«Je ne me sens pas visé parce que je ne snobe personne», a assuré le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, en guise de réponse au maire Labeaume.

Quels tabous? demande le gouvernement

Il est faux d'affirmer qu'il existe des sujets tabous chez les responsables politiques comme le soutient le maire Régis Labeaume, dit-on au gouvernement Couillard. On ne s'estime pas responsable de la montée des extrémismes.
Des tabous ? On a pourtant «un débat, on a des discussions», a rétorqué mercredi la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, porteuse du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l'État. D'autres libéraux ont noté que des débats se sont également déroulés sur les niveaux d'immigration.
Mme Vallée a ajouté ne pas comprendre les propos du maire de Québec.
Le maire Labeaume n'a pas nommément visé les membres du gouvernement Couillard, non plus que ceux de celui de Justin Trudeau, mais plusieurs ont compris qu'il pensait à eux. Les chefs du Parti québécois, Jean-François Lisée, et de la Coalition avenir Québec, François Legault, ont tenu des propos semblables aux siens ces derniers temps.
«Si le maire Labeaume veut aller plus loin, comme certaines formations politiques...», a d'ailleurs laissé tomber Stéphanie Vallée sans terminer sa phrase. Elle voulait dire que le Parti québécois ou la Coalition avenir Québec devront être choisis par les électeurs, et former le gouvernement, s'ils veulent aller plus loin que son gouvernement sur le terrain de la laïcité.
Au coeur du projet de loi 62, la règle du «visage découvert» ne sera pas élargie à la rue et aux commerces, a-t-elle remartelé. Elle continuera de se limiter à la prestation et à la réception des services publics de l'État.
Le Parti québécois veut se pencher sur l'interdiction du port du voile intégral dans l'espace public - que Régis Labeaume veut proscrire. La Coalition avenir Québec dit vouloir s'en tenir à l'interdiction du port de symboles religieux pour les représentants de l'État en position d'autorité.
Les «camps»
«Je ne me sens pas visé parce que je ne snobe personne», a assuré le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, en guise de réponse au maire de la capitale.
«Dans quel camp je suis entre ceux qui veulent une société inclusive et ouverte et ceux qui veulent une société repliée sur elle-même et qui fomentent la peur des étrangers ?», s'est interrogé à voix haute son collègue Martin Coiteux pour mieux assener sa réponse : «Je suis du côté de l'inclusion et de l'ouverture.»
Il relayait ainsi un message de Philippe Couillard. Entre «les gens qui prônent subtilement ou non le racisme et la xénophobie, et ceux qui s'y opposent, il faut choisir son camp. J'ai choisi le mien, c'est celui de m'opposer au racisme et à la xénophobie», a déclaré le premier ministre lundi. Il tenait à faire comprendre que lui ne ferait pas d'équivalence entre les deux contrairement au président américain Donald Trump après les violences à Charlottesville, en Virginie.
Amorcée il y a plusieurs années ailleurs dans le monde, mais aussi au Québec, la montée des extrémismes donne lieu à des échanges de plus en plus vifs sur la scène politique québécoise - à près d'un an des prochaines élections générales au Québec.
Le PQ et la CAQ accusent les libéraux d'être responsables de ce phénomène par leur «inaction», par leur «incapacité» à répondre aux inquiétudes d'un bon nombre de Québécois.
Pour le gouvernement, les propos des ténors péquistes et caquistes, le fait qu'ils attiseraient les craintes, contribuent à la montée de l'extrême droite.