L’inaccessible étoile

DÉCODAGE / Philippe Couillard, Jean-François Lisée et François Legault n’en rêvent même pas, tant la chose leur paraît inaccessible: être élu avec plus de 50% des voix!

Dimanche dernier, le maire de Québec, Régis Labeaume, a été confirmé dans ses fonctions avec 55,27% des suffrages exprimés. Même s’il a déjà fait pas mal mieux, ce score paraît incroyable vu de l’Assemblée nationale. Valérie Plante, elle, a chassé Denis Coderre de la mairie de Montréal en recueillant 51,42% de soutien.

Comparons: l’actuel gouvernement de Philippe Couillard a été élu en avril 2014 avec 41,52% des votes.

En septembre 2012, le gouvernement de Pauline Marois avait pris le pouvoir en obtenant 31,95% des suffrages. 

En décembre 2008, Jean Charest avait été réélu premier ministre en décrochant 42% des voix. En mars 2007, il l’avait été avec 33%.

Une seule chose peut être tenue pour à peu près certaine en octobre 2018: ni M. Couillard, ni M. Lisée, ni M. Legault ne franchiront la barre des 50%.

Par un fil effiloché

Jean-François Lisée a dû effectuer un gênant recul. Son parti ne présentera pas de projet de loi musclé sur la laïcité d’ici Noël. Le chef n’avait pas consulté ses députés avant d’annoncer cet «emballage». Il n’avait parlé qu’à deux ou trois d’entre eux. À Agnès Maltais, par exemple.

Il n’y a pas de crise au Parti québécois. Il y a des remous, comme il en existe chez les libéraux. Mais rappelons que Pauline Marois avait payé très cher l’annonce qu’elle avait faite en 2011 avec Agnès Maltais sur «le futur amphithéâtre de Québec». Elle n’en avait pas avisé l’ensemble de son caucus. Une crise interne avait éclaté cette fois-là.

Sur le «fond», M. Lisée a parlé d’un consensus. Peut-être, mais il tient par un fil. Des députés comme Alexandre Cloutier, Sylvain Gaudreault ou Véronique Hivon ne sont pas entichés par l’idée d’interdire le voile intégral dans l’espace public — dans la rue et dans les parcs. Ils acceptent qu’un éventuel comité étudie la question, mais ce n’est qu’un compromis politique. Après l’«emballage», le «fond» pourrait bien lui aussi voler en éclats.

Arrondir les angles

À moins d’un an des élections, le gouvernement Couillard fera tout pour arrondir les angles et éviter les controverses. Voilà pourquoi on entendra le ministre Carlos Leitão répéter que son gouvernement ne cherche pas à hausser le fardeau fiscal en faisant en sorte que les fournisseurs de biens et de services en ligne soient assujettis aux taxes de vente, mais qu’il vise l’«équité fiscale».

Dans un autre ordre d’idée, le nouveau ministre des Transports, André Fortin, a indiqué cette semaine que la prochaine mouture du Code de la sécurité routière ne prévoira finalement pas de sanction à partir d’un taux d’alcoolémie de 0,05 (50 mg par 100 ml de sang), même si cette mesure s’est répandue ailleurs.

Il y a 10 ans, la Table sur la sécurité routière que pilotait le professeur et fondateur de l’Opération Nez rouge, Jean-Marie De Koninck, estimait déjà que sanctionner à partir de 0,05 plutôt que de 0,08 enverrait un message clair: quand on doit conduire, on ne boit pas d’alcool.

Il ne se trouvera personne au gouvernement pour dire que cet abaissement serait inefficace. Mais on se souvient trop de la bataille menée en 2007 et en 2010 par l’Action démocratique du Québec et par le Parti québécois là-dessus.

À moins d’un an des élections, aucun gouvernement n’a envie de mettre sur la table un projet qui pourrait faire encore polémique pendant des mois. Exit, donc, le 0,05!

Certains au gouvernement espèrent désormais qu’Ottawa agira à travers le Code criminel…

Marijuana: libéraux et péquistes sont proches

Le projet de loi attendu ces prochains jours sur l’encadrement du cannabis sera plus près du plan présenté par le Parti québécois que de celui de la Coalition avenir Québec. La raison en est toute simple: la ministre Lucie Charlebois et le député péquiste Sylvain Pagé ont tous deux participé aux consultations sur le sujet et ont analysé le dossier du même angle.

Le PQ a proposé que le cannabis puisse être acheté dès l’âge de 18 ans au Québec, et non pas seulement à partir de 21 comme le souhaite la CAQ. Dix-huit ans, c’est aussi ce que veut le gouvernement Couillard. «Les jeunes n’attendent pas nécessairement d’avoir 21 ans pour consommer du cannabis», dit-on.

Le gouvernement et le PQ sont aussi tous deux d’accord pour autoriser l’achat en ligne de marijuana auprès d’entités agréées. La CAQ refuse tout achat en ligne.

Les trois partis s’entendent toutefois sur le fait que la vente de cannabis doit être confiée à une filiale (à créer) de la Société des alcools du Québec. Pour ce qui est du «cannabis au volant», c’est «tolérance zéro» pour les trois. 

Élu avec moins de voix

Moins de 50% des votes, disions-nous. En 1998, le Parti libéral avait obtenu 43,55% des voix; le Parti québécois de Lucien Bouchard, 42,87%. C’est tout de même le PQ qui avait été porté au pouvoir. Très fortes cette fois-là, les distorsions de notre système électoral avaient débouché sur l’élection de 48 députés libéraux et de pas moins de 76 péquistes. Une distorsion de cette ampleur ne serait plus acceptée aujourd’hui.