Josée Scalabrini

Parascolaire au secondaire: voyons la première heure avant d’en offrir une deuxième

Avant de penser offrir une deuxième heure supplémentaire gratuite d’activités parascolaires dans les écoles secondaires publiques du Québec, les profs aimeraient bien connaître le résultat de l’implantation de la première heure, amorcée depuis septembre.

Le ministre des Finances du Québec a laissé tomber l’idée tout bonnement, jeudi soir, lors d’une allocution sur les consultations prébudgétaires faite devant des fiscalistes et des économistes.

Si une heure de plus passée à l’école renforce la persévérance scolaire et, en fin de compte, la diplomation, facteur de réussite collective crucial à ses yeux, Eric Girard croit que le gouvernement serait fou de ne pas doubler la mise et offrir deux heures de plus.

«C’est une idée qui doit se construire sur le bilan de ce qui a été fait jusqu’ici. Mais on n’a vu aucun bilan! La première heure, c’est quoi le résultat de ça? Et on devait commencer l’implantation avec juste le quart des élèves, pourquoi?» se questionne la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

«Je pense aux trois autres quarts, est-ce parce qu’ils manquaient de gens pour s’en occuper, manquaient de locaux? Est-ce qu’ils n’étaient pas encore prêts? On ne peut pas parler d’une deuxième heure sans avoir un bilan clair de la première», tranche Josée Scalabrini.

Vendredi, la chef syndicale faisait la tournée des médias pour commenter la refonte du cours Éthique et culture religieuse annoncée par le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) et son ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Des interventions «à la pièce»

Mme Scalabrini a tracé un parallèle entre les deux mesures en y voyant d’énièmes interventions «à la pièce». «Si le gouvernement a tant d’argent que ça à dépenser, il devrait s’assurer de le dépenser au bon endroit en concertation avec le milieu. Le parascolaire, ç’a l’air d’être la recette miracle depuis deux ans! Mais les enseignants dénoncent des besoins criants depuis plus de 10 ans. Est-ce qu’ils vont y répondre?»

Celle dont le syndicat représente la majorité des profs de primaire et de secondaire du Québec, soit 65 000 sur quelque 108 000, trouve enfin «curieux qu’on apprenne cette annonce [de deux heures d’activités parascolaires] par le ministre des Finances et non le ministre de l’Éducation», laisse-t-elle tomber.

Dans le camp gouvernemental, on est pourtant loin de parler «d’annonce». Au cabinet du ministre Girard, «c’est simplement une idée qu’il lance comme ça, rien de concret», assure son attachée de presse, Fanny Beaudry-Campeau.

L’attachée de presse de la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest, dont c’est le dossier parce que lié aux sports et loisirs, souligne que l’implantation d’une première heure cet automne s’avère un succès «au-delà de nos espérances».

Dès la première année, «la moitié des élèves inscrits à l’école secondaire publique ont accès aux activités, alors que l’objectif était de 25 % [un quart]. À l’heure actuelle, il y a donc 169 000 élèves du secondaire qui ont accès à une heure de parascolaire gratuit par jour», indique Alice Bergeron.

«Les échos que l’on a de la mesure sont très positifs, tant de la part des écoles que des élèves. C’est vraiment un beau succès. Par contre, puisque le projet est encore en implantation, il est trop tôt pour dire que l’on va déjà ajouter une deuxième heure. Notre priorité pour l’instant est de s’assurer que l’ensemble des élèves du Québec ont accès à une heure de parascolaire gratuit chaque jour, comme promis en campagne électorale», résume la porte-parole de la ministre Charest.

Pour cette première heure de parascolaire, le gouvernement caquiste décaissera 455 millions $ sur cinq ans, dont 32 millions $ pour l’année scolaire 2019-2020.