Québec solidaire veut se faire le porte-parole des travailleurs non-syndiqués du Québec, qui représentent 60 % de tous les travailleurs, selon les députés Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé.

QS: sortir les employés non-syndiqués de l'oubli

Québec solidaire veut marquer son ancrage à gauche. D'ici les prochaines élections générales, il entend mener une «offensive sur les conditions de vie et de travail des non-syndiqués». Plus inédit : il proposera aussi de faire passer de quatre à huit le nombre de paliers d'imposition des particuliers au Québec.
«Les organisations patronales seront là pour défendre leurs membres. Les organisations syndicales aussi. Québec solidaire [QS] veut être la voix des travailleurs et des travailleuses qui ne sont pas syndiqués, dit Gabriel Nadeau-Dubois. Ils sont toujours oubliés.»
Pourtant, 60 % des travailleurs québécois ne sont pas syndiqués, note Manon Massé. Comme les autres, ils se lèvent le matin, ils vont travailler et ils créent de la richesse. Mais ils n'ont pour seule protection que la Loi sur les normes du travail, souligne la députée.
Outre un salaire minimum à 15 $ l'heure, les revendications de QS pour les non-syndiqués sont diverses : quatre semaines de vacances au bout d'une année de travail - plutôt que deux comme actuellement; aussi, davantage de «congés sociaux» pour aider les chefs de famille, les conjoints, les parents ou les aidants naturels.
Le parti demande également que tous les employés puissent obtenir leur horaire de travail au moins cinq jours à l'avance, et non pas la veille ou l'avant-veille, comme cela arrive dans certains milieux.
Passer progressivement à quatre semaines de vacances permettrait d'accroître la productivité des entreprises, puisque celles-ci pourraient compter sur des employés plus reposés, en meilleure santé physique et mentale, et peut-être aussi mieux disposés à leur égard, expliquent les deux porte-parole de QS.
Huit paliers d'imposition
Les solidaires préconisent et préconiseront huit paliers d'imposition pour les particuliers au Québec au lieu des quatre actuels. C'est un projet sur lequel le parti planche actuellement.
Gabriel Nadeau-Dubois fait valoir que les «fourchettes» actuelles sont trop larges, ce qui permet à certains de ne pas payer leur juste part d'impôt. Si l'on ne prend que la part de Revenu Québec, pour les individus, le taux d'imposition pour les revenus gagnés entre 85 405 $ et 103 915 $ est de 24 %. Il est de 25,75 % pour tous les dollars gagnés au-delà de 103 915 $. 
«Il y a des gens qui devraient en payer plus, mais ce serait une minorité», soutient le député de Gouin. Il parle d'une «fiscalité plus équitable». Il faut «donner du pouvoir d'achat aux gens en bas de la pyramide», dit-il.
Manon Massé renchérit : moins on est nanti, plus les dollars supplémentaires reçus sont dépensés dans l'économie locale. Ils ne sont pas «placés».
Hors de Montréal...
Si le défi de la Coalition avenir Québec est de s'installer à Montréal, celui de QS est d'en sortir - de faire élire des députés à l'extérieur de la métropole. Ce serait tellement plus facile avec un mode de scrutin proportionnel, laisse tomber Mme Massé. Elle sait toutefois qu'il en est question depuis longtemps, sans résultat.
En attendant une éventuelle réforme sur ce front, elle veut voir les choses positivement. Elle relève qu'environ 60 % des quelque 6000 nouveaux membres recrutés par son parti depuis mars viennent de l'extérieur de Montréal. QS compte près de 17 000 adhérents en tout, à l'heure actuelle.
Ces 60 % donnent de l'espoir à la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques.
Identité «caricaturée»
QS convient que sa position sur les questions identitaires - aux antipodes de celle du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec - n'est pas facile à faire passer tous les jours.
«C'est une question de devoir que de refuser des politiques qui, directement ou indirectement, tendent à diviser les Québécois en fonction de leurs origines ou de la religion qu'ils pratiquent», déclare Gabriel Nadeau-Dubois.
Le problème, enchaîne-t-il, est que la position de son parti est «constamment caricaturée. Quand des adversaires disent que Québec solidaire affirme que tous les Québécois sont racistes et que c'est répété, répété et répété sur toutes les tribunes, après on a un travail à faire pour dire que non, que ce n'est pas vrai».
«Lorsque la CAQ et le PQ disaient qu'il y a de la maltraitance systémique contre les aînés, est-ce qu'ils disaient que tous les Québécois maltraitent les aînés? Bien sûr que non! Quand Québec solidaire dit qu'il existe du racisme systémique, c'est pareil. On ne dit pas que tous les Québécois sont racistes. Notre position ne changera pas, car c'en est une de principe et de devoir.»
Québec solidaire n'a-t-il pas ces dernières années vu la société québécoise comme plus sociale-démocrate qu'elle l'est en réalité? «On a peut-être sous-estimé à quel point les réformes liées à l'atteinte du déficit zéro ont fait mal au tissu social», répond M. Nadeau-Dubois. Il estime qu'«elles ont eu un impact sur le sens de solidarité» des citoyens.