Cinquante-trois personnes issues des minorités visibles ont eu un poste parmi 1496 nominations, une proportion qui correspond à 3,5% seulement, déplore le député solidaire Amir Khadir.

Nominations au sein de l'État: QS met des chiffres sur la discrimination

De son élection, en avril 2014, jusqu'à la fin janvier, le gouvernement Couillard a procédé à tout près de 1500 nominations à divers postes de l'État québécois. De ce nombre, moins de 55 personnes proviennent des minorités visibles, selon une compilation effectuée par Québec solidaire (QS).
Cinquante-trois personnes sur un total de 1496! Une proportion qui correspond à 3,5% seulement, déplore le député Amir Khadir. Les personnes issues des minorités visibles représentaient 11% de la population québécoise en 2011.
«Cela démontre l'échec de ce gouvernement à montrer l'exemple, lui qui se drape dans des vertus d'ouverture aux minorités», commente le député en entrevue avec Le Soleil. «Les bottines ne suivent pas les babines», selon lui. Il appelle le premier ministre Philippe Couillard à davantage de cohérence.
Chaque semaine, le conseil des ministres du gouvernement du Québec procède à une série de nouvelles nominations.
Amir Khadir veut être clair. Personne ne peut prétendre que Philippe Couillard est xénophobe ou raciste, convient-il. Il estime cependant que son ministère, le Conseil exécutif - celui par lequel passent les nominations gouvernementales à tous les échelons de l'État - reproduit des schémas d'une autre époque.
Ce n'est pas ainsi qu'on améliorera le sort des immigrants en général, déclare-t-il.
Il espère que la compilation effectuée par son parti agira comme un révélateur et contribuera à une prise de conscience.
Début février, M. Khadir avait évoqué en point de presse cette faible proportion de représentants des minorités visibles dans les lieux du pouvoir. Mais les chiffres qu'il avait en main n'étaient pas précis. La compilation était en cours.
Liste de 120 pages
Québec solidaire a scruté les nominations dans les ministères du gouvernement et dans toutes les entités relevant en tout ou en partie de lui, de l'Office de la protection du consommateur à la Régie des rentes du Québec en passant par la Société québécoise de récupération et de recyclage. La liste de Québec solidaire s'étend sur plus de 120 pages.
Précisons que des noms y reviennent plus d'une fois. Une même personne peut avoir été gratifiée d'une nomination gouvernementale à deux reprises parce que ses fonctions ont changé. Les 1496 nominations relevées par Québec solidaire ne correspondent donc pas précisément à la nomination d'autant de personnes différentes.
Pour établir son décompte, Québec solidaire a repéré, dans l'ensemble des nominations, «tous les noms ayant une consonance non occidentale», ce qui signifie, explique-t-on au parti, qu'on n'a pas rangé dans le camp des minorités visibles les patronymes «des personnes d'origine italienne ou grecque».
Québec solidaire rappelle que la Commission des droits de la personne a déjà établi que «s'il est clair que, de manière générale, tous les immigrants ont plus d'obstacles à surmonter pour décrocher un emploi que les "natifs", il semble que ceux des minorités "racisées" soient encore plus désavantagés».
La définition officielle de «minorités visibles» de la Commission des droits de la personne exclut les autochtones. Pris sous cet angle strict, la situation est encore pire, note Québec solidaire. De 53 personnes provenant des minorités dites visibles, on passe alors à 46, soit à l'équivalent de 3% du total des 1496 nominations.