Julia Posca, sociologue et chercheure à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques, déconstruit l’argumentaire du premier ministre caquiste François Legault, qui répète depuis la campagne électorale que des immigrants au Québec, il faut «en prendre moins, mais en prendre soin».

Moins d’immigrants ne rime pas avec meilleure intégration

Les pays qui accueillent beaucoup d’immigrants sont ceux qui réussissent le mieux à les intégrer, indique une nouvelle étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

«Quand il y a un bon bassin d’immigrants dans un pays, c’est plus facile pour eux de se trouver un emploi et d’apprendre la langue», explique Julia Posca, sociologue et chercheure à l’IRIS.

Auteure d’une fiche technique publiée mercredi, Mme Posca déconstruit l’argumentaire du premier ministre caquiste François Legault, qui répète depuis la campagne électorale que des immigrants au Québec, il faut «en prendre moins, mais en prendre soin».


« Quand il y a un bon bassin d’immigrants dans un pays, c’est plus facile pour eux de se trouver un emploi et d’apprendre la langue »
Julia Posca, sociologue et chercheure à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques

Mme Posca réfère à une étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur l’intégration des immigrants, sortie il y a quelques semaines. Cette étude démontre que des pays comme le Canada, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, qui accueillent beaucoup d’immigrants au prorata de leur population, réussissent assez bien à les intégrer.

Au contraire, l’apprentissage de la langue du pays et l’obtention d’un emploi est beaucoup plus difficile pour les immigrants en Espagne, en Italie ou en France, fait valoir Mme Posca, même si ces pays accueillent un moins grand nombre d’immigrants, proportionnellement à leur population «native».

«Il n’y a absolument rien, pas de preuve scientifique qui nous indique que si on en prend moins, leur intégration va être meilleure», indique Mme Posca.

Le constat est le même à l’intérieur du Canada, explique la chercheure. Les provinces qui accueillent le plus d’immigrants, comme l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Québec, réussissent à les retenir davantage, contrairement à la Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, qui en accueillent très peu et où l’intégration est plus difficile.

Est-ce parce que les immigrants se regroupent entre eux et s’entraident? Mme Posca croit que oui. «Si la personne arrive et trouve des gens pour l’aider, l’héberger, la mettre en contact avec des employeurs, c’est plus facile.»

La chercheure ne s’est toutefois pas attardée à l’adhésion de ces immigrants aux valeurs du pays dans lequel ils arrivent, un thème cher à la Coalition avenir Québec. «C’est difficile à mesurer. On est plus dans l’ordre de la perception ou des préjugés.»

Nombre cible

Pour l’année 2019, le gouvernement caquiste a décidé de réduire le nombre d’immigrants que recevra le Québec, faisant passer la cible de 50 000 à 40 000.

L’IRIS recommande que le gouvernement maintienne la cible de 50 000 immigrants reçus chaque année, parce que la question de leur intégration ne doit pas reposer sur leur nombre, mais sur les ressources que le gouvernement est prêt à consacrer à l’accueil et à la francisation.

L’IRIS s’inquiète également de la baisse du poids démographique du Québec à l’intérieur du Canada. «Limiter l’afflux de personnes immigrantes dans un contexte de vieillissement de la population apparaît en ce sens comme une décision irréfléchie», écrit Mme Posca.

La sociologue ajoute que le nouveau système Arrima donne «un poids démesuré» aux entreprises dans la sélection des immigrants, parce que les personnes qui auront une garantie d’emploi dans une entreprise québécoise seront largement favorisées.

«Si on fait face à un ralentissement économique, il y en aura pour dire que ces personnes-là sont inutiles. C’est une approche très utilitariste de l’immigration.»