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Le porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois
Le porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois

Manoir Liverpool: QS talonne la ministre Blais de mettre fin au «Far West» dans les résidences pour aînés

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
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Québec solidaire talonne la ministre Blais de resserrer l’encadrement des résidences privées pour aînés pour mettre fin au «Far West», après le «scandale» du Manoir Liverpool. 

Le cas du Manoir Liverpool, doit mener à des actions «immédiates» de la part de la ministre responsable des Aînés Marguerite Blais, clame le porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois.

Quelques jours après la diffusion des conclusions du rapport d’enquête sur la maltraitance au Manoir Liverpool, le gouvernement du Québec a annoncé mardi déclencher une enquête indépendante sur l’établissement privé pour aînés de Lévis. (Note aux lecteurs: Voir plus bas - L'Ordre des infirmières enquêtera aussi)

À LIRE AUSSI: Québec demande une enquête indépendante sur le Manoir Liverpool

«Au lieu de se cacher derrière une enquête interne, Marguerite Blais […] doit entamer des actions immédiates pour mettre fin à ce Far West dans le domaine des RPA [résidences privées pour aînés].»

«La réalité au Québec, en 2021, c'est qu'on peut faire vivre l'enfer à des aînés vulnérables pendant des années sans se faire inquiéter», a-t-il déploré en Chambre, appelant la ministre Blais à cesser de regarder «la logique du profit s’enraciner».

«Deux fois plus» d'inspecteurs pour les animaux que pour les aînés

Un peu plus tôt lors d’un point de presse, Nadeau-Dubois s’est d’abord insurgé que 18 inspecteurs sont chargés de s’assurer du bien-être animal, tandis qu’on en compte sept responsables de faire le tour des résidences privées pour aînés du Québec.

«La ministre, elle n'a pas besoin d'une enquête pour poser ce geste-là. Elle peut me l'annoncer aujourd'hui au Salon bleu: on va embaucher plus de monde.»


« La réalité au Québec, en 2021, c'est qu'on peut faire vivre l'enfer à des aînés vulnérables pendant des années sans se faire inquiéter »
Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire

Par ailleurs, l’annonce des visites des inspecteurs avant de se présenter sur les lieux a contribué à ce que la direction du Manoir Liverpool «cache les abus dont étaient victimes les aînés».

Le rapport d’enquête sur le Manoir Liverpool révélait que les efforts «extraordinaires» déployés par l’administration de la résidence pour aînés en vue d’une visite d’inspection transformaient ces interventions annoncées en «mascarade».

Le rapport d’enquête sur le Manoir Liverpool révélait des efforts «extraordinaires» déployés par l’administration de la résidence pour aînés en vue d’une visite d’inspection.

La ministre Blais sur la défensive

Lorsque questionnée par le député de Gouin sur le sujet, la ministre responsable des Aînés Marguerite Blais s’est rapidement défendue d’avoir déjà demandé à tous les dirigeants des CISSS et des CIUSSS de lui transmettre d’ici le 26 février le rapport sur l’assurance qualité dans leurs établissements.

Une «enquête préventive» a aussi été demandée au Pavillon Bellevue, un CHSLD privé conventionné appartenant à l’un des propriétaires du Manoir Liverpool.

Elle a promis que des visites-surprises auraient lieu dans les ressources intermédiaires, comme c’est actuellement le cas dans les résidences privées pour aînés. «On va changer ça. Oui, on peut mettre plus d’inspecteurs.»

«Il faut ensemble travailler pour ne pas que la maltraitance envers nos personnes vulnérables persiste dans les RPA, dans les RI, dans les RTF», a terminé Mme Blais.

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais

Du privé au public?

Même s’il ne concerne pas un CHSLD, le cas du Manoir Liverpool a relancé le débat de la nationalisation des centres d’hébergement et de soins de longue durée, lancé au printemps dernier, au début de la crise sanitaire.

