Le chef national de l’APN, Perry Bellegarde, a dévoilé un document de 16 pages, lundi, à Ottawa. Il espère que celui-ci va servir de cadre au dialogue sur les enjeux concernant les Premières Nations au cours de la campagne.

Les Premières Nations dévoilent leurs priorités en vue des élections fédérales

OTTAWA — L'Assemblée des Premières Nations (APN) affirme que la lutte contre les changements climatiques sera sa priorité pendant la campagne électorale.

Le chef national de l'APN, Perry Bellegarde, a dévoilé un document de 16 pages, lundi, à Ottawa. Il espère que celui-ci va servir de cadre au dialogue sur les enjeux concernant les Premières Nations au cours de la campagne. Ce document devrait également aider le prochain gouvernement à établir son plan d'action sur les droits et les besoins des Autochtones.

Le document, intitulé «Honorer les promesses : Priorités des Premières Nations et du Canada pour les élections fédérales de 2019», énumère des objectifs à court et à long terme pour améliorer la vie des peuples autochtones au Canada.

La priorité absolue est d'atténuer les effets du changement climatique en prenant soin de «notre mère la Terre», affirme l'APN.

«Depuis plusieurs générations, nous entendons des promesses. Nous devons maintenant constater des actes, et cela corrélativement avec le savoir autochtone», peut-on lire au début du document.

Il invite le prochain gouvernement à collaborer avec les Premières Nations dès la première année de son mandat pour faire de la lutte contre les changements climatiques une priorité nationale.

L'organisation souhaite que les Premières Nations deviennent des partenaires à part entière dans la mise en oeuvre du plan d'action du Canada pour le climat. L'APN souhaite participer aux décisions sur la manière d'investir l'argent récolté par la taxe sur le carbone et être directement impliquée dans l'élaboration de politiques environnementales fédérales.

«Nous devons concevoir une vision de la gestion de l'environnement globale et holistique; une vision qui nous projette au-delà des objectifs et des échéanciers actuels, c'est-à-dire vers un avenir durable pour toutes les générations», est-il écrit.

Les droits issus des traités

L'organisation nationale cherche également à faire reconnaître que les droits issus des traités permettent aux Premières Nations d'adopter leur propre réglementation environnementale et leur propre processus d'évaluation d'impact.

Un certain nombre de communautés autochtones ont intenté des poursuites judiciaires contre le gouvernement fédéral en réaction à de grands projets énergétiques, dont celui de l'oléoduc Trans Mountain, en dénonçant le fait de ne pas avoir été consultés de façon appropriée. Certains tribunaux leur ont donné raison.

L'APN demande maintenant au gouvernement fédéral d'appuyer les évaluations environnementales et réglementaires menées par les Autochtones dans le cadre d'une approche collaborative de gestion écologique.

Cette publication en vue des élections de 2019 s'appuie sur le document «Éliminer l'écart», distribué à chacun des partis lors des élections de 2015. Le chef Bellegarde croit que son organisation a été capable d'influencer les plateformes des partis en 2015 et espère pouvoir le faire encore cette année.

Le document de 2019 reconnaît que «des actes et des investissements concrets» ont été réalisés, tout en soulignant qu'il reste «beaucoup de chemin à faire pour nous assurer que les Premières Nations et les Canadiens jouissent d'une qualité de vie égale».

Le système de justice pénale

Selon l'APN, la surreprésentation des peuples autochtones dans le système de justice pénale, ainsi que dans les prisons et les pénitenciers au Canada, constitue un autre domaine dans lequel des changements radicaux sont nécessaires.

En 2017-2018, les détenus autochtones représentaient 28 % du nombre total de détenus dans les pénitenciers, alors qu'ils ne représentaient que 4,3 % de la population du pays, selon le rapport annuel du Bureau de l'enquêteur correctionnel du Canada.

La situation des femmes autochtones est particulièrement frappante. Au cours des 10 dernières années, le nombre de femmes autochtones condamnées à plus de deux ans d'emprisonnement a augmenté de 60 %, et elles représentent maintenant 40 % des femmes incarcérées au Canada.

L'APN réclame de nouveaux mécanismes de justice réparatrice afin de promouvoir la guérison, la réconciliation et la réinsertion dans la communauté plutôt que des mesures punitives.

L'association pointe également le rôle des juges et demande que des Autochtones soient nommés à divers niveaux dans les tribunaux, et plus particulièrement qu'on procède à la nomination «du premier juge des Premières Nations au sein de la Cour suprême».

Selon les données publiées par le Commissariat à la magistrature fédérale, qui gère les nominations de juges aux cours supérieures du Canada, sur les 629 candidatures évaluées pour une nomination à la magistrature entre octobre 2017 et octobre 2018, seulement 23 personnes étaient identifiées comme autochtones et seulement trois candidats ont finalement été nommés sur un total de 79 nouveaux juges.

Le développement économique

L'APN demande également plus de possibilités de développement économique, entre autres par la mise en place de meilleurs programmes d'entrepreneuriat pour les femmes et les jeunes, ainsi qu'une banque d'infrastructure dédiée aux communautés autochtones.

Un meilleur accès à l'eau potable et des investissements dans le logement, les soins de santé, l'éducation et l'accès à internet à haute vitesse sont également des priorités essentielles énumérées par l'APN.

Le Canada a pris des engagements envers les peuples des Premières Nations et l'un des éléments-clés de la réconciliation est d'«honorer les promesses», d'où le titre du document.

«Ce plan que nous appelons "Honorer les promesses" ouvre la voie à un véritable changement transformateur. Il faut agir maintenant», lit-on en conclusion.

Lors de l'assemblée générale annuelle de l'APN, en juillet à Fredericton, Perry Bellegarde a déclaré que 61,5 % des électeurs des Premières Nations avaient voté en 2015. Un nombre qu'il espère voir croître pour s'assurer que les enjeux autochtones occupent une place de choix dans les priorités des partis politiques.