«Tous les scénarios sont encore sur la table», affirme le ministre Raymond Bachand.

L'idée d'un deuxième point de TVQ s'incruste

Pour éponger une partie du déficit budgétaire, le ministre des Finances du Québec n'exclut pas de hausser la TVQ de deux points au lieu d'un seul dès l'an prochain. Aucune décision n'a encore été prise, mais à deux mois de la présentation de son premier budget, Raymond Bachand veut se garder toutes les portes ouvertes, y compris celle-là.
«Tous les scénarios sont encore sur la table», a déclaré M. Bachand en entrevue avec Le Soleil, mardi.
«J'ai demandé à nos spécialistes de voir si, dans le cas où nous prendrions l'option d'aller chercher un deuxième point de TVQ, il faudrait l'appliquer 12 mois plus tard, six mois plus tard ou même y aller avec deux points d'un coup sec.»
L'actuel plan de retour à l'équilibre budgétaire du gouvernement Charest prévoit déjà l'introduction d'un point de TVQ supplémentaire en janvier 2011. Cette taxe est actuellement à 7,5 %.
À écouter le ministre des Finances, on comprend que l'application d'un second point de TVQ dès l'an prochain n'est pas son option préférée. Il répète toutefois qu'il ne peut l'exclure à ce stade-ci.
Cherche-t-il à préparer les esprits en l'évoquant? Il assure que non, qu'il veut seulement être le plus transparent possible, animer le débat. Il tranchera l'équation une fois terminée l'analyse de ses fonctionnaires.
L'hypothèse que la TVQ soit haussée, à terme, d'un deuxième point est en revanche, elle, de plus en plus plausible, que ce soit en 2011, en 2012 ou en 2013.
L'augmentation d'une taxe de vente comme la TVQ a moins d'incidence négative sur «l'économie et la croissance économique» que d'autres moyens, prend soin d'indiquer le ministre. Chaque point de TVQ représente 1,2 milliard $ en revenus pour l'État québécois.
L'être humain est humain
Raymond Bachand s'insurge contre l'idée que le gouvernement ne balaierait pas suffisamment dans sa propre cour. Québec fait au contraire un «effort considérable», selon lui. En ramenant la croissance des dépenses de 4,6 % à 3,2 %, «on n'est pas loin d'une croissance zéro». Une croissance globale de 3,2 %, «ça laisse pas grand-chose» aux ministères autres que ceux de la Santé et de l'Éducation.
Aujourd'hui, son objectif est de «maintenir» les services publics. Pas d'en ajouter, prévient-il. «Je ne pense pas qu'il y ait de nouveaux programmes au cours des prochaines années.»
Sans surprise, l'idée d'augmenter le tarif du bloc patrimonial d'Hydro-Québec pour réduire les déficits est revenue à plusieurs reprises durant l'entrevue. «À quelle hauteur suggérez-vous la hausse?» a fini par demander le ministre à son interlocuteur. Il voulait illustrer la difficulté qu'il y a à trouver le bon dosage.
Dans les consultations prébudgétaires qu'il mène, le ministre Bachand constate que l'être humain est humain. «À peu près 95 % des gens que je rencontre me disent qu'il faut couper. Mais pas dans des choses qui les concernent... Oui, oui, vous devez monter les tarifs des services publics, me disent-ils aussi, mais pas les nôtres...»
Des surplus après 2014
Pas question pour le ministre de repousser à plus tard l'échéance fixée pour le retour au déficit zéro. La cible demeure 2013-2014, même si le gouvernement canadien et les autres provinces, dont l'Ontario, ne s'astreignent pas à une telle discipline. «Après 2013-2014, il faut viser des surplus budgétaires pour commencer à réduire le poids de la dette, particulièrement celle des déficits cumulés, qui s'élève à 100 milliards $.»
Plus que les compressions et la hausse des revenus, «le vrai défi des finances publiques reste cependant la croissance de l'économie du Québec», dit le ministre en faisant référence à la Rencontre économique 2010, qui s'ouvre mercredi soir à Lévis.
«On ne peut pas régler les problèmes budgétaires si on n'a pas une économie qui grandit.» À deux mois et demi de la fin de l'année financière, M. Bachand maintient par ailleurs la cible fixée pour le déficit budgétaire de l'année en cours. Le manque à gagner devrait s'élever à 4,7 milliards $.