Le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, a intégré le comité des priorités de la relance économique. 
Le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, a intégré le comité des priorités de la relance économique. 

Ministre de l’Environnement au comité de relance : «Il était temps!» clame QS

L’addition du ministre de l’Environnement au comité de la relance économique du gouvernement satisfait à moitié Québec solidaire. Qui y voit une autre opération de marketing, à défaut de constater des actions concrètes.

«Mon Dieu, il était temps!» s’exclame Ruba Ghazal, porte-parole du deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale en matière d’environnement, d’énergie et de transports. «Les partis d’opposition et plusieurs groupes extérieurs l’avaient demandé. Il aurait dû être là d’emblée!»

La nouvelle est passée dans l’ombre du remaniement ministériel effectué par François Legault, lundi. Le premier ministre a élargi de quatre à sept le nombre de ministres membres de son comité des priorités de la relance économique, créé fin mars pour répondre à la crise de la COVID-19. Benoit Charette fait partie de ces nouveaux membres.

Mme Ghazal est loin d’y voir un grand geste de confiance du premier ministre Legault envers son ministre de l’Environnement. Pas plus qu’une sensibilité accrue pour la lutte aux changements climatiques.

Selon la députée de Québec solidaire (QS), la Coalition avenir Québec (CAQ) tient un discours environnemental à des fins promotionnelles, tandis que les actions réelles se font toujours attendre.

Au cabinet du ministre, on rétorque que M. Charette «collaborait déjà avec le comité de relance économique depuis le tout début du comité. Cela démontre que l’environnement fait partie des priorités de notre gouvernement, tel que l’a réitéré le premier ministre», lundi, lors de l'annonce du remaniement.

Freinés par la COVID-19

L’étude détaillée du projet de loi n° 44 touchant la gestion du Fonds vert et la gouvernance en matière de lutte aux changements climatiques s’avère la seule commission parlementaire toujours en cours à Québec. M. Charette et Mme Ghazal en font partie.

Les travaux de la journée de mardi ont par contre été annulés après qu’une employée de l’aile parlementaire du Parti libéral du Québec (PLQ) ait ressenti des symptômes de la COVID-19. Deux autres séances sont au calendrier jeudi, mais on attendra sans doute le résultat du test de dépistage passé par ladite recherchiste avant de décider de la suite ou non des travaux.

Le ministre Charette avait laissé planer la possibilité de continuer durant l’été, sauf qu'un ajournement jusqu’en août s’avérait déjà plus probable après jeudi.

Structure à deux têtes

Mme Ghazal remet en question la confiance du premier ministre envers son ministre de l’Environnement, alors que le projet de loi 44 ferait passer tout le dossier de la transition énergétique entre les mains du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

«Les deux ministres étaient là lors du dépôt du projet de loi, mais Jonatan Julien ne passera pas une seule seconde en commission parlementaire sur le sujet. Comment Benoit Charette explique-t-il ça? Il se vante d’être le grand coordonnateur gouvernemental des changements climatiques, mais un gros morceau lui échappe au profit d’un autre collègue. Est-ce un désaveu du premier ministre?» questionne-t-elle.

La solidaire parle d’une structure à deux têtes qui n’iront pas dans la même direction.

«Le principal objectif du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, c’est avant tout le développement énergétique et minier. Tant qu’à y être, pourquoi ne pas confier le volet transition au ministre des Transports, quand on sait que les transports produisent 40 % des émissions de gaz à effet de serre au Québec?»

De son côté, l'attaché de presse du ministre dit regretter qu'«encore une fois, l'opposition souhaite opposer environnement et économie», selon Louis-Julien Dufresne.

Éclairer la «boîte noire»

Mme Ghazal souhaite «mettre la lumière» sur la nouvelle «boîte noire» que s’apprête à créer le gouvernement sur la gestion des 1,2 milliard $ annuels du Fonds vert, après avoir aboli son comité de gestion.

«C’est vrai que le comité de gestion du Fonds vert ne marchait pas, ça devait être amélioré. Mais tout ce que le ministre nous répond, c’est : “Faites-moi confiance, j’ai l’intention de bien gérer ça.” C’est très inquiétant.»

Elle propose de donner plus de pouvoirs au Vérificateur général dans ce dossier et que le ministre soit contraint de déposer chaque année un rapport sur les performances du Fonds vert.

M. Dufresne précise enfin que le «projet de loi 44 ajoutera des mesures d'imputabilité, telles qu'un rôle de vérification au commissaire au développement durable et un comité d'experts pour conseiller le ministre».  Avec La Presse canadienne