Steven Blaney (à droite) s'est démarqué par ses remarques colorées et parfois cinglantes souvent adressées à Maxime Bernier comme lorsqu'il l'a accusé de faire campagne «sur le dos des fermiers de ta région». 

Les Québécois sortent du lot au débat conservateur en français

Parce que l'événement se déroulait dans leur langue maternelle mais également dans leur région, les deux Québécois dans la course à la direction du Parti conservateur du Canada (PCC), Steven Blaney et Maxime Bernier, sont ressortis du lot au cours du débat francophone où les 13 candidats se sont exprimés dans un français inégal qui a donné lieu à plusieurs échanges corsés mais également à des moments cocasses.
Le député de Bellechasse-Les-Etchemins-Lévis et celui de la Beauce ont pu jouir de l'appui de partisans bruyants parmi les quelque 400 personnes - essentiellement des membres du parti - qui s'étaient déplacées au Centre des congrès de Québec où se tenait l'événement mardi soir.
Donné favori dans la Belle Province, Maxime Bernier a été la cible de nombreuses attaques au cours de la soirée de la part de ses 12 autres adversaires surtout sur l'enjeu de la gestion de l'offre de la volaille, du lait et des oeufs alors qu'il est le seul à promettre de l'abolir. Hué par des représentants du public visiblement mécontent de sa position, M. Bernier a répété qu'il n'avait cure de ce que pensait cette minorité. «Je suis là pour défendre la majorité silencieuse», a-t-il soutenu, accusant ces spectateurs bruyants d'être des membres de l'UPA. Le député de Beauce s'est également targué d'être le seul candidat à vouloir abolir les subventions aux entreprises comme GM et Bombardier. 
Steven Blaney s'est pour sa part démarqué par ses remarques colorées et parfois cinglantes souvent adressées à son collègue québécois comme lorsqu'il l'a accusé de faire campagne «sur le dos des fermiers de ta région». «Les agriculteurs travaillent fort, pendant que M. Bernier fait son jogging», a-t-il renchéri.
Les enjeux de l'immigration et de la sécurité ont également fait réagir la foule à de nombreuses reprises. La candidate Kellie Leitch a eu l'occasion de rappeler qu'elle était la seule à vouloir réaliser des entrevues «face à face» avec tous les futurs immigrants pour s'assurer que ceux-ci respectent les valeurs canadiennes. Steven Blaney a pour sa part donné l'exemple des réfugiés syriens de sa circonscription qui ne sont pas intégrés puisqu'ils n'ont pas appris le français. «À Lévis, c'est un problème», a-t-il lancé, ajoutant que pour lui, le serment de citoyenneté, le vote et le travail dans le service public devaient se faire «à visage découvert». 
La révocation de la citoyenneté pour les Canadiens possédant une double nationalité reconnus coupables de terrorisme a été défendue par l'ancien ministre Chris Alexander. «C'est une question de respect envers nous-mêmes», a-t-il lancé, promettant qu'il reviendrait avec cette mesure s'il était élu chef du PCC. Son ex-collègue ontarien, le député Erin O'Toole, a abondé dans le même sens. «Si vous venez au Canada avec de mauvaises intentions, vous devez perdre votre citoyenneté», a lancé ce dernier, suscitant une nouvelle ronde d'applaudissements dans la salle. Michael Chong, également député dans la province voisine du Québec, s'est dit vigoureusement contre cette mesure, allant même jusqu'à affirmer que celle-ci était ce qui avait fait perdre le pouvoir aux conservateurs en 2015. 
Questionnés sur les moyens à prendre pour augmenter le nombre de sièges au Québec au prochain scrutin, les candidats ont quasiment tous fait une profession de foi à l'égard de l'importance du français et du bilinguisme, et ce, bien que plusieurs ont eu recours à leurs notes très souvent lorsque leur tour était venu de parler. «J'apprends mon subjonctif malgré l'imparfait de mes paroles», a déclaré le Saskatchewanais Andrew Scheer qui jouit de l'appui de quatre députés du Québec (Pierre Paul-Hus, Sylvie Boucher, Alain Rayes et Luc Berthold). «Ben voyons, c'tévident qu'il faut élire un chef du Québec», a lancé Steven Blaney. Ce dernier n'a pour l'instant l'appui que d'un membre du caucus québécois, soit le sénateur Jean-Guy Dagenais, tandis que Maxime Bernier a annoncé plus tôt aujourd'hui que le député de Beauport-Limoilou, Alupa Clark, se rangeait dans ses rangs qui ne comptaient au Québec que le député de Lévis-Lotbinière, Jacques Gourde.
Maxime Bernier et Tout le monde en parle
L'ex-député ontarien Chris Alexander a décoché une flèche à l'endroit de Maxime Bernier affirmant que pour gagner la faveur populaire au Québec, il fallait notamment assister à l'émission Tout le monde en parle. Le député de la Beauce avait affirmé cet automne que l'émission n'avait pas sa place chez un diffuseur public, ce qui avait piqué au vif son animateur Guy A. Lepage. M. Alexander a-t-il convaincu le candidat québécois de se rendre sur le plateau de Radio-Canada? «Pas encore», a répondu le principal intéressé, tout en s'empressant d'énumérer les autres motifs pour lesquels les conservateurs québécois devaient l'appuyer.  Annie Mathieu
Le fantôme de Kevin O'Leary
Un fantôme planait sur cet unique débat en français : celui de Kevin O'Leary, qui, selon la CBC, devrait se lancer dans la course pas plus tard que mercredi à Toronto. M. O'Leary était absent de la scène, mais cela ne l'a pas empêché de commenter le débat sur Twitter, déplorant entre autres qu'on n'y aborde pas beaucoup le thème de la création d'emplois. Cette situation n'a pas été appréciée par nombre de candidats.  La Presse canadienne
Ce qu'ils ont dit...
«Vous savez, j'aime beaucoup Star Wars, la princesse Leïa, mais être premier ministre, ce n'est pas vouloir jouer dans un épisode de la famille Kardashian.»
Steven Blaney
«Je peux comprendre que des collègues sont partis sur une scheer...»
Steven Blaney s'adressant à Andrew Scheer
 «J'ai entendu hier que M. Trudeau avait une très bonne expérience des immigrants parce que sa grand-mère vient d'Écosse. Ma femme a un jardin, peut-être que je peux dire que je connais tous les enjeux touchant à l'agriculture.»
Andrew Scheer sur l'immigration 
«Allez-vous m'en donner d'autres cartons rouges [donnant le droit de réplique]; la soirée est encore jeune.»
Maxime Bernier attaqué de toutes parts