La Directrice des poursuites criminelles et pénales, Me Annick Murphy, montre des signes d'irritation face à l'idée d'une «immunité» pour les politiciens.

Pas d'immunité pour les politiciens, martèle le DPCP

Aucune forme d'immunité ne met les politiciens à l'abri de poursuites judiciaires, jure la DPCP, qui s'interroge sur les motifs derrière la sortie explosive du président de la Fraternité des policiers de Montréal.
La Directrice des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Me Annick Murphy, s'est présentée à l'étude des crédits du ministère de la Justice, jeudi, après une semaine de fuites médiatiques sur des enquêtes policières.
La dernière en lice, celle de M. Yves Francoeur, représentant syndical des policiers montréalais, jeudi matin, au micro du Paul Arcand. Selon lui, deux élus libéraux, dont un toujours en fonction, ont été ciblés en 2012 par une enquête liée à un projet immobilier impliquant la mafia. Il a soutenu que le dossier est paralysé au DPCP, responsable de déposer des accusations, en raison de la nature politique du dossier. 
«On a de la filature, on a de l'écoute électronique, il y a tout au dossier pour procéder», a affirmé M. Francoeur, qui parle d'une affaire de «fraudes, de trafic d'influence, de modifications législatives en retour de contributions au Parti libéral». 
La DPCP demande au président de la Fraternité de lui transmettre ce dossier dont elle n'a «pas vu la couleur». Me Murphy montre des signes d'irritation face à l'idée d'une «immunité» pour les politiciens. Elle se désole d'avoir à brandir les noms de Nathalie Normandeau, Marc-Yvan Côté, Gilles Vaillancourt et Michael Applebaum pour convaincre du contraire. 
Preuves à faire
Elle demande à M. Francoeur de lui transmettre toutes les informations en lien avec son «supposé dossier». La DPCP s'étonne que le policier ait privilégié la voie médiatique pour des «allégations aussi graves que celles-là». «J'estime qu'on ne peut pas dire quelque chose comme ça sans sérieusement le démontrer, a lancé Me Murphy. Des insinuations, on peut en faire, on peut en imaginer. M. Francoeur doit démontrer qu'il y a effectivement un dossier.»
La DPCP a insisté sur la pression que met la médiatisation d'un dossier sur les procureurs. Me Murphy a aussi convenu de la «frustration» que crée chez certains policiers la nécessité pour la couronne d'avoir une preuve hors de tout doute raisonnable, «mais c'est la norme». 
Pendant la journée, jeudi, les députés libéraux ont invité M. Francoeur à communiquer ses informations au DPCP ou à l'Unité permanente anti-corruption (UPAC). «Lorsqu'un policier décide de ne pas respecter son serment d'office et, plutôt que d'amener son enquête jusqu'au bout, décide d'en faire l'étalage sur la place publique, il pose un geste grave, a noté le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux. Un geste tellement grave que ça pourrait même être criminel.»
M. Francoeur a fait une demande pour rencontrer l'UPAC en après-midi, a rapporté TVA Nouvelles. 
Le porte-parole péquiste en matière de Sécurité publique, Pascal Bérubé, a demandé au premier ministre Philippe Couillard de confesser ses députés pour savoir lequel - selon les affirmations de M. Francoeur - est la cible d'une enquête criminelle. 
À la Coalition avenir Québec, le député Éric Caire a souhaité que M. Francoeur vienne répondre aux questions des députés en commission parlementaire. La solidaire Manon Massé aimerait y entendre aussi le premier ministre Couillard.