Le projet de loi C-384 sur le suicide assisté a été déposé par la députée bloquiste Francine Lalonde.

L'ex-députée du Bloc Francine Lalonde est décédée

La députée bloquiste Francine Lalonde, qui a lutté pendant des années pour le droit de mourir dignement, est décédée dans la nuit de jeudi.
L'ancienne syndicaliste a perdu un long combat contre un cancer, le myélome multiple, diagnostiqué pour la première fois en 2007 et pour lequel elle avait subi de nombreux traitements dont une autogreffe de cellules souches. Elle était âgée de 73 ans.
Elle avait annoncé son retrait de la vie politique en septembre 2010, après une rechute de la maladie.
Originaire de Saint-Hyacinthe, en Montérégie, Mme Lalonde a d'abord été enseignante d'histoire et de latin avant de joindre les rangs de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) comme directrice de l'information et présidente du secteur cégep, à la fin des années 60.
En près de 15 ans dans le mouvement, elle a notamment été présidente de la Fédération des enseignants et enseignantes du Québec, responsable des fédérations du secteur privé et première vice-présidente de CSN. Elle a quitté l'organisation en 1984 après s'être brouillée avec la direction dont elle ne partageait plus l'idéologie.
Séduit, René Lévesque la recrute alors comme ministre non élue de la Condition féminine en janvier 1985. Elle démissionne cependant de son poste après avoir échoué à battre Robert Bourassa à l'élection partielle dans la circonscription de Bertrand, en juin de la même année.
Même si sa présence au sein du cabinet Lévesque a été de courte de durée, Francine Lalonde a réussi à se tailler une place au sein de la garde rapprochée du premier ministre, qui traverse à l'époque une grave crise personnelle, découlant entre autres de l'échec référendaire de 1980 et du rapatriement de la Constitution sans l'accord du Québec en 1982.
Francine Lalonde est demeurée proche du Parti québécois pendant plusieurs années, après son départ du cabinet. Elle a été candidate pour la formation à l'automne 1985 ainsi qu'en 1989, avant de devenir conseillère au programme deux ans plus tard.
Le saut à Ottawa
Cette femme de caractère a fait le saut en politique fédérale avec le Bloc québécois, à l'élection générale de 1993. Elle a été réélue dans le comté montréalais de Pointe-de-l'Île à cinq reprises soit en 1997, 2000, 2004, 2006 et 2008, ce qui faisait d'elle un des piliers du parti.
Ses chefs, Lucien Bouchard, Michel Gauthier et Gilles Duceppe, lui ont tous confié des responsabilités au sein de leur cabinet fantôme. Au fil des ans, elle s'est occupée de Ressources humaines, d'Industrie et surtout d'Affaires étrangères. On l'a entre autres entendue défendre les causes de la Canadienne Nathalie Morin, retenue en Arabie Saoudite par son époux, ainsi que celle du jeune Omar Khadr, terroriste présumé et longtemps prisonnier sur la base de Guantanamo.
Elle avait entrepris en 2005 de faire légaliser le suicide assisté au nom du «droit à mourir dignement». En entrevue à La Presse Canadienne, elle expliquait que sa démarche relevait d'abord et avant tout d'une conviction profonde et d'un «besoin de justice». C'était avant de savoir qu'elle était atteinte d'un cancer incurable et très douloureux.
Son projet de loi privé visant à permettre aux personnes souffrant d'une maladie en phase terminale de mourir sans souffrir avec l'aide d'un médecin a été rejeté en première lecture par une majorité de députés à la Chambre des communes au printemps 2010.
Son courageux combat contre la maladie et sa détermination à demeurer au service du public faisaient cependant l'unanimité et lui valaient l'admiration de ses collègues à Ottawa comme dans sa circonscription.
Centre gauche
Francine Lalonde a toujours campé au centre gauche du spectre politique, même à l'époque où le Bloc québécois était relativement conservateur.
Souverainiste pragmatique, elle soutenait que son option serait bonne non seulement pour le Québec, mais aussi pour le Canada «on cesserait de se disputer et nous pourrions travailler en collaboration», expliquait-elle.
Joint vendredi, l'ex-chef bloquiste, Gilles Duceppe, s'est dit très triste du décès de la politicienne, qui était aussi une amie. Il a souligné l'immense travail qu'elle a accompli sur la scène internationale et son apport à la lutte pour la souveraineté qu'elle a su faire de façon très positive.
Mme Lalonde a été la pionnière du débat sur l'aide à mourir dans la dignité, a aussi souligné le député bloquiste Louis Plamondon, dans un communiqué.