Gabriel Nadeau-Dubois et Christine Labrie de Québec solidaire réclament une allocation mensuelle pour les proches aidants.
Gabriel Nadeau-Dubois et Christine Labrie de Québec solidaire réclament une allocation mensuelle pour les proches aidants.

Proche aidants: QS réclame 200$/mois

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
EXCLUSIF / Les proches aidants dépensent plus pendant la pandémie pour prendre soin de l’être cher, que ce soit à la maison ou à distance. Québec solidaire presse le gouvernement Legault de leur verser une allocation d’urgence de 200 $ par mois, en attendant une solution permanente.

«Les personnes proches aidantes ont vraiment subi de plein fouet l’impact de la pandémie. Notamment au niveau financier, parce que ç’a généré de nouvelles dépenses pour eux», explique au Soleil la porte-parole en matière de famille pour Québec solidaire (QS), Christine Labrie.

«Ça peut être par l’achat de matériel électronique pour rester en contact avec leur proche, alors qu’elles ne pouvaient plus avoir accès en personne. Ça monte vite, acheter un téléphone ou une tablette! Ou assumer plus de transport, parce que le transport adapté a été interrompu à certains endroits. Payer pour des services à domicile, parce que les organismes n’en offraient plus autant. Ça fait plusieurs dépenses pour des centaines de dollars, même les milliers si on parle d’une tablette», énumère la députée de Sherbrooke.

Elle compare cette aide à une «bouée de sauvetage».

Dans un sondage mené en juillet pour le Regroupement des aidants naturels du Québec, 57 % des proches aidants disaient avoir manqué de ressources pour prendre soin de leur proche depuis le début de la pandémie. Plus de la moitié.

Près de deux sur trois, 64 %, n’avaient reçu aucune aide financière des différents programmes, Prestation canadienne d’urgence (PCU) ou autres. Une personne proche aidante sur cinq avait même chiffré la hausse des dépenses liées à son rôle à 890 $, en moyenne, mais atteignant parfois 6000 $.

Plaster de 12 M$ par mois

Environ 60 000 Québécois et Québécoises se prévalent chaque année du crédit d’impôt aux proches aidants. Un nouveau montant mensuel de 200 $ par mois équivaudrait à une charge supplémentaire de 12 millions $ par mois pour le gouvernement.

QS demande d’aménager ce pont d’urgence «le plus vite possible» et au moins jusqu’au dévoilement du prochain budget, en mars.

«On peut s’imaginer que ça commence en décembre pour une première tranche de quatre mois», affirme de son côté le responsable des dossiers en santé et services sociaux chez QS, Gabriel Nadeau-Dubois.

La demande initiale s’élève autour de 50 millions $. «Une dépense importante, mais pas non plus exagérée en vue du déficit de 15 milliards $», relativise M. Nadeau-Dubois.

«Mais la mesure devrait se prolonger tant et aussi longtemps que la situation sanitaire va le justifier. Et j’ai envie de dire tant et aussi longtemps qu’on ne réglera pas le problème de l’appauvrissement des proches aidants, parce que c’est l’un des bilans de l’étude du projet de loi 56, le phénomène général d’appauvrissement. Nous, ce qu’on vient faire, c’est mettre un plaster sur le bobo en attendant, mais va falloir s’attarder au bobo», insiste le député de Gouin et cochef du parti.

Pour une année complète, on avoisinerait 150 millions $.

Selon le Regroupement des aidants naturels du Québec, l’État québécois économise chaque année entre 4 et 10 milliards $ grâce au travail invisible des proches aidants.

En plus de dépenser plus, ceux-ci perdent aussi des revenus.

Une solution en chantier

Mercredi, les élus de l’Assemblée nationale du Québec ont adopté à l’unanimité le projet de loi 56 visant à reconnaître et à soutenir les personnes proches aidantes. Projet de loi piloté par la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais.

Impliquée dans l’étude détaillée du projet de loi, Mme Labrie se réjouit d’y voir enfin reconnu le problème de l’appauvrissement des proches aidants.

«Mais c’est encore plusieurs mois avant la publication du plan d’action, puis encore du temps avant que les mesures se rendent aux gens. On va dans la bonne direction en reconnaissant le problème, mais pour la prochaine année, ça ne donne pas d’argent de plus dans les poches des personnes proches aidantes. Et on sait que cette année, c’est encore pire à cause de la pandémie», indique Mme Labrie.

Le deuxième parti d’opposition au parlement de Québec demande donc une aide immédiate.

«On l’a vu pendant la pandémie, quand on a sorti les proches aidants du réseau de la santé et des services, quand leur contribution a sauté, ça s’est mis à très, très mal aller. Si ça ne nous sert pas de leçon et que ça ne nous allume pas collectivement sur la nécessité de mieux les aider pour qu’ils arrêtent de s’appauvrir, je ne sais pas ce qui va le faire, résume M. Nadeau-Dubois.

«Notre proposition est le strict minium, un petit diachylon sur un problème qu’il va falloir régler. D’ici à ce que ça s’applique et que ça fonctionne, qu’est-ce qu’on fait ici, maintenant? On pense que ce 200 $ par mois, c’est un répit et un petit coup de pouce auquel les proches aidants ont droit.»

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SANTÉ MENTALE: D'AUTRES INVESTISSEMENTS... ÉVENTUELLEMENT

D’autres investissements s’en viennent en santé mentale, a promis vendredi le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, au terme d’une interpellation.

«C’est difficile de prédire la suite des choses, mais clairement, on veut faire plus d’investissements en santé mentale et améliorer le réseau à long terme», a-t-il déclaré.

En attendant, il encourage les Québécois qui vivent de la détresse psychologique à commencer par utiliser le guide d’autosoins du gouvernement «Aller mieux à ma façon».

Le gouvernement Legault est accusé de ne pas prendre la pleine mesure de la crise de santé mentale qui secoue le Québec. Il a annoncé cette semaine l’ajout de 25 millions $ pour aider les jeunes, mais les partis d’opposition ont signalé que plusieurs autres personnes étaient oubliées: entrepreneurs, agriculteurs, enseignants, etc.

«On demande une vision humaine, et non pas une vision comptable, du traitement de la santé mentale», a déclaré vendredi le député libéral Monsef Derraji. Son collègue, le libéral David Birnbaum, a renchéri en disant que les Québécois de toutes les tranches de la société étaient en train de vivre une crise de santé mentale parallèle à celle de la COVID-19.

En plus des 60 % de jeunes qui se disent anxieux ou en détresse, 34 % des enseignants songent maintenant à quitter la profession dû au stress lié à la pandémie, et 70 % des psychologues ont noté le retour de plusieurs de leurs anciens patients, a-t-il énuméré.

Le nombre de réclamations pour antidépresseurs effectuées auprès d’assureurs privés a monté de 11 % au Canada entre janvier et août 2020, mais de 20 % au Québec, ont souligné les libéraux, qui militent pour un accès universel à la psychothérapie au coût de 300 millions $.

Il s’agit d’une crise de santé mentale «historique», selon le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, qui a profité de l’interpellation vendredi pour demander la bonification des salaires et des conditions de travail des psychologues dans le réseau public. La Presse canadienne