Un porte-parole du ministre Jean-Yves Duclos affirme que le gouvernement a déjà pris des mesures pour réduire la pauvreté et accroître les possibilités pour les Canadiens

Ottawa élabore ses «arguments de vente» pour sa stratégie de lutte à la pauvreté

OTTAWA - Des documents suggèrent que le gouvernement fédéral va présenter sa stratégie de réduction de la pauvreté comme un vaste exercice holistique, traversant plusieurs ministères, qui sera plus important que la somme de ses parties.

Le gouvernement libéral élabore depuis près d’un an la façon dont il entend «vendre» sa stratégie nationale aux Canadiens. De hauts fonctionnaires de plusieurs ministères se sont réunis en novembre dernier pour réfléchir à la meilleure façon d’incorporer divers programmes du gouvernement sous cette bannière de «toute première stratégie fédérale de réduction de la pauvreté», un plan supervisé par Emploi et Développement social Canada, agence elle-même chapeautée par trois ministres.

Une note interne, obtenue par La Presse canadienne en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, indique que la stratégie de communication publique fera référence à une myriade de programmes fédéraux, en les liant tous à l’effort commun visant à réduire la pauvreté au pays.

Les responsables d’Infrastructure Canada soulignent, par exemple, que de nouveaux centres de loisirs permettront d’offrir des espaces et un «large éventail de services» aux populations vulnérables comme les jeunes, les familles à faible revenu et les Autochtones. De même, les dépenses en transport en commun peuvent être vendues comme un soutien aux familles à faible revenu, dans le cadre plus général de la stratégie nationale de réduction de la pauvreté.

Un porte-parole du ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, affirme que le gouvernement a déjà pris des mesures pour réduire la pauvreté et accroître les possibilités pour les Canadiens, et qu’il prévoit améliorer ces mesures dans le cadre de sa stratégie finale. Michael Brewster a indiqué que le gouvernement libéral annoncera «très bientôt» cette toute première stratégie de réduction de la pauvreté au Canada, «qui fixera des cibles claires et officielles afin de mieux mesurer la pauvreté», pour ensuite «la réduire efficacement».

«Commencez par en haut»

La porte-parole conservatrice en matière de développement social, Karen Vecchio, estime que si les libéraux veulent vendre un plan de lutte contre la pauvreté qui mette à profit tous les ministères, ils devraient prendre en compte tous les aspects de la politique fédérale, y compris les dépenses du gouvernement.

«Ils doivent soulever chaque pierre, à commencer par les sommes que le premier ministre dépense pour ses voyages de luxe, ou les 30 000 $ qu’Ottawa a déboursés pour renommer un centre», a estimé Mme Vecchio. Elle faisait référence aux dépenses engagées par le gouvernement pour mener une «étude de marché» avant de décider de renommer «Centre des compétences futures» son «laboratoire des compétences futures».

«S’ils veulent commencer, qu’ils commencent par en haut.»

Le sous-texte dans la note interne alimente par ailleurs les inquiétudes croissantes des intervenants, qui craignent que la stratégie offre finalement peu d’argent frais ou de politique audacieuse, parce que tout le monde au sein du gouvernement ne voit pas du même oeil l’intérêt politique à dépenser pour lutter contre la pauvreté. Des organismes communautaires craignent ainsi que le gouvernement se lance dans une campagne de relations publiques pour promouvoir des mesures qui sont finalement déjà connues.

Le ministre Duclos et d’autres députés libéraux se sont tournés vers les médias sociaux depuis quelques jours pour rappeler les modifications apportées à la Prestation canadienne pour enfants, qui sera maintenant indexée à l’inflation. Les libéraux prévoyaient au départ faire ce changement en 2020 - après le scrutin de l’an prochain.

Les libéraux soutiennent que cette prestation, basée sur les ressources de chacun, a permis à quelque 300 000 enfants de sortir de la pauvreté, par rapport aux niveaux de 2013 - bien que les chiffres officiels pour 2017, première année complète du programme libéral, ne seront pas disponibles avant 2019.