«Tant que les chantiers ne sont pas perturbés, on n'agit pas. Le jour où ils seront perturbés, on va agir», a assuré mercredi Pierre Moreau.

Offre finale de Moreau aux ingénieurs

Le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, dépose une offre finale et globale «bonifiée» aux ingénieurs et écarte la menace d'une loi spéciale tant que les chantiers ne sont pas perturbés.
L'arrêt de la grève annoncé par l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ) semble avoir changé la donne passablement plus que ne le disait le président du Conseil du trésor, mardi.
Maintenant que l'activité a repris sur les différents chantiers du Québec, M. Moreau ne voit plus l'urgence d'une loi spéciale pour un retour au travail. Mais, comme les négociations n'avancent pas à son goût, il a déposé son offre finale et globale sur laquelle les 1400 membres de l'APIGQ devront se prononcer.
Maintenant, que les ingénieurs acceptent ou non son offre -qui peut être modifiée «à la marge»- M. Moreau n'imposera pas une nouvelle convention collective si les chantiers vont bon train.
«Tant que les chantiers ne sont pas perturbés, on n'agit pas, a assuré M. Moreau. Le jour où ils seront perturbés, on va agir.»
La dernière offre gouvernementale prévoyait une augmentation salariale de 5,25% sur quatre ans, plus une bonification importante la cinquième année pour les ingénieurs d'expérience et une rémunération additionnelle pour les «projets spéciaux».
La nouvelle offre va légèrement au-delà de la moyenne de 9,15% sur cinq ans à l'ensemble de la fonction publique fin 2015. «Les augmentations consenties font en sorte qu'à plusieurs niveaux de l'échelle, les conditions salariales des ingénieurs gouvernementaux seraient supérieures à celles du secteur privé», a déclaré M. Moreau. 
Le président de l'APIGQ, Marc-André Martin, va étudier l'offre et la présentera à ses membres dans deux semaines. Il n'écarte pas un nouveau recours à la grève si la proposition gouvernementale ne satisfait pas les ingénieurs. Un préavis de 9 jours devrait être donné pour retourner en grève.
M. Martin constate un «changement de ton» de la part de M. Moreau. «Peut-être que c'est un hasard que ça arrive la même journée qu'un rapport de la Vérificatrice générale», a déclaré le président du syndicat. Selon lui, le rapport déposé mercredi qui expose -à nouveau- la vulnérabilité du ministère des Transports en raison de son manque d'expertise corrobore le plaidoyer des ingénieurs.
«Depuis 2009, les rapports de la vérificatrice, c'est le jour de la marmotte, a dit M. Martin. Le ministère a besoin de renforcer son expertise.»
Le président du Conseil du trésor ne voit pas d'inconvénient à rappeler les députés même en plein été pour voter une loi spéciale si le besoin s'en fait sentir. «Tous les députés sont toujours rejoignables, a dit M. Moreau. Je ne vois aucune difficulté sur ce point.»

Le MTQ toujours «vulnérable», selon la Vérificatrice générale

La Vérificatrice générale Guylaine Leclerc a déposé mercredi un autre rapport qui expose la difficulté du ministère des Transports à se doter d'une expertise pour faire face au privé. Autant pour les travaux que pour leur surveillance, le MTQ, plus gros donneur d'ouvrage au gouvernement, a recours à l'externe 95 % du temps. 
Et le ministère n'a pas ce qu'il faut pour assurer un encadrement avec suffisamment de «rigueur», selon Mme Leclerc. Le personnel du MTQ peine à estimer avec une précision acceptable le coût des contrats ou des honoraires professionnels à verser aux firmes privées. 
Aussi, et ce n'est pas la première fois que la VG le note, plusieurs contrats examinés comportent des extras pour lesquels les autorisations nécessaires n'ont pas été obtenues. Mme Leclerc suggère d'autre part au MTQ d'approfondir sa connaissance de certains marchés, notamment ceux de l'asphaltage et du déneigement. Dans certaines régions, l'octroi de certains contrats de gré à gré ou des appels d'offres avec un seul soumissionnaire devraient allumer un voyant sur le tableau du MTQ, croit la vérificatrice. 
Le rapport de la VG découle des observations faites par l'analyste Annie Trudel, embauchée par l'ex-ministre Robert Poëti pour faire la lumière sur certaines «irrégularités» au MTQ. La VG n'a pu retracer de contrats fractionnés pour contourner les règles, mais elle a dégoté plus de 80 contrats octroyés à d'ex-employés du ministère.