Le chef de l'opposition, Jean-François Lisée, a réitéré que son parti souhaite un meilleur équilibre entre les seuils d'immigration et les moyens mis en oeuvre pour bien intégrer les nouveaux arrivants. Il faut faire plus pour lutter contre le chômage, selon lui.

Neutralité religieuse: «quelques semaines» de deuil avant le débat

Un deuil de «quelques semaines tout au plus» doit être respecté avant de reprendre le travail sur la neutralité religieuse de l'État, estime le chef péquiste Jean-François Lisée.
La tragédie de la mosquée de Sainte-Foy survenue dimanche a «humanisé» la réalité des musulmans québécois. «On les a vus dans leur peine, a dit M. Lisée, mercredi. On les a vus dans leur vie. Regardez, ces gens-là, ce sont nous.»
Mais la reprise des travaux sur le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse n'en demeure pas moins essentielle, a indiqué M. Lisée, en clôture d'un caucus de deux jours, dans la métropole. 
Le projet de loi de la ministre Stéphanie Vallée, qui prévoit que les services publics se donnent et se reçoivent à visage découvert, ne va pas assez loin au goût du Parti québécois (PQ). «Est-ce qu'on devrait faire des discussions là-dessus la semaine prochaine? demande M. Lisée. Non. C'est trop proche de l'événement. Est-ce qu'il faut attendre un an? Non. Je pense que ça a trop attendu. Ayons une période de deuil, peut-être de quelques semaines tout au plus, et reprenons le travail intelligemment, avec l'esprit ouvert.»
Le PQ souhaite l'interdiction du port de signes religieux pour les fonctionnaires en position d'autorité, comme l'a recommandé en 2008 la commission Bouchard-Taylor, de même que pour les enseignants et les éducatrices en garderie. 
«On veut être constructif, a assuré le chef péquiste. On n'est pas jusqu'au-boutiste. On n'est pas dans le tout ou rien. Si on peut faire des gains pour le Québec, très bien.»
En début de journée, le député et ex-candidat à la chefferie Alexandre Cloutier a appelé les politiciens à se «regarder dans le miroir» et à réfléchir à leurs responsabilités dans «l'islamophobie ambiante» au Québec comme ailleurs. «Le code vestimentaire n'a jamais été une priorité pour moi, a-t-il déclaré. On devrait davantage mettre l'emphase sur des réelles mesures de lutte à l'intégrisme.»
Introspection
M. Lisée ne s'est «absolument pas senti visé» par la déclaration de son collègue. Mardi, le chef péquiste s'est amendé à nouveau pour certains de ses propos pendant la course, dont ceux sur les burkas qui dissimulent des AK-47. Il ne croit pas que ces déclarations l'ont aidé à remporter la chefferie. «Ça m'a plus embêté que d'autre chose, ces débats-là, a affirmé M. Lisée. [...] Ça continue à m'embêter.» À son avis, la clé de son succès a été de remettre à un deuxième mandat la tenue d'un référendum. 
Il a invité les autres politiciens à faire le même exercice d'introspection et à reconnaître leurs propos déplacés. S'il a appelé à un «ton plus apaisé» dans le dossier identitaire au cours des prochains mois, M. Lisée a insisté sur le fait que «ce n'est pas à un meurtrier de dicter les décisions démocratiques de notre société».
Le chef de l'opposition réitère que son parti souhaite un meilleur équilibre entre les seuils d'immigration et les moyens mis en oeuvre pour bien intégrer les nouveaux arrivants. Il faut faire plus pour lutter contre le chômage et assurer l'arrimage des diplômes, selon lui.  
Le caucus a été l'occasion pour les députés péquistes de préparer la reprise des travaux en Chambre, le 7 février. Le chef Lisée veut imposer le thème du nationalisme économique à la session parlementaire.
Pour rester «connecté» avec les citoyens, il les appelle à écrire au PQ pour soumettre des questions qui seront posées à l'Assemblée nationale.

Lisée pas encore branché sur Gouin

Les péquistes n'ont pas encore décidé s'ils présenteront un candidat dans l'élection complémentaire de Gouin ou s'ils enverront le «beau signal» de laisser la voie libre à Québec solidaire. Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, est persuadé que son parti pourrait récupérer le siège que lui a ravi Françoise David en 2012. «Si on le désirait, on pourrait le reprendre», a affirmé M. Lisée, mercredi. 
Toutefois, son coeur balance encore. Même si Québec solidaire a déjà prévenu qu'il aura son propre candidat et a invité le PQ à faire de même. Mais, au sein du parti et de l'aile parlementaire, deux écoles de pensée s'opposent. «On trouve très important d'envoyer des signaux d'ouverture et de ne pas avoir l'air de se chamailler entre souverainistes, a souligné M. Lisée. Des gens disent que ce serait parfaitement légitime [de présenter un candidat] puisqu'ils nous invitent à y aller. D'autres disent : "Oui, mais ce serait un beau signal de ne pas y aller." C'est un beau dilemme que nous n'avons pas tranché.»
L'ex-candidat à la chefferie et conseiller spécial Paul St-Pierre Plamondon ne cache pas son intérêt pour Gouin. D'autres se sont aussi montrés intéressés, assure le chef du PQ. Reste à décider si, dans un contexte où l'on tente de rapprocher les forces souverainistes pour battre les libéraux en 2018, il serait avisé pour le PQ d'avoir un candidat sur les rangs. 
Il n'y a pas péril en la demeure, rappelle M. Lisée. L'élection n'est pas encore déclenchée, et l'ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois, pressenti comme candidat solidaire, n'annoncera pas ses intentions avant la mi-février. 
D'autre part, la députée péquiste de Vachon, Martine Ouellet, dévoilera le 5 février si elle tente sa chance à la chefferie du Bloc québécois. Selon nos sources, dans la mesure où les délégués bloquistes décident d'une course rapide en 2017, Mme Ouellet en sera.