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Nathalie Roy, ministre québécoise de la Culture et des Communications.
Nathalie Roy, ministre québécoise de la Culture et des Communications.

Nathalie Roy : «Je ne veux pas jouer au yo-yo avec les artistes de la scène»

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
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LA POLITIQUE EN QUESTIONS / «Le maudit virus frappe les arts vivants plus que tout!» lance Nathalie Roy. Alors que les musées sont rouverts, ce sera bientôt au tour des cinémas. Mais les théâtres et les salles de spectacles restent dans le noir. La ministre québécoise de la Culture et des Communications s’explique là-dessus et sur d’autres dossiers chauds qu’elle pilote.

Q Les parlementaires étudient en ce moment votre projet de loi 69 sur le patrimoine. Êtes-vous ouverte à créer un organisme indépendant de protection du patrimoine?

R Dans la loi actuelle, les municipalités ont des pouvoirs, mais pas de devoirs. Là où le bât blesse, c’est qu’on n’a jamais donné de devoirs aux villes à l’égard du patrimoine. C’est ce que le projet de loi fait.

Pour la première fois, la protection du patrimoine va entrer dans la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Ça deviendra obligatoire. Les villes auront des obligations à l’égard du patrimoine et devront adopter des règlements d’entretien des bâtiments. Pour éviter la démolition par abandon, entre autres.

Nous pensons que c’est en aidant les municipalités qu’on arrivera à protéger le patrimoine.

Q Plus de 25 % des travailleurs culturels ont perdu leur emploi depuis le début de la pandémie. Plusieurs travailleurs de l’ombre, comme les techniciens, ont dû se réorienter. Que comptez-vous faire pour que cette expertise ne soit pas perdue à jamais?

R On a mis sur pied une trentaine de programmes pour aider les artistes et les artisans. On a mis 450 millions $ pour aider le milieu culturel et s’assurer de garder ses institutions en vie. Plus d’un millier d’organisations culturelles ont pu survivre et continuer leurs opérations.

Il est important d’ouvrir le plus grand nombre de possibilités pour les travailleurs. Entre autres en permettant, avec un budget de 51 millions $, de garantir la reprise des tournages. Ce sont des milliers de travailleurs qui peuvent travailler dans le monde du cinéma, de la télévision et de l’audiovisuel.

Il n’y a rien de parfait. Il y a des gens pour qui c’est difficile d’avoir du travail. C’est pour ça que j’ajuste continuellement les programmes pour pouvoir répondre le mieux possible aux besoins de tous.

Q Pourquoi rouvrir les cinémas en zones rouges et pas les salles de spectacles et de théâtre? Pourtant, des productions sont prêtes, non?

R Il y a plusieurs motifs, dont le principal est qu’en zones rouges, l’état d’urgence sanitaire prévaut toujours. Et les gens du milieu des arts de la scène me disent qu’ils ont besoin de prévisibilité. Ça leur prend deux, trois, quatre semaines pour se préparer.

En ce moment, la Santé publique ne peut pas nous donner un horizon plus loin que trois semaines. Et la dernière chose que je souhaite faire, c’est de dire : «Parfait, on rouvre dans trois semaines.» Que les gens se préparent et qu’au bout de trois semaines, il y a augmentation des cas à cause des variants et de finir par leur dire : «Ben non, finalement, on ne pourra pas rouvrir.»

Je ne veux pas jouer au yo-yo avec les artistes et les artisans des arts de la scène. C’est pourquoi on attend de voir comment va se comporter le virus durant la semaine de relâche.

Vous conviendrez qu’il est plus facile pour le milieu culturel de prendre un film qui est déjà tourné et d’assurer un visionnement dans une salle de cinéma que d’avoir des arts de la scène vivants, avec des gens qui s’investissent et qui travaillent, mais sans savoir quel sera l’état de la situation d’ici trois semaines.

Entre-temps, nous soutenons le milieu, entre autres avec une mesure de remboursement des billets invendus.

Et il y a toujours le couvre-feu à 20h, moment où les théâtres sont en pleine effervescence en temps normal.

Il y a beaucoup d’impondérables de la pandémie qui font que ce n’est vraiment pas souhaitable de rouvrir les salles et lorsque nous les rouvrirons, nous souhaitons que ce soit pour de bon, de façon permanente.

Nathalie Roy, ministre québécoise de la Culture et des Communications.

Q La diffusion de la pièce de théâtre La Face cachée de la Lune en direct à la télé a connu un certain succès. François Legault, votre patron, vous a même demandé d’avoir plus de projets du genre. Est-ce seulement une solution de rechange en attendant la fin de la pandémie ou y voyez-vous une réelle avenue à revisiter?

C’est mon intention depuis mars 2020. Dans le budget que j’ai déposé il y a 11 mois (juste avant la pandémie), j’ai spécifiquement mandaté Télé-Québec, en lui donnant plus d’argent, de faire des captations de spectacles originaux québécois. C’était pratiquement un budget prémonitoire!

Là, les captations sont toutes des choses faisables, de façon sécuritaire, mais sans public. C’est ça qui est le plus triste pour les artistes, mais les spectateurs peuvent garder un lien et ça crée un nouveau public.

C’était ma vision pour Télé-Québec d’avoir plus de spectacles! J’ai donné le mandat et beaucoup d’argent pour qu’ils le fassent.

(Dans cette série d’émissions spéciales, la pièce Les Hardings est rediffusée dimanche, à 20h30.)

Q En temps normal, les festivals et les grands événements d’été boucleraient leur programmation en ce moment. Quel message avez-vous pour eux? Y aura-t-il des festivals cet été?

Je vous disais que la Santé publique ne peut pas nous donner plus de prévisibilité que pour trois semaines... Si je savais ce qui va se passer dans un mois, je pourrais répondre à votre question.

Mais entre-temps, nous soutenons nos festivals. Tous les festivals qui sont soutenus ont reçu leur financement (public) l’année dernière et le recevront cette année également. Et plus, nous donnons des bonifications parce qu’ils se préparent des plans A, B et C.

Nous avons mis beaucoup d’argent dans le numérique pour que les festivals puissent faire des représentations ou gardent un lien avec le public.

Je souhaite qu’on puisse avoir du public, je souhaite qu’on puisse avoir des festivals... On le souhaite tous! Mais je n’ai pas cette boule de cristal.

Q Êtes-vous prête à accorder le statut d’artiste aux écrivains au sens de la loi?

R Je suis très sensible à leur demande. Ça a énormément de bon sens.

On a rouvert des consultations. Les mémoires devaient être déposés pour le 1er février. Lorsque la loi sur le patrimoine sera terminée, je procéderai à une prochaine loi. C’est une à la fois.

Mais je trouve leur demande très pertinente. Alors, lisez entre les lignes!