Mardi, le ministre Pierre Moreau s'en est pris à «l'intransigeance» et à la «stratégie tordue» de l'exécutif syndical de LANEQ. Les avocats et notaires ont rejeté l'offre gouvernementale à 96% et ont voté pour poursuivre la grève à 63%.

L'offre faite à LANEQ toujours en bas de l'entente du front commun

Malgré 17 semaines de grève, l'offre faite aux avocats et juristes de l'État québécois (LANEQ) demeure moindre que ce qu'a obtenu le front commun à la fin de 2015.
Le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, a promis plus tôt cette semaine de dévoiler publiquement ses propositions faites aux quelque 1100 juristes, en grève depuis le 24 octobre.
Dans une séance d'information, jeudi, la négociatrice du gouvernement, Édith Lapointe, a ouvert ses livres. Elle établit à 9,05 % sur cinq ans la proposition salariale actuellement sur la table. Elle a reconnu du même souffle que cela est inférieur au 9,15 % obtenu par tous les fonctionnaires du front commun. LANEQ évalue de son côté l'offre gouvernementale à 7,01 %.
Quoi qu'il en soit, Québec insiste sur la volonté des juristes d'obtenir le même traitement que les procureurs de la Couronne. Pour cela, il faut prendre en considération la rémunération globale, incluant les régimes de retraite, dit le trésor. Les échelles salariales sont les mêmes, dit-on, mais les procureurs ont obtenu des augmentations de 10 % en quatre ans. Toutefois, leur caisse de retraite est en mauvaise posture et ses bénéfices ont été réduits.
Ainsi, la cotisation des procureurs est beaucoup plus élevée pour un régime de retraite aux bénéfices «comparables», plaident les négociateurs du gouvernement. Cela pris en considération, ce qui reste dans les poches des juristes est équivalent à ce qu'obtiennent les procureurs. Le salaire «net de cotisation» totalise 116 685 $ pour un juriste, soit quelques centaines de dollars de plus que les procureurs, selon Québec.
Calculs différents
L'écart entre l'évaluation de 9,05 % du trésor et celle de 7,01 % de LANEQ tient principalement dans l'appréciation d'une augmentation de salaire de 2 % en 2019-2020. Selon les juristes, cette hausse est simplement la contrepartie des économies générées par un nouveau système de congés moins généreux. Pour Québec, le nouveau régime, qui fait passer de 12 à 10 le nombre de congés de maladie et empêche de les accumuler, est un changement «à coût nul».
L'autre volet des pourparlers porte sur le mode de négociation. LANEQ espère qu'un comité de rémunération recommande ses conditions de travail à l'Assemblée nationale. Le président du Conseil du trésor suggère plutôt de discuter du statut des juristes dans un autre comité. Mardi, le ministre Pierre Moreau s'en est pris à «l'intransigeance» et à la «stratégie tordue» de l'exécutif syndical de LANEQ. Les avocats et notaires ont rejeté l'offre gouvernementale à 96 % et ont voté pour poursuivre la grève à 63 %.
Au Parti québécois, la députée Nicole Léger trouve que le gouvernement pourrait clarifier le dossier en offrant exactement la même chose qu'aux procureurs de la Couronne. «Là, ils nous embourbent de toutes sortes de forfaitaires, de primes, de régime de retraite, a énuméré Mme Léger. Pourquoi ce n'est pas clair? Mettez la même chose sur la table que pour les procureurs.»
Le caquiste Marc Picard juge que Québec tient un «double discours» à l'endroit de ses juristes. «Pierre Moreau agit à l'image de tout le gouvernement Couillard : il improvise», a indiqué le caquiste. 
Chez Québec solidaire, Amir Khadir croit que M. Moreau devrait prendre en considération dans ses offres toutes les sommes publiques mises à risque en raison de l'absence des juristes.