Au dernier congrès péquiste, en avril 2011, Pauline Marois avait recueilli l'appui record de 93,08 %, un niveau jamais atteint dans l'histoire du PQ.

PQ: les congrès des espoirs déçus

DÉCODAGE / Le Parti québécois le voudrait bien, mais ses grands congrès ne constituent plus des rampes de lancement pour les élections suivantes. Ils sont des passages obligés.
Des passages obligés, un peu comme le sont les votes de «confiance» auxquels doivent se soumettre les chefs lors de ces rendez-vous. Les barres à franchir varient au gré des circonstances et les scores ne disent rien sur l'avenir.
Jean-François Lisée n'a certes pas les moyens politiques d'encaisser un appui de moins de 75 %. L'affaire est entendue. Moins de 75 % constituerait un creux historique au sein du parti fondé par René Lévesque.
En même temps, il faut en revenir de ces votes de confiance, alors que se déroule le 17e congrès national du Parti québécois (PQ), à Montréal. Une importance démesurée leur est accordée.
Ces votes ne signifient pas grand-chose en soi. Lucien Bouchard était demeuré en poste en recueillant 76,7 % d'appuis au congrès de 1996. En 2005, Bernard Landry a démissionné pour quelques décimales de moins. Il avait récolté le soutien de 76,2 % des délégués.
Ces bulletins de notes ne sont pas des boules de cristal. Même un excellent vote de confiance n'est gage de rien. Au dernier congrès péquiste, en avril 2011, Pauline Marois avait recueilli l'appui record de 93,08 % - un niveau jamais atteint dans l'histoire du PQ.
Enhardie, elle avait promis aux 1700 délégués réunis à Montréal de récupérer «tous les pouvoirs qui sont essentiels à l'épanouissement d'un peuple libre». Et de faire passer «la souveraineté du rêve à la réalité». Encore une fois, le grand soir approchait... Il ne pouvait plus en être autrement.
«Notre volonté est farouche et nous avons un plan», avait lancé la chef. On était dans le classique des classiques.
93 % d'appuis! Quelques semaines plus tard, Mme Marois affrontait une rébellion ouverte au sein de son caucus. En juin, cinq députés claquaient la porte : Louise Beaudoin, Pierre Curzi, Lisette Lapointe, Jean-Martin Aussant et Benoît Charette.
La crise s'est prolongée durant des mois. En janvier 2012, le député François Rebello sautait dans le train de la Coalition avenir Québec. Durant cette tempête interne, plusieurs présidents péquistes de circonscription ont quitté la barque.
Jusqu'à plus soif
Avec les «plans» censés mener le Québec à la souveraineté, la question linguistique a alimenté les congrès jusqu'à plus soif - du point de vue des chefs péquistes, à tout le moins.
Déjà, au congrès national du Parti québécois de 1971, on s'était affronté sur le financement des écoles anglophones...
En 1996, Lucien Bouchard a défié les militants qui réclamaient le retour à l'affichage unilingue français. Sa réplique est restée dans les annales péquistes : «Je veux pouvoir me lever le matin, me voir dans le miroir en sachant que je n'ai pas suspendu l'application des droits fondamentaux.»
Au congrès de 2005, lorsque Bernard Landry a tout quitté sur-le-champ, le Parti québécois était (encore une fois) divisé en clans. Un énième débat sur l'imposition de la loi 101 au collégial a ajouté à ses difficultés et contaminé son vote de confiance.
Si Mme Marois a recueilli le meilleur soutien interne de l'histoire du PQ en 2011, c'est entre autres parce que les bonzes du parti avaient pris soin de ne pas irriter certains militants. C'est ainsi qu'une majorité avait pu voter pour l'extension de la loi 101 aux cégeps.
Les délégués avaient aussi voté pour le bannissement de l'anglais dans l'affichage commercial. Une fois son vote de confiance en poche, Pauline Marois leur avait demandé de revenir sur cette dernière décision, ce qu'une majorité d'entre eux avaient accepté de faire.
Quant à la proposition d'obliger les francophones et les allophones à poursuivre leurs études en français au collégial, elle a été mise de côté par le gouvernement Marois.
En marche électorale
Le PQ est beaucoup moins divisé qu'il l'a déjà été. Le temps faisant son oeuvre, les mutins d'hier ont tous à peu près quitté le navire. Le parti s'est considérablement assagi. Les Marc Laviolette et compagnie aussi. Ils sont plus conciliants que leurs prédécesseurs. Les Jean-Claude Saint-André et compagnie sont partis. 
On peut penser que peu de militants auront envie de jouer avec le feu en votant contre Jean-François Lisée à un an des élections. Affaibli depuis plus de 10 ans, le PQ n'a pas les moyens électoraux de se payer une nouvelle crise.
À l'issue du congrès de 2011, Pauline Marois avait déclaré que sa formation était désormais en ordre de marche électorale, qu'il lui appartenait de mieux faire connaître son «excellent» nouveau programme. Si tout se passe bien pour lui, c'est également ce que dira Jean-François Lisée à la fin du week-end.
Les déboires des autres
Le Parti québécois profitera-t-il des déboires des libéraux et des caquistes dans Louis-Hébert? Il est possible qu'il engrange au moins un meilleur pourcentage de voix qu'il n'en a récolté depuis longtemps dans cette circonscription difficile pour lui. Mais comme les taux de participation sont faibles ou faméliques dans les partielles, cette éventuelle amélioration devra être relativisée.
Un parti peut accroître son pourcentage de voix même lorsque moins d'électeurs que la fois précédente votent pour lui.