La confusion règne entre les bureaux du ministre provincial François Blais et le ministre Jean-Yves Duclos à propos du pont de Québec. M. Blais affirme qu'une solution est sur la table, mais elle semble inconnue de son homologue fédéral.

Pont de Québec: un dossier de premiers ministres

Ce n'est pas l'appel du ministre fédéral Jean-Yves Duclos qu'attend le gouvernement du Québec pour régler une fois pour toutes le sort du pont de Québec, mais celui du premier ministre du Canada, Justin Trudeau.
C'est la précision donnée mardi par le ministre responsable de la Capitale-Nationale, François Blais. La veille, en commission parlementaire, ce dernier a soutenu qu'une solution était trouvée pour redonner son lustre au pont de Québec. Il a assuré que le gouvernement du Canada était au courant et a dit attendre le retour d'appel du député fédéral de Québec et ministre de la Famille Jean-Yves Duclos.
Mardi, le principal intéressé tombait des nues. «On se parle régulièrement des dossiers de la région de Québec, mais M. Blais ne nous a pas soumis de solution - pour employer ses termes - pour le pont de Québec», a déclaré M. Duclos lors d'un entretien téléphonique avec Le Soleil en après-midi. 
«Comme beaucoup de gens dans la région de Québec, j'étais curieux d'en savoir davantage sur la solution qu'il voyait pour aller de l'avant. Il faisait peut-être référence à la solution que la Chambre de commerce [et d'industrie de Québec] a proposée il y a quelques semaines», a-t-il tenté. 
Loin de se démonter, M. Blais est revenu à la charge. «Ce n'est pas à moi de trouver la solution, mais je voyais bien depuis des mois et des mois qu'il n'y a rien qui se passait. J'ai eu plusieurs conversations privées avec Jean-Yves Duclos et des solutions sont possibles», a-t-il insisté, sans vouloir entrer dans «les mathématiques». 
Le ministre québécois concède qu'il ne s'agit pas d'une «solution écrite», mais de «plusieurs possibilités qui leur permettent à eux [les libéraux fédéraux] de respecter leur engagement» de repeinturer le pont de Québec. Cela à deux conditions : «Le Québec ne veut pas devenir propriétaire du pont et on s'attend à une contribution substantielle de la part du gouvernement fédéral.»
Convenant que ce n'est pas au ministre de la Famille de décider de tout ça, M. Blais rapporte qu'«au mois de mars, on a convenu qu'il fallait que ça se règle à partir du bureau du premier ministre à Ottawa parce qu'on est à côté d'un programme habituel, on est au niveau d'un engagement électoral». 
Un appel de Trudeau?
Justin Trudeau devait ainsi appeler Philippe Couillard, premier ministre du Québec, pour poursuivre les négociations «sérieusement». Un texto reçu au début d'avril allait dans ce sens. «C'est en marche du côté Ottawa pour le contact pont», écrivait alors M. Duclos selon la lecture faite par M. Blais. 
«J'ai encore vérifié hier [lundi] et il n'y a eu aucun, aucun appel du bureau du premier ministre à Ottawa sur le pont de Québec. Quand j'ai dit ça ne sonne pas, ce n'est pas que ça ne sonne pas chez moi, c'est que ça ne sonne pas où ça devrait sonner», a poursuivi le ministre provincial de l'Emploi et de la Solidarité sociale. 
En fin de journée, le porte-parole du ministre Duclos a maintenu la version de son patron. «M. Duclos est formel, il n'y a eu aucune proposition de soumise par M. Blais concernant le pont de Québec. S'il a des solutions, M. Duclos souhaite les entendre le plus rapidement possible afin de faire avancer le projet», a fait savoir Mathieu Filion. 
Vérification faite auprès du cabinet du premier ministre Trudeau, M. Filion a ajouté qu'«à notre connaissance, il n'y a aucun appel en attente» et que «les discussions entre les deux bureaux vont bon train».
Un sondage qui fait augmenter la pression
La Chambre de commerce et d'industrie de Québec (CCIQ) a dévoilé mardi les résultats d'un sondage confirmant l'intérêt de la population pour la structure bientôt centenaire. 
Le coup de sonde a été réalisé par la firme Léger entre le 17 et le 20 avril auprès de 503 adultes de la ville de Québec. 
La CCIQ a surtout insisté sur le fait que 84 % des personnes sondées sont en accord avec l'affirmation voulant qu'«il est urgent de s'occuper du pont de Québec pour le préserver.» «On sent que les gens se parlent, mais on n'a pas d'écho. On sent un manque de leadership dans ce projet-là», a déploré le président de la Chambre, Alain Aubut, appelant les gouvernements et le CN, propriétaire du pont, à négocier une sortie de crise.
Le président du conseil d'administration de Mallette, le comptable Mario Bédard (photo), a également pointé le fait que le gouvernement du Québec investira 100 millions $ supplémentaires pour la reconstruction du pont Honoré-Mercier à Montréal, sans compter l'effort fédéral pour le nouveau pont Champlain ainsi que la peinture et la mise en lumière du pont Jacques-Cartier. 
«Il y a peut-être une légère injustice envers ce qui se passe à Montréal. Je suis bien heureux pour eux, mais ça serait le fun que nous aussi on ait le droit d'avoir les sous nécessaires. On paie tous des impôts, qu'on soit Québécois ou Montréalais», a fait valoir M. Bédard.