Le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, s'est lancé officiellement dans la course à la direction du PQ, à Saguenay, lundi.

Les Québécois prêts à élire un premier ministre homosexuel, selon Sylvain Gaudreault [VIDÉO]

SAGUENAY — Les Québécois sont prêts à élire un premier ministre homosexuel, estime le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, qui s’est lancé lundi dans la course à la direction du Parti québécois (PQ).

Il a fait l’annonce de sa candidature dans sa circonscription au Saguenay, devant une centaine de partisans, dont plusieurs anciens ministres et députés péquistes.

Alors que des médias rapportaient la réticence de certains libéraux à choisir comme chef Dominique Anglade, une femme d’origine haïtienne, M. Gaudreault, qui est ouvertement homosexuel, soutient pour sa part que les Québécois sont respectueux et sont ouverts à son égard.

Selon lui, les Québécois regardent d’abord et avant tout qui ils ont devant eux en se posant ces questions: est-ce quelqu’un de responsable? Crédible? Qui a livré la marchandise? Qui croit à la lutte à la crise climatique? Branché sur les régions?

«Le reste, la vie privée, les gens au Québec sont très respectueux de ça, alors bien sûr, les Québécois sont prêts» à élire un premier ministre gai, a-t-il déclaré en mêlée de presse.

Réélu sans interruption depuis 2007, l’aspirant-chef a dit qu’il est rendu à l’étape «d’exporter la méthode Gaudreault».

Il a affirmé haut et fort son credo indépendantiste en émettant le souhait que le Québec soit le premier pays au monde à faire son entrée à l’Organisation des Nations unies (ONU) avec une économie verte.

Le poste de chef du PQ est vacant depuis la démission de Jean-François Lisée, le soir de la défaite historique du parti aux élections générales du 1er octobre 2018.

M. Gaudreault avait déjà manifesté son intérêt et avait jaugé ses appuis au dernier congrès spécial du PQ à Trois-Rivières, en novembre.

Le député de Jonquière a déjà été chef intérimaire du PQ, de mai à octobre 2016, pendant la course qui a mené à l’élection de M. Lisée.

Un ancien candidat dans la course à la direction du PQ de 2016, Paul Saint-Pierre Plamondon, est aussi pressenti pour se lancer dans la course actuelle. Le nom de l’historien Frédéric Bastien circule également.

Le nouveau chef du Parti québécois sera choisi en 2020. Les règles de la course seront déterminées par les instances du parti au début de l’année prochaine.

Élu pour la première fois en 2007, M. Gaudreault a été ministre des Transports et des Affaires municipales du gouvernement Marois de 2012 à 2014.

Dans l’opposition, il s’est souvent démarqué comme porte-parole péquiste en matière d’environnement. Il est toujours titulaire de ce dossier à l’Assemblée nationale pour le PQ, en plus de celui de la Santé.

Aux élections de 2018, M. Gaudreault est le seul élu péquiste à avoir gardé son siège dans la région très nationaliste du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui a basculé dans le giron caquiste.

Un député de Jonquière a déjà été chef du PQ: en janvier 1996, Lucien Bouchard avait démissionné de son poste de chef du Bloc québécois aux Communes et de député fédéral de Lac-Saint-Jean pour devenir chef du Parti québécois peu après, puis être élu député péquiste de Jonquière lors d’une élection complémentaire en février.

Le PQ forme le troisième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, avec neuf députés.

Qui est Sylvain Gaudreault

  • Né en 1970
  • Diplômé en droit et ancien professeur d’histoire au cégep de Jonquière
  • Élu député de Jonquière pour la première fois aux élections générales de mars 2007
  • Réélu sans interruption depuis

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SYLVAIN GAUDREAULT: UN PETIT QUELQUE CHOSE DE RENÉ LÉVESQUE

Il y a un petit quelque chose de René Lévesque dans le nouveau candidat à la direction du Parti québécois (PQ), Sylvain Gaudreault.

C’est ce qu’a laissé entendre un doyen du mouvement souverainiste, Marc-André Bédard, lundi, au lancement de la campagne à la chefferie de M. Gaudreault dans sa circonscription de Jonquière. M. Gaudreault est le premier à se lancer dans la course, mais d’autres sont pressentis, comme Paul Saint-Pierre Plamondon et Frédéric Bastien.

