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Ottawa: un remaniement qui annonce une élection printanière? [VIDÉOS]

Lina Dib
La Presse Canadienne
Catherine Lévesque
La Presse canadienne
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OTTAWA - Justin Trudeau a procédé à un remaniement ministériel mardi matin. Et ce faisant, il a relancé les suppositions d’élection fédérale dès le printemps.

C’est la décision d’un de ses ministres - Navdeep Bains - de ne pas se présenter aux prochaines élections qui est à l’origine du remaniement. Or, la date de ces prochaines élections, vu la situation minoritaire du gouvernement, est inconnue.

«Il va sans dire que le premier ministre regarde vers l’avenir et il va certainement vouloir des ministres qui seront présents», a offert François-Philippe Champagne, devenu ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie à la place de M. Bains, après la cérémonie - tenue en visioconférence - du remaniement.

Lorsqu’il s’est présenté devant les journalistes une heure plus tard, à la porte de sa résidence, M. Trudeau a assuré qu’il ne planifie pas d’élections prochainement. Des intentions différentes pouvaient toutefois être décelées entre les lignes de son discours.

«Dans un Parlement minoritaire, nous ne contrôlons pas toujours ce qui se passe en termes de comment on peut avancer les dossiers. On va faire tout ce qui est nécessaire pour s’assurer qu’on est en train de livrer pour les Canadiens», a-t-il répondu à une journaliste qui lui demandait s’il s’engageait à ne pas dissoudre le Parlement d’ici l’été.

Le gouvernement minoritaire libéral est en poste depuis l’automne 2019. Bien qu’aucun des partis d’opposition ne semble prêt à le faire tomber, le scénario d’une élection au printemps, après le dépôt d’un premier budget fédéral, est de plus en plus évoqué.

Le chef conservateur Erin O’Toole n’a pas tardé à attaquer sur ce front.

«Alors que les Canadiens s’inquiètent pour la santé et la sécurité de leurs familles et pour leur sécurité financière personnelle, il est clair que les libéraux sont prêts à forcer la tenue d’élections», s’est offusqué M. O’Toole dans une déclaration transmise par courriel.

Navdeep Bains  

Changements au conseil des ministres

Marc Garneau devient ministre des Affaires étrangères à la place de M. Champagne.

Un élu ontarien, Omar Alghabra devient ministre des Transports.

Le député manitobain Jim Carr, qui avait dû s’éclipser pour des raisons de santé, se voit maintenant confier un ministère sans portefeuille, celui de représentant spécial des Prairies.

Fraîchement arrivés, les nouveaux ministres ont déjà une idée de l’ampleur de la tâche qui les attend.

C’est au ministre Alghabra que reviendra la lourde tâche de répondre aux demandes de l’industrie aérienne qui crie famine, comme le lui a rappelé le Conseil national des lignes aériennes du Canada, qui représente Air Canada, Air Transat, Jazz Aviation et WestJet, dans l’heure suivant sa nomination.

«Les décisions prises par le gouvernement fédéral dans les semaines et les mois à venir auront un impact direct et fort sur l’avenir de l’aviation canadienne», a déclaré le Conseil, par voie de communiqué.

M. Alghabra a, par ailleurs, promis de travailler «dans l’urgence» sur l’étude de la vente d’Air Transat à Air Canada. On attend toujours une décision d’Ottawa qui doit approuver ou pas cette transaction.

M. Garneau, quant à lui, s’occupera des relations canado-américaines, alors que la nouvelle administration de Joe Biden entre en poste.

«J’ai eu le privilège de présider le comité sur les relations canado-américaines pendant que la ministre (Chrystia) Freeland renégociait l’ALÉNA», a rappelé M. Garneau.

Les travaux parlementaires reprennent le 25 janvier.

Déjà, cet automne, l’esprit de collaboration du début de la pandémie au printemps dernier avait fait place à une atmosphère bien plus partisane. Le premier budget est donc attendu de pied ferme par l’opposition.

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RELATIONS OTTAWA-WASHINGTON: SIGNE D'UN RETOUR À LA NORMALE, SELON DES EXPERTS

Le ministre des Affaires étrangères du Canada aura de nouveau la responsabilité de gérer la relation avec les États-Unis. Signe d’un retour à la normale avec le départ de Donald Trump? Oui, selon des experts consultés par La Presse Canadienne.

Depuis les quatre dernières années, la responsabilité d’apaiser les tensions avec Washington incombait surtout à Chrystia Freeland. Ce n’est que lorsqu’elle est devenue ministre des Finances, en août dernier, que d’autres ministres du gouvernement sont venus l’épauler dans les dossiers touchant les États-Unis.

Mardi, jour de remaniement ministériel, Marc Garneau a déclaré qu’il allait être responsable de ces dossiers en tant que nouveau chef de la diplomatie canadienne.

«Bien sûr, la vice-première ministre est interpellée par beaucoup de dossiers, mais en tant que ministre des Affaires étrangères, je vais certainement travailler sur le dossier entre le Canada et les États-Unis. (...) C’est la relation bilatérale la plus importante entre deux pays», a-t-il dit lors d’une conférence de presse, après avoir été assermenté.

En coulisses, on fait valoir que Mme Freeland continuera d’être impliquée, en raison des liens qu’elle entretient avec ses homologues américains.

N’empêche, ce changement témoigne d’une impression, à Ottawa, d’un certain «retour à la normale» avec Washington à quelques jours de l’inauguration du nouveau président, selon Frédérick Gagnon, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et directeur de l’Observatoire sur les États-Unis.

«Le fait que (Joe) Biden arrive à la Maison-Blanche, le fait qu’on assistera probablement à une plus grande prévisibilité, moins de crises diplomatiques qui peuvent exploser à tout moment, ça permet peut-être à M. Trudeau de dire : on peut maintenant confier ce dossier-là à quelqu’un d’autre», analyse-t-il.

«Est-ce que c’est un retour à la normale? Oui, parce qu’avec M. Trump, c’était hors normes. (...) Il n’y aura plus cette folie qu’il y avait depuis quatre ans en matière de relations internationales et on n’a plus besoin d’une Chrystia Freeland à ce poste-là. Nos gros canons, on peut les mettre ailleurs. Ce n’est plus l’urgence», renchérit Geneviève Tellier, professeure titulaire de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

Ce n’était pas la première fois que le gouvernement fédéral décidait de séparer les relations canado-américaines du mandat du ministre des Affaires étrangères. La dernière fois, c’était à l’époque de Brian Mulroney, au moment de négocier le premier accord de libre-échange nord-américain.

«C’est un peu étrange, mais ce n’est pas inhabituel. Les relations canado-américaines sont considérées parfois, par certains gouvernements, comme tellement importantes qu’on laisse le ministre des Affaires étrangères s’occuper de tout le reste», explique Stéphane Roussel, professeur en relations internationales à l’ENAP.

La future administration Biden apportera tout de même son lot de défis pour le gouvernement Trudeau.

M. Gagnon prévient que la menace protectionniste aux États-Unis est toujours bien présente après quatre ans de Donald Trump. Les démocrates ont promis des mesures «Buy American» dans leur plan de relance économique post-pandémie.

«Donc cette insécurité économique, je pense, aux États-Unis, va être un défi pour Ottawa même si, évidemment, les relations personnelles entre l’équipe de M. Trudeau et le nouveau gouvernement américain risquent d’être beaucoup plus cordiales», dit-il en conclusion.