Le jeune Raymond Bachand

Parti libéral: la jeunesse des trois candidats

Deux avocats et un médecin... Deux gars de la ville, un de la campagne... Demain, les délégués au congrès à la direction du Parti libéral du Québec devront choisir. Couillard, Moreau ou Bachand? Au-delà des propositions de ces candidats, c'est leur personnalité que les délégués devront évaluer. Le Soleil a effectué un retour sur la jeunesse de ces trois hommes pour savoir ce qu'ils étaient... avant d'être ce qu'ils sont devenus.
Raymond Bachand: l'enfant de la Révolution tranquille
On pourrait écrire un long chapitre de la Révolution tranquille autour de l'enfance et de la jeunesse de Raymond Bachand. Celui-ci étant issu d'une famille à l'aise, ses racines sont profondément ancrées à Ville Mont-Royal et à Outremont, où il a passé sa jeunesse. Plusieurs personnalités connues ont marqué son enfance, à commencer par Andrée Lachapelle, sa professeure à la maternelle, par Guy Mauffette, son oncle, et Gratien Gélinas, un ami de la famille. Raymond Bachand a été confirmé par le cardinal Léger, il a rencontré Gérard Philippe, il était au Forum de Montréal à l'âge de 10 ans pour le 500e but de Maurice Richard et il comptait Félix Leclerc dans sa parenté.
Son grand-père Thomas Vien a été député à la Chambre des communes et sénateur pendant une cinquantaine d'années. «Presque tous les dimanches, on allait manger chez lui à Saint-Sauveur. J'ai appris l'histoire du Québec et du Canada sur ses genoux, en quelque sorte.»
Avocat de formation, son père, André Bachand, était directeur des relations publiques de l'Université de Montréal et responsable de la fondation de l'établissement. Le jeune Bachand est mis en contact avec le monde politique dès sa tendre enfance. Il se souvient encore du soir de 1959, quand son père est entré à la maison et leur a dit : «Les enfants, la liberté va se lever sur le Québec.» Duplessis venait de mourir.
La famille a des liens très étroits avec les artisans de la Révolution tranquille. «Pendant toute ma jeunesse, les soirées électorales se passaient dans le sous-sol, en compagnie de gens comme Jeanne et Maurice Sauvé, Jean-Marc Léger, Jean-Louis Gagnon.» Même s'ils sont d'allégeance libérale, ses parents sont des amis proches de Daniel Johnson et de sa femme.
Raymond Bachand est le plus jeune des deux fils de la petite famille. Sa mère, Madeleine Vien, a été infirmière et professeure de français langue seconde. Il avait 15 ans lorsque ses parents se sont séparés, une situation beaucoup moins fréquente à l'époque. Après quatre ans de cours classique au Collège Saint-Laurent, de 1958 à 1962, il poursuit ses études préuniversitaires au Collège Stanislas, d'Outremont, une institution de grande réputation d'où sont issus Jacques Parizeau, Joseph Facal et Philippe Couillard...
Comme la plupart des gens de sa génération, le jeune Raymond a servi la messe, mais il a fait une croix très tôt sur la confession et éventuellement sur la messe dominicale. Il avait 10 ans à sa première amourette; elle s'appelait Francine. Tintin et Hopelong Cassidy ont été les superhéros de son enfance. Il n'avait pas d'intérêt pour la musique ni pour le chant. Tout jeune, il jouait au hockey le soir dans la ruelle jusqu'au moment où ses camarades de jeu devaient entrer pour le chapelet récité par le cardinal Léger à 19h. «On jouait beaucoup dehors. La punition, c'était de ne pas avoir le droit d'aller dehors.»
Il a également joué au hockey et au soccer au collège, mais il s'est distingué au ping-pong. Il a touché au théâtre au Collège Saint-Laurent où il a incarné le Petit Prince.
Ses lectures d'enfance préférées: Tintin, Bob Morane, Jules Verne et Saint Exupéry. L'arrivée de la télévision en a fait un fan de Pépinot et Capucine, de La famille Plouffe, du hockey de la Ligue nationale et de la lutte. Mais ce dernier sport tombait souvent sur le coup d'une interdiction des parents.
Enfant doué à l'école, il a sauté sa première et sa sixième année.