M. Bédard était un compagnon de route du premier ministre René Lévesque et a été son ministre de la Justice de 1976 à 1985. Son fils Stéphane a également été ministre péquiste.

M. Lévesque était un «passionné de l’information qui respectait la démocratie», a affirmé M. Bédard dans une entrevue avec La Presse canadienne.

«Il m’a souvent dit: Marc-André, l’important, c’est d’informer les gens, après ça, ils sont capables de prendre leur décision», a-t-il relaté.

Ainsi, M. Bédard a dressé un parallèle avec M. Gaudreault, qui dit avoir adhéré totalement au résultat du dernier congrès du PQ à Trois-Rivières, où les militants ont remis le cap résolument sur l’indépendance.

Selon M. Bédard, à l’instar de M. Lévesque, le nouvel aspirant chef veut donc informer la population sur l’indépendance.

«M. Gaudreault accepte cette voie, à mon sens, où la personne qui fait l’indépendance importe peu», a-t-il commenté.

«C’est le résultat qui compte. Comme un bateau qui s’engage sur la mer, s’il ne décide pas vers quel port il veut aller, il va se faire travailler par tous les vents et va aller dans toutes les directions. Mais si tu sais vers où tu vas, tu auras des moments difficiles, mais aussi d’autres où le vent va te porter.»

M. Bédard a toutefois refusé de comparer le style de M. Lévesque, de Jacques Parizeau ou de M. Gaudreault.

«Chacun a sa manière de performer», a-t-il conclu.

Le nouvel aspirant à la direction du PQ a tenté de démontrer qu’il pouvait faire le pont entre les militants de la première heure et la garde montante.

Outre M. Bédard, d’autres doyens du mouvement souverainiste étaient présents, notamment l’ancien ministre Guy Chevrette, en plus des ex-députés Jeanne Blackburn et Francis Dufour.

Il y avait beaucoup de têtes grises parmi les partisans, mais aussi des jeunes. On retrouvait des figures nouvelles de l’indépendantisme, comme la députée péquiste de Gaspé, Méganne Perry-Mélançon, le nouveau député bloquiste de Jonquière, Mario Simard, ou l’ancien candidat péquiste dans Lac-Saint-Jean, William Fradette, maintenant président d’une association de circonscription.

Selon son entourage, M. Gaudreault a des appuis dans toutes les régions du Québec, même si le parti est confiné dans l’Est depuis la défaite électorale d’octobre 2018.

Selon Mme Perry-Mélançon, M. Gaudreault a ce qu’il faut pour rallier les jeunes indépendantistes.

«Il a un réseau de contacts assez impressionnant, il sait comment garder les gens près de lui, demander conseil, valider l’information, a-t-elle affirmé à La Presse canadienne. Il va prendre en considération l’opinion de tous, surtout des jeunes.»

Environnement

Titulaire du dossier de l’environnement et des changements climatiques depuis son retour dans l’opposition en 2014, M. Gaudreault a dit miser non seulement sur un discours indépendantiste décomplexé, mais sur un Québec vert, environnementaliste, tourné vers la transition écologique - un enjeu fait mouche chez les jeunes électeurs, comme en témoigne par ailleurs Québec solidaire.

Il est «très crédible, pour mener à terme notre objectif final, l’indépendance», a conclu Mme Perry-Mélançon.

«Avec la clarté du message (indépendantiste), il va aller chercher beaucoup d’adhésion, beaucoup de nouveaux membres, il provoque le respect», a soutenu Guy Chevrette dans un entretien. Il a d’abord connu M. Gaudreault il y a longtemps quand il était encore jeune militant.

«Il a la politique dans l’âme, a poursuivi M. Chevrette. Ce qui m’épate chez lui, c’est le «rationnel», la vision globale, qui fait appel à la collaboration et la participation, au lieu d’un discours axé sur sa personne. Ce n’est pas un gars de confrontation.»

«Petite carte bleue»

Dans son discours, M. Gaudreault a exhibé sa «petite carte bleue», sa carte de membre, qui ne l’a pas quitté depuis 1987, a-t-il témoigné. À cette époque, il ne pensait pas que cette carte du PQ allait le mener aussi loin.

«Je ne croyais pas qu’un jour je me présenterais devant vous pour dire que je veux en devenir le chef», a-t-il lancé sous les applaudissements.