Le chef libéral a rappelé que tous les acteurs politiques seront «sous la loupe» à compter de mardi. Toutefois, il convient qu'il le sera «particulièrement», parce qu'il est un «nouveau».

Pétrole d'Anticosti: le PLQ doute du projet; la CAQ doute du PQ

Le chef libéral Philippe Couillard croit que le gouvernement du Parti québécois joue à la loterie en investissant une centaine de millions de dollars dans l'aventure du pétrole de l'île Anticosti.
Son homologue caquiste François Legault craint que les «trois, quatre dogmatiques» de l'environnement se soient entendus en sous-main avec la première ministre Pauline Marois pour retarder un projet dont il fait la promotion depuis plus d'un an.
Les leaders des deux principales formations à l'Assemblée nationale ont accueilli de manière radicalement différente l'annonce faite jeudi par la chef du gouvernement. L'État investira 115 millions $ pour savoir si les hydrocarbures de l'île sont commercialement exploitables. Québec possédera la moitié des parts dans deux coentreprises du privé dans des gisements censés receler des réserves valant 45 milliards $.
Philippe Couillard a tenu à se montrer favorable à l'exploitation des ressources naturelles. Mais «nous ne connaissons pas les retombées et les rendements possibles de ces projets. Malgré cette grande incertitude, le gouvernement péquiste a annoncé qu'il jouera à la loterie avec l'argent des Québécois.»
Selon le PLQ, les ministres Martine Ouellet (Ressources naturelles) et Yves-François Blanchet (Environnement) ont renié leurs anciennes convictions sur le potentiel économique et sur l'évaluation environnementale des travaux à venir. «Après avoir exigé moratoire après moratoire, a avancé la députée libérale Julie Boulet, le PQ veut forer avant même que le BAPE [le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement] ait examiné le dossier et avant même avoir déposé un projet de loi sur les hydrocarbures.»
En point de presse, le chef et fondateur de la Coalition avenir Québec, François Legault, n'a pas manqué de rappeler qu'en janvier 2013, il a proposé que le gouvernement achète la moitié des parts des firmes détenant des permis d'exploration pour Anticosti. «Mme Marois a écouté notre proposition et je ne peux qu'être content.
«Mais, a-t-il nuancé, j'espère que Mme Marois n'a pas fait un deal avec les trois, quatre dogmatiques de son caucus pour retarder le processus.» Le caquiste n'a pas nié que les travaux représentent un investissement risqué. «Quand il y a de bonnes propositions comme celle-là, il faut avoir le goût du risque.» Pour lui, l'acceptabilité sociale des travaux par la population est démontrée et le danger pesant sur l'environnement, minime.
Québec solidaire, lui, a dénoncé la proposition du gouvernement Marois. «Nous avons maintenant la preuve, s'il en fallait, que le Parti québécois est au service des pétrolières», a lancé le député Amir Khadir.
Divergences syndicales
La FTQ s'est dite «satisfaite de la décision de Québec de rapatrier une partie des concessions pétrolières de l'île d'Anticosti». «Un geste important du gouvernement [...] pour que ce développement pétrolier se fasse, s'il se concrétise, dans le respect de tous», a signalé le président de la centrale, Daniel Boyer.
La CSN, elle, a accueilli tièdement l'annonce. Avant de commencer toute campagne de forage, Québec doit confier au BAPE un mandat pour étudier «l'ensemble de la filière des hydrocarbures au Québec, et ce, sous la seule responsabilité de l'État», a fait savoir Pierre Patry, de la Confédération des syndicats nationaux. «En lançant ce projet, le gouvernement va à l'encontre du principe élémentaire de précaution.»
L'environnementaliste André Bélisle voit l'annonce comme «surprenante, voire incohérente». Le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique a signalé que le gouvernement ne s'est toujours pas doté d'une politique énergétique et n'a toujours pas de plan pour réduire les gaz provoquant les changements climatiques alors que les techniques d'extraction de pétrole par fracturation des roches sous l'île se traduiront par une «importante source de polluants, dont les gaz à effet de serre».