Il a touché à la politique dès ses années au Collège Saint-Laurent, où il a fondé et est devenu le premier président de l'association étudiante. Il a également été vice-président de l'association des étudiants en droit de l'Université de Mont­réal. «On a fait la première grève de l'histoire de la Faculté de droit... pour des raisons pédagogiques», précise-t-il en allusion évidente au «printemps érable». «On a changé complètement la façon d'enseigner le droit à l'UdeM.»
Le jeune Philippe Couillard (à gauche)
Philippe Couillard: l'enfant prodige
Philippe Couillard rêvait d'être un archéologue. Dès son jeune âge, il était passionné par les vestiges des civilisations anciennes et lisait beaucoup sur l'histoire de l'Antiquité et l'archéologie. Mais son père, Pierre Couillard, un professeur émérite en sciences biologiques à l'Université de Montréal, insistait pour que ses enfants aient une formation scientifique. «C'est lui qui m'a fait bifurquer vers les disciplines scientifiques. Et comme j'aimais beaucoup les sciences biologiques également, ça n'a pas été trop difficile comme conversion.»
Tout comme Raymond Bachand, les racines de Philippe Couillard sont à Outremont. La famille a d'abord vécu rue Dupuis et sur l'avenue Trans Island dans Côte-des-Neiges, mais elle a déménagé ensuite rue Davaar, à Outremont, où il a passé la majorité de son enfance.
Il est l'aîné de la famille, suivi d'une fille et d'un autre garçon.
Les racines plus lointaines de Philippe Couillard sont dans la région de Montmagny. Son premier ancêtre paternel, Guillaume Couillard, a marié la fille de Louis Hébert. Leur mariage fut le premier de la Nouvelle-France, tout comme le baptême de leur premier enfant.
Les origines plus récentes de Philippe Couillard sont presque un retour à cette histoire de la Nouvelle-France. Sa mère, Hélène Pardé, est française, originaire de Grenoble. Elle a connu son père à Philadelphie, où il faisait son doctorat.
L'enfance du jeune Philippe est fortement influencée par les origines de sa mère. Les voyages en France étaient fréquents. La carrière universitaire de son père l'a également amené à voyager. Un été à Berkeley, un autre en Yougoslavie et plusieurs séjours à Grande-Rivière, en Gaspésie, où son père enseignait la biologie marine.
Le jeune Philippe est doué pour la musique. Il fait partie de la chorale du collège, les Petits Chanteurs à la croix d'érable. Il fait six ou sept ans de piano, mais il abandonne parce que ses cours entrent en compétition avec ses entraînements de hockey, où il joue à la défense. Ses sports d'enfance alternent entre le hockey l'hiver et le baseball l'été.
Son superhéros de l'époque est Superman. Très jeune, il adore Tintin et les livres de Jules Verne. Ses meilleurs souvenirs de la télé sont La boîte à Surprise et les émissions de science-fiction comme Perdus dans l'espace.
Il a eu une enfance heureuse et dit avoir hérité de beaucoup de passions, de recherches intellectuelles, de curiosité et de connaissances de la part de ses parents.
Il n'a connu son premier amour que vers 18 ou 19 ans. «J'étais très absorbé par les activités intellectuelles.» Il demeure discret sur le prénom de sa première flamme. «J'aime mieux ne pas le dire. Disons que ma première épouse s'appelait Diane.»
Sa famille allait à la messe au début «par convention sociale», mais elle a cessé vers la fin des années 60 ou au début des années 70. Sa dernière confession remonte à très loin dans le temps, lorsqu'il était au Collège Stanislas.
Il reconnaît avoir été un bollé à l'école. Il a fait son cours primaire en cinq ans sans avoir à sauter d'années, parce qu'il était inscrit au système français. Il a fait du grec et du latin au Collège Stanislas, où il a obtenu un baccalauréat avant d'entrer à l'Université de Montréal. Il a choisi la médecine «parce que c'était exigeant, qu'on y faisait des choses utiles et que c'était basé sur la connaissance profonde du corps humain, des sciences biologiques, ça me fascinait».
Pourquoi avoir bifurqué plus tard vers la politique? Il a été marqué par le congrès à la direction qui a choisi Pierre Trudeau à la tête du Parti libéral du Canada. Mais ce n'est qu'une fois à Sherbrooke que l'idée a pris de la force. Intéressé aux questions entourant le système de santé, il s'est dit : «S'il y a un moyen d'avoir une influence pour améliorer les choses, j'aimerais le faire.»
