Le magazine Closer a suscité le scandale en publiant des photos du président français, François Hollande, allant rejoindre sa maîtresse dans un appartement parisien. À mi-chemin entre le secret d'État et le potinage, l'affaire a fait le tour du monde.

Pas de vie privée pour les hommes publics

Cette semaine, le magazine Closer a suscité le scandale en publiant des photos du président français, François Hollande, allant rejoindre sa maîtresse dans un appartement parisien. À mi-chemin entre le secret d'État et le potinage, l'affaire a fait le tour du monde. De ce côté-ci de l'Atlantique, elle a aussi ravivé le jeu des comparaisons entre la France et l'Amérique. Besoin d'un petit aide-mémoire politique? Suivez le guide.
Il y a quelques années, à Washington, un spectacle se moquait de l'attitude ambiguë des électeurs américains par rapport aux aventures extraconjugales des politiciens.
«L'Amérique est cassée en deux, blaguaient les comédiens. Dans le coin droit, les optimistes affirment qu'un politicien qui trompe sa femme va forcément tromper ses électeurs. Dans le coin gauche, les pessimistes estiment que même si un politicien ne trompe pas sa femme, il trompera quand même ses électeurs.»
Un autre sketch cruel présentait des politiciens rassemblés devant un téléviseur, pour les nouvelles télévisées. On entendait la voix d'un lecteur de nouvelles : «Ben Laden accuse l'Arabie Saoudite d'être un lieu déprimant où règnent le mensonge, la corruption et l'infidélité conjugale», disait l'animateur.
Les politiciens avaient l'air très étonné. L'un d'eux demandait aux autres, à voix basse : «Quoi? Il veut dire, exactement comme ici, à Washington?»
Tout nu devant la mafia
N'ajustez pas votre appareil. Quand il s'agit de politiciens volages, on oppose souvent une France «compréhensive» à une Amérique «impitoyable», en oubliant que les infidélités des présidents américains ont longtemps été passées sous silence.
À l'époque, la presse n'a pas soufflé mot des aventures extraconjugales de Franklin D. Roosevelt ou de Dwight Eisenhower. Encore moins de la vie sexuelle débridée de John F. Kennedy. Chose impensable aujourd'hui, ce dernier collectionnait même des photos le montrant nu avec ses maîtresses!
Plus troublant, Kennedy partageait une maîtresse avec un mafioso célèbre, Sam Giancana. Un comble quand on sait que son administration menait une série d'enquêtes sur le crime organisé! Selon le journaliste d'enquête Seymour Hersh, la maîtresse aurait servi d'intermédiaire pour remettre de l'argent à Giancana, pour le remercier d'avoir truqué les élections à Chicago.
La chute de M. Parfait
Aux États-Unis, en matière de libertinage, le point de chute remonte peut-être à 1987. Cette année-là, le sénateur du Colorado, Gary Hart, part favori pour mener le Parti démocrate lors de l'élection présidentielle.
Éloquent, charismatique, Hart se croit invulnérable. Il met au défi les journalistes de trouver la moindre fausse note dans sa vie de père de famille modèle. «Suivez-moi. Vous allez vous ennuyer», fanfaronne-t-il.
Dès le lendemain, le Miami Herald commence la publication d'une série de photos qui suggèrent une liaison entre M. Parfait et une mannequin de 29 ans. La campagne de Gary Hart ne s'en remettra pas. Le flambeur est définitivement flambé.
À partir de là, la vie privée des politiciens ne constitue plus une ligne rouge infranchissable. Les scandales reliés aux infidélités conjugales deviennent si nombreux qu'ils finissent par engendrer une certaine lassitude.
La liste couvrirait des pages entières. Une mention honorable au républicain Newt Gingrich pour avoir suggéré que ses infidélités provenaient d'un excès de patriotisme. Bref, Monsieur aimait son pays avec trop de passion!
Même avec le recul, il faut constater que l'histoire ne donne pas toujours raison aux inquisiteurs. En 1999, le président Bill Clinton frôle la destitution après s'être parjuré pour camoufler sa liaison avec une stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky.
