Tout comme Donald Trump, l'homme d'affaires Kevin O'Leary s'inscrit dans la mouvance de la droite populiste.

O'Leary, le Trump canadien?

Peut-on réellement comparer le candidat à la direction du Parti conservateur du Canada, l'homme d'affaires montréalais Kevin O'Leary, au nouveau président américain Donald Trump? Le Soleil en a discuté avec un expert, le doyen de la Faculté de science politique et de droit de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), Hugo Cyr.
Dire que c'est le «Trump canadien» présuppose qu'il y a un original, fait remarquer M. Cyr. «C'est donc une pâle copie comme il y a des imitateurs d'Elvis», illustre le politologue. Mais il ne fait aucun doute dans sa tête que Kevin O'Leary veut se coller à Donald Trump, qui a remporté l'investiture républicaine, puis l'élection américaine à coups de déclarations chocs tout en demeurant imperméable aux scandales. 
Les deux hommes ont en commun d'avoir réussi à accumuler des millions de dollars - bien que le Canadien est nettement moins fortuné que l'Américain -, à accéder au statut de vedette télé et à ensuite faire le saut en politique. Et dans les deux cas, dit l'universitaire, «on n'a aucune idée réelle de leurs politiques publiques. C'est davantage un sentiment négatif à l'égard du gouvernement, de la bureaucratie et de la technocratie qui se dégage qu'un programme et une vision». Tout comme Donald Trump, Kevin O'Leary s'inscrit dans la mouvance de la droite populiste. «Ils incarnent d'une manière plus générale une révolte contre ceux qu'on présente comme étant les bien-pensants», poursuit Hugo Cyr. 
Évidemment, le manque de rectitude est la marque de commerce des deux nouveaux politiciens. Parce qu'ils ont accédé au statut de vedette, ils ne sont pas assujettis aux mêmes standards d'évaluation. Et même lorsqu'ils semblent avoir fait un faux pas et qu'on croit qu'ils ne se relèveront pas, c'est le contraire qui se produit. «Ça ajoute au personnage. Ça les magnifie», soutient le professeur de l'UQAM. 
Il cite en exemple les premières déclarations de Kevin O'Leary sur le français selon lesquelles il n'était pas nécessaire d'être bilingue pour prendre la tête du pays. «Ça choque parce que ça va complètement à l'encontre du discours dominant, mais ça a permis de rallier une certaine base», analyse M. Cyr. Certains diront même qu'il a bien fait de ne pas participer au débat francophone «parce qu'il s'est tenu debout et ne s'est pas humilié». 
Qu'est-ce qui peut arrêter notre «Trump canadien»? «N'importe quoi qui lui fait perdre son statut de vedette, répond Hugo Cyr. Plus les médias porteront attention au phénomène, plus on contribue à l'amplifier», conclut-il.
Le succès dans le sous-sol de sa maison
C'est dans le sous-sol de sa maison de Toronto qu'il dit avoir lancé sa première compagnie «sans argent, mais avec de grandes ambitions». Il raconte d'ailleurs que c'est sa mère Georgette qui lui a montré la valeur de l'argent et comment investir prudemment. Softkey Software Products, qui distribue des programmes informatiques, connaît rapidement du succès, déménage à Boston et achète peu à peu ses concurrents. L'entreprise change de nom pour devenir The Learning Company, qui sera vendue en 1999 pour près de 4 milliards $ à Mattel, un fabricant de jouets, dont la célèbre poupée Barbie. C'est cette transaction qui le rend multimillionnaire. Pour que son argent continue de «travailler fort», il fonde alors son propre fonds commun de placement. Mais il ne connaît pas que du succès et a plusieurs démêlés avec des partenaires d'affaires et des entreprises pour lesquels il travaillera. Aujourd'hui, le O'Leary Financial Group promet entre autres des capitaux aux PME «pour les aider à passer à une vitesse supérieure». Il s'est également lancé dans la fabrication de vins. Il est aussi l'auteur de trois livres prodiguant des conseils sur les meilleures façons de devenir riche.
Un personnage médiatique
En 2003, Kevin O'Leary lâche un coup de fil au dirigeant de la chaîne télévisée Business News Network pour le convaincre qu'il passerait bien au petit écran. 
Une rencontre est organisée et immédiatement, son talent naturel est reconnu. On le met à la barre de l'émission SqueezePlay avec Amanda Lang, qu'il retrouvera quelques années plus tard à CBC où ils coanimeront The Lang and O'Leary Exchange. C'est un succès immédiat notamment en raison de son langage coloré et de ses formules chocs. Mais c'est en 2006 qu'il devient véritablement une vedette lorsqu'il devient juge dans l'émission Dragons' Den
En 2009, il occupe la même chaise dans la version américaine, Shark Tank. Parce qu'il joue le rôle de l'investisseur «méchant» en raison de la façon cinglante qu'il transige avec les participants, on le surnomme sarcastiquement «Mr.  Wonderful» (M. Merveilleux). 
Il a affirmé cette semaine que «tout ce que j'ai pu dire à la télévision au cours des dernières années ne vaut rien» et qu'en aucun cas cela reflète d'éventuelles prises de position politiques.
Qui est-il?
• 62 ans
• Né à Montréal 
• Unilingue anglophone
• Possède un diplôme en psychologie et en études environnementales (Université de Waterloo) ainsi qu'une maîtrise en administration des affaires (Université Western Ontario).
• Marié et père de deux enfants
• Domicilié à Boston