La députée de Jean-Talon, Joëlle Boutin, a fait tomber un château fort libéral lors de son élection en décembre, au grand plaisir du chef de la Coalition avenir Québec et premier ministre François Legault.
La députée de Jean-Talon, Joëlle Boutin, a fait tomber un château fort libéral lors de son élection en décembre, au grand plaisir du chef de la Coalition avenir Québec et premier ministre François Legault.

Politique québécoise: les 12 événements les plus marquants de 2019

Cannabis, laïcité, taxis, maternelles 4 ans en passant par l'immigration, la CAQ de François Legault, qui a accueilli en décembre une 76e députée dans ses rangs, a dû également composer avec la réélection cet automne du gouvernement fédéral libéral de Justin Trudeau. Survol de l'année en 12 moments marquants.

Janvier

Première visite officielle de M. Legault en France: la relation France-Québec prend un accent plus économique que politique. Le premier ministre veut doubler la valeur des exportations vers l'Hexagone, tout en faisant de la France un tremplin vers d'autres marchés européens. Sa ministre des Relations internationales, Nadine Girault, confirmera plus tard dans sa nouvelle politique internationale sa détermination à donner la priorité absolue à l'économie dans les relations du Québec avec l'étranger.

Février

L'étude du projet de loi rehaussant l'âge légal à 21 ans pour acheter et consommer du cannabis ne se fait pas sans heurts; le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, doit se défendre d'envoyer les jeunes dans les bras du crime organisé. Le ministre peine également à expliquer comment il fera appliquer l'interdiction de consommer sur la voie publique. Au final, la CAQ utilise sa majorité pour faire adopter le projet de loi. Le Québec devient ainsi la province la plus restrictive en matière de cannabis.

Mars

Le 20 mars, le ministre des Transports, François Bonnardel, soulève l'ire des chauffeurs de taxi en déposant un projet de loi qui dérèglemente l'industrie du transport de personnes. Il annonce du même souffle qu'il indemnisera les détenteurs de permis de taxi dont la valeur a chuté depuis l'arrivée d'Uber et d'autres applications technologiques. De nombreuses manifestations s'organisent à Québec et à Montréal pour décrier ce projet de loi, qui sera finalement adopté quelques mois plus tard dans la tourmente.

La ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault a dû répondre aux critiques des sinistrés des inondations en avril.

Avril

Les inondations touchent 250 municipalités et forcent l'évacuation de plus de 10 000 personnes. Si la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, vante un programme d'aide financière simplifié, plusieurs sinistrés dénoncent les délais. Inondés à cause de la rupture d'une digue, les résidents de Sainte-Marthe-sur-le-Lac sont particulièrement affectés. Le gouvernement redessine la carte des zones inondables, mais accorde un statut particulier à Sainte-Marthe-sur-le-Lac pour favoriser la réintégration des citoyens, qui peuvent reconstruire leurs maisons.

Mai

Accusée de n'avoir aucun plan en environnement, la CAQ tient un conseil général spécial à Montréal, au terme duquel M. Legault annonce vouloir électrifier transports, bâtiments et entreprises afin de réduire de 40% la consommation de pétrole au Québec d'ici 2030. Le metteur en scène et écologiste Dominic Champagne participe à cet événement, ayant pris sa carte de membre de la CAQ en signe de bonne foi. Plus tard, il qualifie le parti de climatosceptique, scandalisé par son inaction après une année au pouvoir.

Le metteur en scène et écologiste Dominic Champagne a pris part au conseil général de la CAQ sur l’environnement en mai.

Juin

Les projets de loi sur la laïcité de l'État et la réforme en immigration sont adoptés sous bâillon, le gouvernement caquiste invoquant «l'urgence d'agir» dans ces deux dossiers. Il sème l'émoi en interdisant le port de signes religieux aux employés de l'État en position d'autorité, dont les enseignants. Il change le processus de sélection des immigrants pour mieux répondre aux besoins de main-d’oeuvre. Cela inclut l'élimination de 18 000 dossiers de candidature déposés sous l'ancien système, basé sur le principe du premier arrivé premier servi.

Juillet

François Legault est au coeur des échanges lors du Conseil de la fédération, à Saskatoon. La loi sur la laïcité lui vaut une volée de bois vert du premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, qui y voit une «dangereuse» discrimination. M. Legault répète qu'il n'y a pas «d'acceptabilité sociale» pour un oléoduc au Québec et essuie une deuxième rebuffade de l'Ontario lorsqu'il propose de lui vendre de l'hydroélectricité. Au chapitre de l'immigration, il prétend avoir convaincu ses homologues de la nécessité d'accueillir plus d'immigrants économiques et moins de réfugiés.

Août

Une taxe à imposer aux géants du Web fait consensus parmi la trentaine d'intervenants à la commission parlementaire qui se penche sur l'avenir des médias. Experts, professeurs d'université et dirigeants d'entreprises de presse affirment que les médias voient fondre leurs revenus publicitaires au profit des plateformes numériques (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). La commission propose des mesures pour assurer la survie des médias, aux prises avec une crise financière sans précédent. Pour M. Legault, l'imposition d'une taxe aux géants américains demeure un scénario hautement hypothétique.

Septembre

C'est la rentrée et les élus reprennent l'étude du controversé projet de loi 5 permettant le déploiement de la maternelle 4 ans universelle. François Legault y tient; il a mis son siège en jeu sur cette question lors de la campagne électorale. Les trois partis d'opposition le prient plutôt de prendre un temps d'arrêt avant d'implanter les classes de maternelles 4 ans partout au Québec. Ils réclament en vain un plan détaillé ainsi qu'une analyse des coûts approfondie et transparente. Le projet de loi sera finalement adopté sans leur accord le 5 novembre.

Octobre

M. Legault laisse transparaître un certain étonnement au lendemain de la réélection des libéraux fédéraux de Justin Trudeau. En campagne électorale, il était sorti de la réserve habituelle des premiers ministres pour dénoncer le discours de M. Trudeau entourant la loi québécoise sur la laïcité. Il l'avait exhorté à ne jamais contester cette loi devant les tribunaux. Ce thème aura finalement servi à mousser la campagne du Bloc québécois, qui a pu renaître de ses cendres, en faisant élire 32 députés.

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a plongé le gouvernement dans sa première crise en novembre.

Novembre

Le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, plonge le gouvernement dans sa première crise. Sa réforme du Programme de l'expérience québécoise (PEQ), qui vise à réduire le nombre d'étudiants et d'employés pouvant être acceptés au Québec, en pleine pénurie de main-d'oeuvre, est très mal accueillie. Étudiants étrangers, organismes économiques, cégeps et universités se mobilisent et forcent le gouvernement à reculer, si bien que M. Jolin-Barrette se confond en excuses et promet de mieux consulter. Un sondage d'opinion suggère que la CAQ a perdu six points de pourcentage depuis le printemps.

Décembre

Le gouvernement caquiste termine cependant l'année en beauté en ravissant le château fort libéral de Jean-Talon lors d'une élection complémentaire. Joëlle Boutin, ancienne chef de cabinet d'Éric Caire, récolte 43% des votes pour devenir la 76e députée caquiste à l'Assemblée nationale. Tandis que François Legault jubile, le Parti libéral du Québec et Québec solidaire encaissent la défaite et pansent leurs plaies.