Le zèle des tourmenteurs de Clinton finit pourtant par se retourner contre eux. Leur insistance à dévoiler le moindre détail, y compris un jeu sexuel avec un cigare, passe pour de l'acharnement.
Quinze ans plus tard, plus personne ne chante les louanges du procureur Kenneth Starr. À l'opposé, Bill Clinton reste l'un des politiciens les plus populaires des États-Unis.
L'espion qui ne m'aimait pas
Plus que tout, le secret rend le politicien vulnérable au chantage. Ça ne date pas d'hier. À peine élu président des États-Unis, en 1921, Warren G. Harding fait verser une somme considérable à une ancienne maîtresse qui menace de tout raconter.
Précaution superflue. Deux ans plus tard, Harding meurt d'une crise cardiaque suspecte. À Washington, les mauvaises langues chuchotent qu'il a été empoisonné par sa femme, qui l'a surpris en flagrant délit dans le Bureau ovale.
Le président Harding était mort trop tôt pour goûter au chantage discret exercé sur les politiciens par le directeur du FBI, J. Edgar Hoover. Mais ses successeurs ne pourront pas l'ignorer.
Dans un film récent sur la vie de Hoover, on voit ce dernier remettre un enregistrement au ministre de la Justice, Robert Kennedy. Il s'agirait d'une preuve que le président John F. Kennedy entretient une liaison avec une espionne d'Allemagne de l'Est.
- N'hésitez pas à le faire entendre à votre frère, conseille Hoover à Robert Kennedy.
Juste avant de partir, il ajoute une petite phrase, qui sonne comme une menace :
- Dites-lui aussi que j'en ai une autre copie pour mes archives.
La scène ne manquait pas de réalisme. «Si vous ne vous intéressez pas au cul, vous ne vous intéressez à rien», écrit l'ancien patron des Renseignements généraux français, Yves Bertrand, dans son livre Ce que je n'ai pas dit dans mes carnets... (Fayard, 2009). «Si tel homme politique prend de la cocaïne à haute dose et passe son temps à courir les filles, cela peut finir par avoir une incidence sur le fonctionnement des institutions, non? [...] Vous ne pouvez pas diriger un service de renseignement et négliger complètement ce domaine.»
Encore aujourd'hui, autant en France qu'aux États-Unis, l'ombre des services secrets plane sur certaines révélations touchant la vie privée des politiciens. À tort ou à raison. Au moment de son divorce avec le président français, en 2007, Cécilia Sarkozy vit miraculeusement atterrir chez elle un dossier sur les infidélités de son mari Nicolas.
Le meilleur déodorant
D'un point de vue plus terre à terre, on dira que les politiciens modernes sont parfois complices de leur propre malheur. D'un côté, ils étalent leur vie privée afin de paraître plus humains. De l'autre, ils s'étonnent que le public veuille tout savoir.
Grande prêtresse de la mise en scène, l'ex-candidate à la présidence française Ségolène Royal aimait convoquer les journalistes pour présenter ses enfants et raconter les détails de sa vie privée. Mais elle s'indignait que les mêmes scribes évoquent ses relations extraconjugales.
Plus tordu, l'Italien Silvio Berlusconi avait fini par présenter ses prouesses sexuelles comme une preuve de virilité, voire de vitalité. Jusqu'à ce qu'il utilise ses fonctions pour faire libérer l'une de ses protégées en la faisant passer pour une cousine du président égyptien.
«Le pouvoir constitue l'aphrodisiaque suprême», disait l'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger. «Le succès constitue le meilleur des déodorants», renchérissait l'actrice Elizabeth Taylor.
Charmante philosophie. Il arrive pourtant que l'on s'ennuie de la souveraine indifférence manifestée par un Winston Churchill envers le potinage.
Un jour, un fonctionnaire paniqué était venu dire à Churchill qu'un ministre avait été arrêté durant la nuit, complètement nu, avec un autre homme, dans un parc de Londres.
- Complètement nu? Durant la nuit la plus froide de l'année? aurait répondu Churchill. Ça me rend encore plus fier d'être Britannique!