Le jeune Pierre Moreau
Pierre Moreau: l'enfant du terroir
En apparence, Pierre Moreau a tout de l'avocat issu du nombril urbain de la grande ville. Pourtant, il est issu du terroir et il a passé toute sa jeunesse à Verchères. La ferme familiale est encore exploitée par ses deux frères, et la maison, bâtie vers 1774, est occupée par l'aînée.
«On était quatre gars et on se tiraillait tout le temps. Quand je regarde l'encadrement qu'on donne maintenant aux enfants, en me rappelant ce que nos parents nous laissaient faire, je dis: "Mon Dieu,  nos parents étaient totalement inconscients."»
À la campagne, Moreau a été exposé à la politique dès son jeune âge. Son père, Jean-Marie Moreau, a été maire de Verchères, préfet de la MRC de la Jemmerais et président de l'Union des conseils de comté du Québec. «Quand mon père s'est fait tuer dans un accident de voiture par un gars paqueté, ç'a été comme une brûlure pour moi. Il était mon héros.»
Il avait d'autres raisons pour idéaliser son père. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean-Marie Moreau était mitrailleur arrière sur les bombardiers. Son frère Laurent était pilote et y a perdu la vie. Un jour de Noël, les enfants ont sorti l'uniforme de leur père du grenier. Sans le vouloir, ils ont réveillé des souvenirs douloureux. «Mon père m'a demandé de lui apporter celui des deux casques qui était le plus usé. À l'intérieur, il en a sorti une petite croix en or et nous a dit que c'est celui-là qu'il portait quand il volait...»
Mais la vie était bonne à la ferme, d'où les jeunes partaient en chaloupe explorer les îles de Verchères ou montaient aux terres noires près du 2e Rang, où un poulailler désaffecté leur servait de repaire. Les mauvais coups ne manquaient pas d'espace et d'outils dans ce décor. Une année, à l'occasion de l'Halloween, les jeunes ont mis des pigeons dans les boîtes aux lettres le long de la route, causant la surprise que l'on imagine au facteur Ti-Jean la malle.
Pierre Moreau et ses frères ont vite contourné les obligations dominicales dès qu'ils ont été en âge de conduire. Ils allaient à l'église, ramassaient les Prions en église et le feuillet paroissial qu'ils rapportaient à la maison pour cacher leurs escapades. La pratique de la confession s'est terminée avec la fin du primaire et la visite du chanoine qui allait confesser les enfants dans les rangs. Le jeune Pierre est tombé amoureux dès l'âge de neuf ans. Elle s'appelait Linda. Elle ne l'a jamais su.
Tintin, Astérix, Bob Morane et les albums de Spirou ont meublé ses lectures d'enfance. Il a été un fan de Bobino, de La boîte à Surprise et des Sentinelles de l'air. Batman était son superhéros préféré. Il a une photo de lui à neuf ans dans la Batmobile, au Salon de l'auto de Montréal. Il n'avait aucun talent pour la musique, mais il a fait un peu de théâtre au secondaire.
Ses sports de jeunesse sont à l'image de son environnement. Il a fait beaucoup de ski nautique autour des îles de Varennes et de Boucherville, grâce à un ami dont le père était propriétaire de Durocher Marine à Varennes. «Je faisais même du ski les pieds nus.» Il a joué un peu au hockey sur les battures du fleuve lorsque la glace le permettait, et au baseball à l'école primaire.
Pierre Moreau était un premier de classe au primaire, mais il est devenu «turbulent» au Collège Marie-Victorin de Varennes et à la polyvalente De Mortagne à Boucherville. Quand son professeur de latin à Marie-Victorin l'a menacé de le «sortir par la fenêtre», il est allé ouvrir la fenêtre...
Il a fait ses études collégiales au Cégep Édouard-Montpetit de Longueuil et son droit à l'Université Laval. C'est la personnalité de l'avocat Pierre Viau, un grand ami de son père, qui l'a intéressé au droit.
Il a rencontré René Lévesque et Robert Bourassa dans l'entourage de son père à la ferme, mais son intérêt pour la politique était «en dormance». C'est un groupe dirigé par Charles Sirois qui a mis son nom dans le chapeau des candidats potentiels en 1998. L'appel de Jean Charest a suivi.