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La ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre du Québec Geneviève Guilbault
La ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre du Québec Geneviève Guilbault

Pas de barrages routiers sans recommandation de la Santé publique 

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
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Les six régions qui profiteront d’un déconfinement plus large à partir de lundi ne bénéficieront pas d’une protection particulière. Parce que «la Santé publique ne nous recommande pas, à ce moment-ci, de faire des points de contrôle entre les régions», explique la ministre Geneviève Guilbault.

Ici, il ne faut pas comprendre que la Santé publique a recommandé de ne pas ériger de barrages routiers. Mais plutôt qu’elle n’a pas recommandé d’en installer. Nuance importante.

Mercredi matin, la ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre du Québec est venue préciser la décision que son patron, le premier ministre François Legault, avait annoncée la veille.

La Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay—Lac-Saint-Jean, l’Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec passeront en zone orange le 8 février. 

En plus des assouplissements permis partout au Québec, les gens de ces régions pourront recommencer à manger au restaurant en famille, à s’entraîner au centre de conditionnement physique et à pratiquer des sports à l’intérieur seul ou à deux. En plus de bénéficier d’un couvre-feu plus tardif, soit à partir de 21 h 30 au lieu de 20 h. À compter du 26 février, ils pourront aussi aller au cinéma et au théâtre.

Plusieurs citoyens et élus de ces régions réclamaient des contrôles routiers pour empêcher que les habitants des zones rouges, soit 90 % des Québécois, se déplacent dans les zones orange et risquent d’y rallumer le feu de la COVID-19.

Surtout avec la semaine de relâche qui pointe à l’horizon, début mars.

Des policiers très occupés

Pour l’instant, le gouvernement Legault n’a pas l’intention d’accroître la surveillance routière à ce sujet, que ce soit avec des barrages ou sous toute autre forme.

«Les déplacements d’une région à l’autre sont fortement, fortement déconseillés», insiste la ministre Guilbault. À part pour le travail, des causes humanitaires ou autres situations essentielles, précise-t-elle.

«On s’en remet à la bonne foi des Québécois depuis le début de la pandémie», fait valoir Mme Guilbault, soulignant qu’avec 15 000 policiers en service au Québec, impossible de suivre les 8,5 millions de citoyens pas à pas.

Elle affirme ensuite que la Santé publique constate que les représentants de l’ordre sont plus utiles et efficaces à s’occuper du respect du couvre-feu sur tout le territoire et de la quarantaine des voyageurs de retour au Québec.

En preuve, elle en veut les 7000 constats d’infraction décernés depuis le 10 janvier par les forces policières québécoises pour le non-respect de l’ensemble des mesures sanitaires. 

Dans la dernière semaine, les policiers ont rédigé 1759 constats d’infraction pour l’ensemble des mesures sanitaires, dont 1084 concernant spécifiquement le couvre-feu. Ils ont aussi effectué 1440 visites de surveillance de la quarantaine de voyages, énumère la ministre.

«Nos policiers sont déjà très, très occupés et on voit par le nombre de constats que ça fonctionne, cette façon-là de surveiller des infractions», résume la ministre Guilbault.

Elle dit qu’au printemps, la Santé publique avait recommandé les barrages pour séparer et protéger les régions. Et si c’était de nouveau le cas cet hiver, «on serait ouvert et on évaluerait la possibilité».

Mais en attendant, pas de contrôles routiers de quelque forme que ce soit sans recommandation spécifique de la Santé publique à cet effet, tranche-t-elle.

LES PARTIS D'OPPOSITION CRITIQUENT L'ABSENCE DE MESURES

Le gouvernement Legault doit refaire ses devoirs afin de mieux protéger les régions qui basculeront en zone orange, affirme l’opposition.

Les partis d’opposition réagissaient, mercredi, à l’annonce par le premier ministre François Legault la veille d’un déconfinement partiel.

Mais il n’y aura aucun barrage routier pour protéger ces régions; les policiers ne donneront pas non plus de contraventions, a précisé M. Legault.

Rien n’empêchera les gens des zones rouges de se rendre en zone orange, a déploré mercredi le porte-parole de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, disant mettre le doigt sur «l’angle mort».

«Il va y avoir du déplacement sur le territoire de manière importante lors de la semaine de relâche. Comment on fait pour que ce déplacement-là ne fasse pas en sorte que le virus se répande partout au Québec?

«M. Legault a été très prompt à critiquer sévèrement Justin Trudeau pour son incapacité à contrôler les frontières extérieures, a-t-il renchéri. Là, la même question se pose à l’intérieur du Québec, et c’est dans la cour du premier ministre.»

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, demande à ce que la Sûreté du Québec (SQ) remette des constats d’infraction aux gens qui débarquent en zone orange sans raison valable.

À l’approche de la semaine de relâche, il demande également à ce que le gouvernement interdise la location de chalets dans les zones orange pour les gens des zones rouges.

«Ça vaudrait la peine de préciser que (...) s’il y avait un fin finaud qui avait la brillante idée de louer des chalets dans les zones orange, (...) il y aura une vigilance de la part de la SQ (...) de manière à ne pas répéter des erreurs qui ont été commises par le passé», a déclaré M. St-Pierre Plamondon.

Pour la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, le principe de précaution doit s’appliquer. «Il devrait y avoir des barrages routiers, des restrictions d’une zone à l’autre.»

«Trahis et floués»

Autre sujet de désaccord, selon le PQ, la séparation du Québec en deux zones, la rouge et l’orange, «de façon arbitraire».

Le porte-parole du PQ en santé, Joël Arseneau, a déploré mercredi que les règles de la zone orange aient été modifiées depuis l’automne dernier et demeurent «extrêmement lourdes».

«L’orange est le nouveau rouge, a-t-il lancé. Ceux qui espéraient pouvoir retrouver la situation d’avant les Fêtes, bien, se retrouvent un peu floués et trahis.»

«Quelle est la perspective qu’on donne aux Québécois pour qu’ils améliorent leurs comportements (...) si on ne sait pas vers où on s’en va?»

Le PQ dit souhaiter une «approche structurée et différenciée selon les régions» en suivant des critères scientifiques de santé publique qui sont basés sur la situation épidémiologique pour chacune des zones.

«Combien de cas actifs sous zéro faudra-t-il atteindre dans notre région pour qu’on puisse recommencer à vivre, qu’on puisse recommencer à aller visiter nos parents vieillissants?» a poursuivi M. Arseneau.

Avec Caroline Plante, La Presse Canadienne