Régis Labeaume estime que sa proposition de lundi d'interdire tout visage masqué ou voilé dans les lieux publics a été mal interprétée.

L'extrême droite «progresse», s'inquiète Labeaume

Le maire de Québec est sérieusement inquiété par la montée du discours d'extrême droite au Québec. Régis Labeaume appelle tous les politiciens à ne plus éviter «les sujets tabous», au premier chef celui de l'immigration, et à expliquer «le plan».
«Les Québécois veulent juste savoir où on s'en va. Ça commence quand et ça finit quand. Ça commence à combien et ça finit à combien», a lancé M. Labeaume aux journalistes mercredi matin. Il référait notamment à l'arrivée massive au Canada d'Haïtiens fuyant les États-Unis. «C'est pas que les gens veulent pas d'immigration, ils veulent juste comprendre le plan», a insisté l'élu, sans dire quels collègues devraient être plus précis. Justin Trudeau? Philippe Couillard? Silence.
Selon M. Labeaume, le flou dans le discours politique officiel permet aux partisans de l'extrême droite d'occuper l'espace et de faire le plein d'appuis. «Ils font du chemin. Je passerai ma vie à les combattre ces gens-là, mais je ne lèverai pas le nez sur ce que sont les sentiments de la population», a-t-il prévenu, notant «l'insécurité culturelle normale d'un peuple minoritaire».
Le maire avait annoncé une brève mêlée de presse car il est attendu à Montréal en après-midi, mais il s'est emporté devant les micros.
«Ouvrez-vous les yeux. Nous, les politiciens, on est en train de déconnecter de la population. Et ne vous y trompez pas, le message de l'extrême droite est de plus en plus efficace, moi j'en suis convaincu. Pendant qu'on détourne les yeux, pendant qu'on est politiquement correct, pendant qu'on suit les opinions de la bien-pensance, l'extrême droite progresse et beaucoup plus vite qu'on le pense. On regarde l'extrême droite de haut, mais pendant qu'on fait ça, moi je pense qu'on snobe la population», a-t-il développé.
Visages masqués
M. Labeaume estime que sa proposition de lundi d'interdire tout visage masqué ou voilé dans les lieux publics été mal interprétée, particulièrement dans la métropole.
«C'est pas d'être raciste que de se questionner sur la pertinence d'accepter que dans l'espace public les visages soient cachés. C'est pas raciste, c'est juste très pertinent. Et les premiers qui paient parce qu'on n'ose pas se questionner, ce sont nos concitoyens de confession musulmane que nous aimons. Eux-mêmes ne sont pas d'accord mais ils n'osent pas le dire», a insisté le maire de la capitale.  
«Quand on laisse les gens devenir des cagoulards dans l'espace public, c'est comme si on consacrait auprès de la population l'idée que l'anarchie est acceptable», a-t-il ajouté.
M. Labeaume n'a toujours pas l'intention d'aller expliquer ses vues à la commission parlementaire sur le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse en cours à l'Assemblée nationale. Selon lui, ses interventions dans les médias sont plus efficaces.