été gagnante pour le premier gouvernement de Lucien Bouchard, réélu en 1998.

Reste à savoir comment réagiront les Québécois 20 ans plus tard. «Les Québécois ne sont pas aussi myopes qu’on veut bien le croire. Plusieurs d’entre eux n’ont pas oublié l’austérité passée qu’ils ont jugé excessive.»

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EN CHIFFRES

  • 37 annonces faites cette semaine* par des ministres
  • 1,4 milliards $ octroyés cette semaine* par des ministres

* Du 13 au 16 août inclusivement. Compilation effectuée par Le Soleil à partir de l’agenda quotidien des ministres et des communiqués de presse émis par le gouvernement.