Pour le Conseil, la principale préoccupation demeure la pénurie de main-d’œuvre qualifiée au Canada. Citant une récente étude, il déplore qu’un diplômé sur quatre en sciences, en technologie, en génie et en mathématiques soit parti aux États-Unis.

Les pdg du secteur des technologies attendent les engagements des partis

OTTAWA — Plus de 110 pdg d’entreprises canadiennes oeuvrant dans le secteur des technologies ont signé une lettre ouverte exhortant les partis politiques à prendre des mesures pour renforcer l’économie novatrice du pays et ne pas se laisser distancer davantage par leurs concurrents internationaux.

Jusqu’à présent, les principaux partis se sont montrés avares d’engagements visant à stimuler la croissance économique à l’ère du numérique.

«Nous nous exprimons, car le taux de productivité de notre économie accuse un important retard, ce qui met à risque notre prospérité économique», peut-on lire dans cette lettre adressée à Justin Trudeau, à Andrew Scheer, à Jagmeet Singh et à Elizabeth May.

«Vous pouvez apporter votre aide en mettant en oeuvre des politiques économiques qui feront progresser les entreprises canadiennes innovantes, notamment en augmentant le bassin de personnel qualifié, en améliorant l’accès au capital de croissance et aux nouveaux clients», ajoute-t-on dans un paragraphe qui n’a pas été traduit dans la version française de la lettre.

La lettre a été rédigée sous les auspices du Conseil canadien des innovations, un groupe de pression représentant certaines de ces entreprises. Les signataires signalent que leurs entreprises «ont embauché [en 2018] plus de 35000 employés hautement qualifiés et bien rémunérés. Nous avons exporté dans plus de 190 pays et généré plus de 6 milliards $ dans l’économie du Canada».

Ce rappel survient au moment où il ne reste qu’un peu plus de deux semaines avant le scrutin fédéral. Jusqu’à ce jour, les principales promesses touchant ce secteur sont liées aux technologies propres, à la confidentialité des données de citoyens et aux règlementations.

Il reste beaucoup à faire, selon l’industrie canadienne des technologies. Il faudrait notamment créer et mettre en oeuvre une stratégie nationale en matière de données tout en redoublant d’efforts pour permettre au pays de tirer pleinement parti de la propriété intellectuelle.

Exode vers les États-Unis

Pour le Conseil, la principale préoccupation demeure la pénurie de main-d’œuvre qualifiée au Canada. Citant une récente étude, il déplore qu’un diplômé sur quatre en sciences, en technologie, en génie et en mathématiques soit parti aux États-Unis.

Ian Rae, le pdg de CloundOpps, une entreprise montréalaise spécialisée en stockage de données, dit que ses employés reçoivent souvent des offres non sollicitées, généralement assorties de salaires élevés, provenant de l’étranger, principalement des États-Unis.

«Au Canada, nous devons réfléchir à la future économie et au fait que nous sommes tous confrontés à cet énorme virage vers une économie numérique mondialisée», soutient M. Rae.

Il ajoute que les investisseurs étrangers ont eux aussi les yeux rivés sur les entreprises canadiennes ayant un fort potentiel de croissance. Le risque est de voir ces entreprises être rachetées avant de pouvoir connaitre leur plein essor, de générer de la richesse et des emplois payants au Canada.

«Plusieurs entreprises américaines choisissent de croitre en douceur à l’échelle canadienne avant d’étendre leurs activités à l’étranger. Ultimement, notre avantage net tend à s’échapper de l’orbite canadienne», déplore M. Rae.

David Ross, le pdg de Ross Video, une entreprise d’Ottawa, mentionne qu’une récente étude de l’Université de Toronto indiquant que le Canada était en retard au chapitre des licornes, ces entreprises en démarrage valorisées à plus d’un milliard de dollars.

Le Canada arrive même au 36e et dernier rang à ce chapitre parmi les économies les plus avancées selon l’OCDE.

«La situation est si grave que même si nous créions quatre fois plus de licornes, nous serions toujours à la dernière place», déplore l’étude universitaire.

Selon M. Ross, la situation devrait être traitée «un peu comme une crise par [les] politiciens».

«Le Canada ne devrait pas être qu’un pays de roches, d’arbres et de pétrole», dit-il.