L’ex-président indépendantiste de la Catalogne, Carles Puigdemont

Puigdemont persona non grata au Canada

Le gouvernement du Canada lui a peut-être refusé l’entrée au pays, mais l’ex-président indépendantiste de la Catalogne, Carles Puigdemont, n’a pas l’intention d’en rester là. Il veut contester cette décision devant la Cour fédérale, à Montréal.

Son avocat québécois, Me Stéphane Handfield, a donc déposé lundi matin une requête devant la Cour dans ce but.

M. Puigdemont devait arriver au pays afin de participer, au début du mois d’avril, à une tournée qui avait été prévue et organisée par la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Mont­réal, prévoyant notamment des rencontres, une conférence et une possible visite à l’Assemblée nationale pour y rencontrer son président.

L’ex-président Puigdemont s’est exilé en Belgique à l’automne 2017 après la déclaration d’indépendance de la Catalogne. Celle-ci a été jugée illégale par le gouvernement espagnol qui a mis la Catalogne sous tutelle. M. Puigdemont a été initialement accusé de rébellion, de sédition, de détournement de fonds publics et de désobéissance à l’autorité.

Il avait dûment obtenu l’Autorisation de voyage électronique (AVÉ) requise pour venir au Canada — une simple formalité pour les citoyens européens, nécessaire depuis 2016 —, mais elle a été révoquée par les autorités canadiennes le 31 mars dernier. M. Puigdemont avait toutefois changé ses plans entre-temps et avait reporté son arrivée au pays. La révocation n’en est pas moins choquante pour la SSJB.

L’ancien président catalan n’a pas eu de motif pour la révocation de son AVÉ. Il s’agit donc de la première étape, souligne Me Handfield, un avocat spécialisé en matière d’immigration : il va obtenir les motifs de ce refus par écrit, pour ensuite préparer et présenter la contestation.

Les raisons pour lesquelles une personne peut être jugée interdite de territoire comprennent la criminalité, un grave problème de santé, le fait d’avoir menti dans sa demande ou pendant une entrevue.

Or, M. Puigdemont n’a aucun problème de santé ni antécédent judiciaire, soutient Me Handfield. Et il n’y a eu aucune entrevue.

Drôle de message

Il trouve que le gouvernement Trudeau envoie un drôle de message : «C’est comme si on disait qu’il est un indésirable au Canada. Qu’il est sur le même pied qu’un terroriste ou un membre du crime organisé.»

Le président général de la SSJB, Maxime Laporte, demande au gouvernement du Canada de réviser immédiatement sa position.

Le Canada se montre complaisant vis-à-vis de Madrid, a-t-il martelé en entrevue. «Le Canada semble accréditer l’idée qu’organiser un référendum, c’est une infraction criminelle», dit-il.

Au cabinet du ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, on précise que les AVÉ sont évaluées par des agents d’immigration bien formés sur la base des informations fournies par le demandeur. Chaque application est traitée au cas par cas conformément aux lois sur l’immigration.

«Nous ne pouvons pas commenter les détails d’un cas particulier sans le consentement écrit de cette personne», a ajouté Mathieu Genest, l’attaché de presse du ministre Hussen, qui insiste qu’il ne s’agit pas d’une «décision politique».

Me Handfield espère avoir une date d’audition d’ici la fin de l’année.

Bref, M. Puigdemont devra vraisemblablement faire une croix sur sa venue au pays cette année, à moins que le ministre de l’Immigration ou de la Sécurité publique n’use de son pouvoir discrétionnaire pour intervenir.

Questionnements

À Ottawa comme à Québec, des politiciens s’inquiètent de ce refus d’entrée, particulièrement ceux des formations politiques souverainistes.

Le porte-parole du Bloc québécois en matière d’affaires mondiales, Luc Thériault, estime que le premier ministre Justin Trudeau devra répondre à cette question : «Qu’a fait M. Puigdemont si ce n’est qu’il a commis le crime d’initier un geste de démocratie directe, d’initier une consultation populaire pour que son peuple décide de son propre destin?»

Justin Trudeau a le fardeau de démontrer qu’il ne s’agit pas d’une décision politique, prise parce qu’il voulait faire plaisir à l’Espagne, a-t-il poursuivi.

Le Bloc a d’ailleurs tenté de déposer une motion aux Communes lundi après-midi, pour demander à la Chambre de dénoncer la décision du gouvernement de refuser l’entrée au politicien catalan. Le dépôt d’une telle motion devant recevoir l’aval de tous, un «non» crié par un député a mis fin à la démarche.