Le premier ministre libéral du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, s'adresse aux médias après sa rencontre avec la lieutenante-gouverneure de la province, mardi.

Nouveau-Brunswick: les chefs des deux principaux partis se disputent le pouvoir

FREDERICTON — Brian Gallant affirme que la lieutenante-gouverneure lui a donné la permission de continuer de demeurer premier ministre du Nouveau-Brunswick pour le moment - mais les progressistes-conservateurs affirment que ce n’est pas ce qu’on leur a dit.

M. Gallant a rencontré la lieutenante-gouverneure Jocelyne Roy-Vienneau mardi pour discuter de l’élection de la veille, qui a laissé le Parti libéral en deuxième place avec 21 sièges contre 22 pour le Parti progressiste-conservateur, et trois sièges chacun au Parti vert et à l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Les libéraux ont toutefois obtenu le plus grand pourcentage du vote - près de 38 %, contre environ 32 % pour les conservateurs.

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La lieutenante-gouverneure a donné à M. Gallant le feu vert pour rester premier ministre et tenter de gagner la confiance de l’Assemblée législative, a-t-il dit, et il a promis de la convoquer «avant Noël».

«En effet, nous sommes toujours le gouvernement et je suis toujours le premier ministre jusqu’à ce que nous perdions la confiance de l’Assemblée. Elle nous a donné l’occasion de faire face à la législature pour voir si nous pouvons conserver sa confiance», a soutenu Brian Gallant après avoir rencontré Mme Roy-Vienneau pendant moins d’une heure.

Un porte-parole de la lieutenante-gouverneure a indiqué que celle-ci lui avait demandé «s’il croyait avoir la confiance de la chambre».

Le chef conservateur, Blaine Higgs, qui rencontrera Jocelyne Roy-Vienneau jeudi matin, a indiqué que son bureau lui avait donné une impression différente.

«Ce n’est pas le message que nous avons reçu du bureau de la lieutenante-gouverneure», a déclaré M. Higgs, qui a ajouté qu’il se considérait comme le premier ministre élu.

Le chef progressiste-conservateur a clamé que les électeurs avaient donné un mandat à sa formation. «Je voudrais juste aller de l’avant. Je pense que tout cela ne fait qu’étirer les choses», a lancé M. Higgs.

Brian Gallant a comparé la situation à celle vécue par l’ancien gouvernement fédéral de Stephen Harper - les conservateurs avaient réussi à se maintenir au pouvoir pendant plusieurs années dans un gouvernement minoritaire sans coalition formelle.

Le chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, Kris Austin (au centre), s’entretient avec des partisans, à Minto, lundi.

Un gouvernement de coalition?

M. Gallant a toutefois précisé qu’il pourrait chercher à conclure une entente avec un autre parti.

MM. Higgs et Gallant ont tous deux affirmé avoir seulement parlé avec le chef du Parti vert David Coon.

Une représentante de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick a dit mardi matin qu’aucune discussion n’était prévue entre M. Higgs et le chef de la formation, Kris Austin.

Brian Gallant a dit accepter «humblement» les résultats, qui suggèrent que les Néo-Brunswickois veulent du changement. Mais il croit tout de même qu’ils demandent aux partis de trouver le moyen de gouverner ensemble.

«Je veux être parfaitement clair avec les gens du Nouveau-Brunswick, c’est un territoire inconnu depuis une génération. Mais je veux que les gens se réconfortent dans le fait que de telles choses se sont produites dans d’autres pays. La façon dont fonctionne notre système est que nous continuons d’être le gouvernement jusqu’à ce que nous perdions la confiance de la législature.»

Mardi après-midi, une dizaine de groupes de la société civile acadienne et des maires de municipalités acadiennes ont publié une déclaration commune pour faire connaître leur opposition à toute éventuelle coalition avec l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Les signataires soulignent que ce parti s’oppose aux droits linguistiques reconnus depuis plus de 50 ans aux francophones de la province. La possibilité qu’un des deux grands partis s’entende avec l’Alliance constituerait un «geste inacceptable» pour les Acadiens, selon eux.

«Ce parti n’a qu’un objectif, soit nous enlever nos droits et les remplacer par un accommodement au besoin, ce qui aurait pour effet de miner le développement de notre communauté», écrivent-ils.

Les tractations en vue d’une éventuelle entente entre les partis, qui se dérouleront en coulisses au cours des prochains jours, permettront de déterminer si un gouvernement de coalition durable pourra être formé. Si aucun des deux grands partis n’arrive à s’entendre avec un plus petit parti, l’Assemblée législative sera dissoute et les Néo-Brunswickois seront rappelés aux urnes avant Noël.

Selon le politologue Mario Levesque, professeur associé à l’Université Mount Allison, la province risque en effet de revivre des élections dans quelques mois seulement.

«Un gouvernement minoritaire au Canada ne dure pas plus de deux ans, mais ici, considérant les résultats serrés, je crois que ça va durer au maximum six mois», a avancé M. Levesque.

Erin Crandall, une politologue de l’Université Acadia, souligne que l’émergence du Parti vert et de l’Alliance des gens est l’élément marquant de cette élection, dans une province où le pouvoir a toujours alterné entre libéraux et conservateurs.

David Coon, le chef des Verts, a voté dans la circonscription de Fredericton-Sud, lundi.