Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, dit croire en l'État, mais un État différent, davantage au service des citoyens.

Lisée veut une «simplification» de l'État

À un an des prochaines élections générales au Québec, Le Soleil rencontre les chefs des partis politiques représentés à l'Assemblée nationale. Aujourd'hui : le chef péquiste Jean-François Lisée.
Jean-François Lisée s'y voit. Il pense à un projet global : «Comme premier ministre, je veux incarner le retour du respect de l'État», fait-il valoir en entrevue avec Le Soleil.
«Nous, on croit en l'État», postule le chef péquiste. «C'est quelque chose qui distingue fondamentalement le Parti québécois de la Coalition avenir Québec et du Parti libéral, qui sont en guerre permanente contre lui», soutient-il du même souffle.
M. Lisée dit cependant vouloir un État différent, un État davantage au service des citoyens. «Il y a un genre de révolution culturelle à mener au sein de l'appareil d'État pour le faire passer du mode "normatif" au mode "solution" et rapidité.»
«L'État est essentiel, mais il doit mériter le respect. Et si on veut que l'État retrouve le respect, il doit l'inspirer. En ce moment, il est trop compliqué, tatillon, refermé sur lui-même.» D'où la nécessité de «le rendre beaucoup plus efficace, plus proche des gens, moins compliqué».
Jean-François Lisée convient qu'il n'est pas le premier à lancer un tel appel à l'efficacité. Mais il affirme que ce message est habituellement scandé «par des gens qui n'aiment pas l'État. Moi, déclare-t-il, je le dis parce que j'aime l'État».
L'État québécois «ne s'est pas suffisamment demandé comment il pouvait rendre les choses plus simples pour les citoyens, pour l'entrepreneur ou pour l'agriculteur». Il impose «trop de normes, trop de formulaires». 
«À l'Environnement, c'est pire que pire. Quelqu'un demande un certificat d'autorisation? S'il existe un délai de 90 jours pour une réponse, au 88e, on l'appelle pour lui dire qu'il manque un document... Et on remet le compteur à zéro!»
Le travail des différents comités d'allègement réglementaire n'a abouti à rien, selon lui. «Si on veut faire une grande simplification», ce dossier doit monter «sur le bureau du premier ministre».
Pour ne pas prendre les employés des secteurs public et parapublic à rebrousse-poil, non plus que leurs syndicats, M. Lisée dit vouloir s'appuyer sur eux. Le changement qu'il appelle «ne passe pas seulement par les grands syndicats, mais passe aussi par eux».
Les différentes directions de l'État ont le devoir, elles, parallèlement, de réduire l'épaisseur des cahiers de normes de toutes sortes.
«Le coût du Canada»
À son congrès d'il y a deux semaines, le Parti québécois a officiellement décidé de reporter tout éventuel référendum sur la souveraineté à après 2022. De 2018 à 2022, un gouvernement du Parti québécois ne mettrait pas de deniers publics dans la promotion de son option, assure son chef.
Cela ne l'empêcherait toutefois pas d'instruire le procès d'Ottawa. Jean-François Lisée relève que le scrutin fédéral de 2019 offrira «l'occasion de poser la question du coût du Canada».
Surenchère?
Le chef du Parti québécois récuse l'idée voulant qu'il se livre à une surenchère identitaire avec son adversaire caquiste. Il dit représenter l'équilibre.
«Il faut agir fermement sur la langue, sur les repères identitaires, sur les signes religieux; et en même temps, et peut-être même avant, adopter des mesures pour assurer l'intégration en emploi et dans la société québécoise des Québécois d'adoption - et faire reculer le racisme et la discrimination. C'est l'équilibre.
«À la CAQ, ils veulent retourner dans leur pays d'origine les immigrants qui n'auraient pas réussi un test de français au bout de trois ans. C'est inhumain. Nous, on va plutôt leur dire : "Apprenez-le chez vous. On va même vous aider. Quand vous l'aurez appris, vous passerez le test, vous viendrez et on vous gardera". C'est plus humain.»
Le défi de l'asphalte
Moins d'asphalte et plus de covoiturage et de bus... «Je suis prêt à mettre plus d'asphalte si c'est pour avoir des voies réservées pour des autobus, de l'autopartage et du covoiturage. Plus on va ajouter de voies pour des voitures, plus il va y avoir de voitures.
«Je ne dis pas qu'il est impossible de démontrer qu'il manque un bout d'autoroute là ou une sortie à tel autre endroit. Mais notre grand défi est d'utiliser l'espace d'asphalte disponible en ce moment pour augmenter sa capacité.» Plutôt que d'avoir une seule personne par voiture, il en faudrait quatre et «avoir 40 personnes dans un bus pour la même surface d'asphalte», illustre M. Lisée.
Compte à rebours
Le compte à rebours menant aux prochaines élections générales au Québec, en octobre 2018, est commencé. Aux yeux de Jean-François Lisée, la «grande question» à laquelle les Québécois répondront sera la suivante : «Qui sera la meilleure équipe pour remplacer les libéraux?» Elle pourra davantage se poser que les fois précédentes en raison du report de tout référendum à un éventuel deuxième mandat du PQ.
Pour le chef péquiste, la réponse que devraient donner les électeurs à cette question ne fait évidemment aucun doute. «Nous, on ne dit pas n'importe quoi», se plaît-il à lancer en conclusion.