En vertu d’un appui de 98 % des membres Québec solidaire, Manon Massé serait désignée première ministre si sa formation prenait le pouvoir.

Québec solidaire révise à la baisse sa cible de réduction des GES

Québec solidaire (QS) révise à la baisse sa cible de réduction de gaz à effet de serre, passant de 67% d'ici 2030 à 45%. Un objectif plus «réaliste» et plus «crédible».

Au terme d'un débat samedi matin, les délégués solidaires réunis en conseil national, au Cégep de Sainte-Foy, se sont rangés aux deux tiers derrière cette nouvelle cible. La décision a été prise à la lumière d'une étude commandée il y a quelques mois par la direction du parti. Le tout dans le cadre de la stratégie de transition énergétique et économique sur laquelle planche QS.

Le constat fait par la firme d'experts et par l'«expertise à l'interne», explique l'attachée de presse de QS Stéphanie Guévremont, est que la cible de 67%, mise de l'avant par le parti depuis 2011, n'était pas atteignable malgré l'application de toutes les mesures incluses dans le programme électoral solidaire. Elle n'était donc pas réaliste. 

La formation de gauche garderait toutefois le cap sur la cible de réduction de 95% d'ici 2050. On soutient chez QS que la cible de 2030 ne tenait pas compte de la progression «plus lente» au début de la transition énergétique.

Parmi les autres mesures entérinées samedi matin, un gouvernement solidaire retirerait le Québec de la Bourse du carbone nord-américaine, qui octroie selon les membres «des permis de polluer», et annoncerait la fin de sa participation à la taxe fédérale carbone d'ici la fin de son premier mandat. Un système alternatif serait élaboré et proposé dès un second mandat. 

Appui monstre pour Manon Massé 

En vertu d’un appui de 98% des membres QS, Manon Massé serait désignée première ministre si sa formation prenait le pouvoir.

Ce qui était en quelque sorte un vote de confiance s’est soldé par un résultat qu’un membre de la presse parlementaire a qualifié de «soviétique», tant l’appui envers Mme Massé est majoritaire. «L’honneur est sauf, ce n’est pas 100%», a dit à la blague Amir Khadir, député de Mercier, avant de dévoiler le résultat. 

Malgré une fracture au fémur — un accident de ski — qu’elle soigne depuis le 22 avril, Manon Massé s’est présentée sur la scène, béquilles sous les bras. Elle a livré un discours à saveur électorale, écorchant le bilan des libéraux, notamment en matière de santé. Elle a dit avoir hâte de se coltailler avec François Legault, Philippe Couillard et Jean-François Lisée lors des débats. «Ça va rocker», a-t-elle promis. 

La députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques s'est présentée en rassembleuse, près des gens ordinaires et non pas de la clientèle «triée sur le volet». Une référence à la déclaration récente du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, comme quoi la clientèle de pêche dans le Grand Nord n'en était pas une «de Walmart», mais plutôt «triée sur le volet».

Mme Massé a réitéré que QS n'était pas un parti montréalais, espérant réaliser des percées à Québec, dans Jean-Lesage et dans Taschereau. 

Elle s’est aussi permise une pointe dirigée vers l’homme d’affaires Alexandre Taillefer, qui présidera la campagne électorale du Parti libéral du Québec (PLQ), apprenait-on cette semaine. «Ça prend rien que des millionnaires pour trouver ce parti-là progressiste», a-t-elle dit. «Les positions progressistes de Monsieur Couillard me rejoignent», disait M. Taillefer sur les réseaux sociaux.

Nouveau sondage

Un nouveau sondage Léger-Marketing Le Devoir–Le Journal de Québec indiquait samedi matin que les intentions de vote à l'endroit de QS étaient de 10%, en hausse de deux points de pourcentage depuis le dernier coup de sonde. Les 10% sont toutefois en-dessous des attentes.

«C'est un sondage...» a banalisé Mme Massé. «Sur le terrain, nous ce qu'on voit, c'est qu'on remplit des salles comme jamais. [...] On est rendu à près de 20 000 membres, du jamais-vu», a-t-elle plaidé. «Pour moi le vrai sondage, c'est le 1er octobre.»

Le sondage consolide par ailleurs la Coalition avenir Québec en tête des intentions de vote, avec 35%. Les libéraux ont chuté à 2 %, alors que le Parti québécois fait du surplace à 22%. 

Huis clos

Plusieurs des activités tenues au conseil national de QS le sont à huis clos, c'est-à-dire à l'abri des médias. Le débat sur la réduction de la cible des GES, en matinée, a bien failli l'être également à la demande de certains délégués. 

Le parti ne manque pas de transparence, a défendu la co-porte-parole Manon Massé. Elle estime que les débats sur les stratégies électorales doivent se tenir à huis clos pour éviter de transmettre de l'information aux adversaires politiques. «Débattre stratégie, c'est quelque chose qu'on doit faire entre nous, parce que ça peut nous coincer, ça peut nous piéger. [...] Je pense que ce n'est pas un manque de transparence, c'est une maturité politique qu'on est en train d'apprendre», a-t-elle dit.