Le premier ministre Philippe Couillard croit que de tendre vers des interdits ne ferait qu'alimenter la stigmatisation dont sont victimes des Québécois issus de l'immigration. 

«Pas de discrimination vestimentaire», réitère Couillard

Le revirement du philosophe Charles Taylor conforte Philippe Couillard dans sa volonté de n'interdire le port de signes religieux à qui que ce soit, pas même aux policiers, aux juges, aux procureurs, ainsi qu'aux gardiens de prison, comme l'avait recommandé la Commission Bouchard-Taylor il y a presque neuf ans.
Le premier ministre du Québec a pris appui sur la position revue et corrigée de M. Taylor pour affirmer qu'un interdit qui viserait ne serait-ce qu'une profession risquerait de mener à un «dérapage» et à des «dérives». De la police, on finirait par se rendre jusqu'à la plage, a-t-il dit en faisant référence au burkini.
Son gouvernement demeure donc opposé à toute «discrimination vestimentaire». Si un doute a pu subsister à ce sujet depuis deux semaines, il est désormais bel et bien levé. Le ton et les mots choisis par le premier ministre étaient sans ambiguïté, mardi.
Selon lui, la Charte des valeurs du gouvernement Marois a contribué à «une certaine normalisation du discours d'exclusion et de xénophobie». Aller vers des interdits aujourd'hui serait «donner une légitimité à un discours d'exclusion».
M. Couillard a souligné que ce qu'a dit Charles Taylor, dans une tribune parue dans La Presse, est «très important». Le coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles n'endosse plus entièrement les recommandations formulées en 2008. Il croit que tendre vers des interdits ne ferait qu'alimenter la stigmatisation dont sont victimes des Québécois issus de l'immigration.
Le gouvernement s'en tiendra à son projet de loi sur la neutralité religieuse, qui balisera les «accommodements religieux» et prescrira que les services publics doivent être fournis et reçus à «visage découvert».
Lisée et Legault au créneau
Le chef péquiste, Jean-François Lisée, n'est pas surpris du revirement de Charles Taylor. Il savait qu'il était «frileux sur cette question depuis très longtemps».
«J'ai beaucoup de respect pour le grand sociologue qu'est Charles Taylor, mais l'argument qu'il apporte, c'est de dire: si on agit, ça va libérer la parole de gens extrémistes. C'est comme si le débat démocratique était pris en otage par nos citoyens les moins raisonnables.»
M. Lisée estime que M. Couillard n'a pas encore convaincu l'ensemble des membres de son groupe parlementaire de s'en tenir à la seule règle du «visage découvert». Il note que l'autre commissaire, Gérard Bouchard, a déploré que M. Couillard ne veuille pas «se rendre au consensus général», qu'il «s'isole politiquement».
Le chef caquiste, François Legault, soutient que «Philippe Couillard a laissé ses émotions prendre le dessus sur la raison». Il dit: «Moi, je ne pilerai pas sur mes principes. Mais, de ce fait, il demande à la majorité des Québécois de piler sur les leurs.» 
Mesures d'intégration
Philippe Couillard a énuméré, mardi, une série de mesures visant à favoriser l'intégration des personnes immigrantes, aux prises avec un taux de chômage plus élevé que l'indice général. Il se situe à 15% pour les personnes arrivées depuis cinq ans.
La priorité, a annoncé le chef du gouvernement, n'ira pas à l'étude du projet de loi sur la neutralité religieuse, mais au projet de législation «modifiant diverses lois concernant principalement l'admission aux professions et la gouvernance du système professionnel»; projet qui doit créer la fonction de «Commissaire à l'admission aux professions».
M. Couillard a indiqué vouloir oeuvrer avec les pays du Maghreb «à une reconnaissance mutuelle des compétences» des citoyens et, sur un autre plan, «rendre plus efficace l'accès aux services gouvernementaux en francisation».