«Au Québec, les soins, c’est un système public. Donc, est-ce qu’on devrait avoir tous les CHSLD qui soient publics? Je n’exclus pas ça», avait déclaré le premier ministre Legault lors d’un point de presse quotidien, en avril dernier.

«Le soin des aînés au Québec c’est trop important pour être laissé au secteur privé. C’est vrai pour les CHSLD privés et c’est vrai pour les RPA. Au Québec on a fait le choix que la santé c’était public, je ne comprends pas pourquoi on laisse le secteur privé s’emparer de cette partie-là des soins aux aînés au Québec», avait lancé mercredi matin le porte-parole solidaire Gabriel Nadeau-Dubois.

Le président-directeur général du CISSS de Chaudière-Appalaches, Daniel Paré, disait pour sa part avoir peu de leviers pour intervenir sur le terrain, le Manoir Liverpool étant un établissement privé. Une réalité qui devrait mener à une révision «complète» de l’encadrement des RPA, selon Québec solidaire, qui réclame aussi une «règlementation claire».

«Le Manoir Liverpool est un cas d’école sur en quoi le privé est un problème. Pourquoi? Parce que ça fait en sorte que le gouvernement [et] que comme société, on se décharge de notre responsabilité de protéger les aînés les plus vulnérables.»

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L’ORDRE DES INFIRMIÈRES ENQUÊTERA AUSSI

La direction du Bureau du syndic de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) lance aussi sa propre enquête sur le dossier du Manoir Liverpool.

Au moins une personne de l’organisation – en l’occurrence la copropriétaire de l’établissement pour aînés de Lévis, Manon Belleau – est membre de l’Ordre. Sur le site web de l’OIIQ, il est possible de voir que Mme Belleau y est inscrite depuis 1997 et qu’elle a «plein droit d’exercice» jusqu’au 31 mars 2021.

Une porte-parole de cette dernière indique que sa cliente n’a «rien reçu» de la part de l’OIIQ à ce jour.

L’enquête tendra par ailleurs à déterminer si d’autres membres étaient aussi impliqués dans les allégations de maltraitance au Manoir Liverpool, dont presque toutes se sont avérées fondées, selon les conclusions du rapport du CISSS de Chaudière-Appalaches.

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«S’il y a bel et bien une ou des infirmières ou infirmiers impliqués là-dedans, ils sont soumis, comme tous les autres, peu importe leur lieu de pratique, au respect du code de déontologie», explique le président de l’OIIQ, Luc Mathieu, déplorant une situation «honteuse» et des pratiques «inacceptables».

Le code de déontologie prohibe notamment la maltraitance de personnes, un comportement «complètement inadmissible», selon le président de l’OIIQ, ainsi que la négligence.

«À date ce qu’on sait, c’est que ça touche les deux volets», dénonce-t-il.  


« S’il y a bel et bien une ou des infirmières ou infirmiers impliqués là-dedans, ils sont soumis, comme tous les autres, peu importe leur lieu de pratique, au respect du code de déontologie »
Luc Mathieu, président de l’OIIQ

En fonction des faits exposés dans l’enquête de l’Ordre, les professionnels en tort pourraient voir leur permis de pratique suspendu temporairement, voire révoqué de façon complète. «Ce sera décidé selon la nature de ce qui est amené en preuve et la décision du conseil de discipline», précise M. Mathieu.

L’enquête sera éventuellement rendue publique, mais sa durée sera déterminée en fonction de la collaboration des personnes à rencontrer. «Dans ce cas-ci, on a lu dans le rapport qu’il y a eu des tentatives de masquer des informations. Ça dénote qu’il n’y a peut-être pas une grande collaboration, ça pourra être jugé comme des facteurs aggravants.»

Le président mentionne en outre que des enquêtes ont régulièrement lieu au sein même de l’Ordre, mais «pas dans des cas aussi graves que celui-là, au niveau des allégations qui semblent être confirmées».