«On n’est pas contre le troisième lien», assure Jean-François Lisée tout en reconnaissant l’évidence, soit que sa formation «est ouvertement sceptique sur l’opportunité» d’aller de l’avant avec ce projet.

Lisée à l’offensive sur le troisième lien

Après François Legault et Philippe Couillard, Jean-François Lisée fait du «troisième lien» un thème important de la prochaine séquence politique. Mais en prenant le contrepied de ses adversaires, qu’il renvoie dos à dos.

Le chef du Parti québécois passe à l’offensive sur cette question. Il accuse le chef libéral et le leader caquiste d’abdiquer la responsabilité censée être la leur en promettant la construction d’un troisième lien entre Québec et Lévis avant même que l’«étude d’opportunité» commandée par le gouvernement ait été lancée.

Ce n’est pas ainsi qu’on doit veiller aux dépenses publiques, martèle Jean-François Lisée en entrevue avec Le Soleil. Selon le calendrier établi, le dossier d’opportunité ne sera présenté qu’à la fin de 2020.

François Legault est clairement plus pressé que Philippe Couillard de réaliser ce projet, mais ce dernier s’est aussi commis à l’aveugle, affirme M. Lisée.

Mardi soir dernier, lors d’un rassemblement de libéraux à Québec, M. Couillard a promis la construction d’un troisième lien entre Lévis à Québec — tout en disant tout de même vouloir donner la priorité au projet de transport collectif que présentera le maire Régis Labeaume.

«On va faire les deux», a indiqué le premier ministre. Un message repris le lendemain par le ministre des Transports, André Fortin.

«On pensait que le premier ministre était un peu plus sérieux et prudent. Mais il a commis une faute grave en déclarant que la question n’était pas de savoir si on allait le faire, mais quand, affirme le chef péquiste. En fait, il vient de donner l’ordre à la firme ou au consortium qui mènera l’étude d’opportunité de dire que c’est opportun. Il vient de vicier le processus scientifique.»

Avant M. Couillard, «le chef de la CAQ a non seulement déclaré qu’il fallait faire le troisième lien, mais qu’il fallait le faire coûte que coûte», insiste Jean-François Lisée. Il faut que «M. Legault revienne sur terre et qu’il ait une bonne rencontre avec la réalité», tacle-t-il au passage.

Pour MM. Couillard et Legault, «ça ne sert à rien une étude d’opportunité, puisqu’ils sont certains qu’il faut le faire ce troisième lien». Il s’agit «d’une attaque menée contre la saine gestion des fonds publics et contre l’argent des contribuables».

L’opération fleure bon l’opportunisme électoral, d’après le chef péquiste. «Ils ont franchi une ligne rouge. Ils veulent dépenser un milliard par comté s’ils le peuvent… et la campagne électorale n’est même pas commencée.»

Pas la même prémisse

Jean-François Lisée réfute l’assertion voulant que la position du Parti québécois soit difficile à tenir dans la région de la capitale. «On n’est pas contre le troisième lien», assure-t-il tout en reconnaissant l’évidence, soit que sa formation «est ouvertement sceptique sur l’opportunité» d’aller de l’avant avec ce projet.

«On est les seuls en ce moment à avoir l’esprit ouvert et à vouloir décider en fonction des faits, des données et des recommandations que feront les experts», fait-il valoir.

«Lorsque je serai élu le 1er octobre, enchaîne-t-il, je dirai au bureau de projet du troisième lien de continuer son travail et il le mènera sans pression politique. On veut un travail sérieux fondé sur les faits, sur les besoins, sur les coûts. Si le bureau de projet dit que c’est opportun, que ça peut se faire dans des coûts raisonnables, je vais dire oui.»

Si, à l’inverse du troisième lien, le chef péquiste a un préjugé favorable à l’idée d’un tramway pour la capitale, ou de tout autre projet structurant de transport collectif, son parti attendra néanmoins les résultats de l’étude d’opportunité ad hoc avant de s’engager, dit-il.

«Et on va attendre les coûts. Mais on sait qu’on n’est pas dans le même ordre de grandeur qu’avec le troisième lien. Et on a de bonnes raisons de penser que le tramway va réduire la congestion, alors qu’on n’a pas cette même prémisse pour un troisième lien.»

Si les études à venir démontrent qu’il faut les deux — et un tramway et un troisième lien —, «on est prêts à être convaincus qu’il faut les deux».

+

CHRISTIAN PICARD CANDIDAT DANS CHAMBLY

C'est en présence de son chef Jean-François Lisée que Christian Picard a été confirmé dimanche comme candidat du Parti québécois dans la circonscription de Chambly.

Christian Picard est actuellement directeur de cabinet dans l'administration de la mairesse d'arrondissement de Lachine Maja Vodanovic, de Projet Montréal.

Il a déjà occupé la fonction de chef de cabinet au ministère québécois de l'Environnement.

En 2015, lors des élections générales fédérales, M. Picard s'était présenté dans la circonscription de Laprairie pour le Bloc québécois. Il avait terminé au deuxième rang derrière le libéral Jean-Claude Poisson. Un peu plus de 10 points de pourcentage séparaient les deux candidats.

Jean-François Lisée présidera lundi une réunion du caucus péquiste, à la veille de la rentrée parlementaire.

Le PQ tente de rajeunir son image. M. Lisée a annoncé vendredi un remaniement de son équipe.

La députée Catherine Fournier, notamment, a pris du galon, de même que le leader parlementaire Pascal Bérubé, ainsi que le député Mathieu Traversy.  La Presse canadienne