Malgré les chiffres alarmants révélés par son ministère, Gaétan Barrette s’est dit confiant que les cibles qu’il a fixées en terme d’accessibilité aux médecins spécialistes soient atteintes le 31 décembre.

Les médecins spécialistes en colère contre le ministère de la Santé

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) accuse le ministère de la Santé de parler des deux côtés de la bouche en ce qui concerne les cibles que ses membres doivent atteindre d’ici la fin de l’année pour éviter l’application de la loi 20.

Vendredi, Le Soleil rapportait que les médecins spécialistes étaient encore loin d’atteindre les objectifs en ce qui a trait notamment aux consultations référées par un médecin de famille pour les priorités cliniques de moins de 28 jours.

Selon les dernières données du ministère, au 14 octobre, moins de 55 % des consultations prescrites depuis le 31 octobre 2016 (date de la mise en place des centres de réception des demandes de services (CRDS), censés améliorer l’accès aux médecins spécialistes) avaient été réalisées à l’intérieur des délais prescrits pour les priorités cliniques inférieures à 28 jours. La cible à atteindre le 31 décembre 2017 a été fixée à 90 %.

Toujours selon les chiffres transmis par le ministère, pour les priorités cliniques entre trois mois et un an, près de 74 % des consultations avaient, au 14 octobre, été réalisées dans les délais prescrits, tout près de l’objectif de 75 %. 

«C’est le contraire! Les chiffres ne sont pas bons! Pour les priorités cliniques A, B et C [inférieures à 28 jours], sur lesquelles on a mis l’accent, on a atteint la cible [de 90 % ], selon les chiffres que nous donnent le ministère!» a réagi en entrevue vendredi le Dr Raynald Ferland, qui est responsable du dossier CRDS à la FMSQ. 

Le Dr Ferland a dit avoir eu une conversation avec le responsable des CRDS au ministère de la Santé, Martin Forgues, pas plus tard que jeudi soir, la veille de la publication de notre reportage. 

«On était sur la même longueur d’onde […]. Martin Forgues m’a dit lui-même que les chiffres n’étaient pas fiables parce que les outils informatiques n’étaient pas au point et qu’on n’était pas capable de colliger les données comme il faut», a relaté le médecin, qui ne comprend pas pourquoi le ministère a donné ces chiffres au Soleil

«Et puis, comment voulez-vous qu’on atteigne les cibles de l’entente alors qu’elles ont été fixées pour 26 spécialités et qu’il y en a seulement neuf qui ont été déployées jusqu’ici dans les CRDS? Comment on peut faire un bulletin de fin d’année quand on n’a pas fait le déploiement de toutes les spécialités? Toute son équipe [au ministre de la Santé, Gaétan Barrette] nous le dit ouvertement que c’est impossible de faire une analyse adéquate» parce que l’infrastructure ne permet pas de livrer la marchandise, a souligné le Dr Ferland, en référence aux nombreux ratés qu’ont connus les CRDS et qui ont amené le ministère à retarder le déploiement des 17 autres spécialités. 

Dans notre reportage de vendredi, la porte-parole du ministère de la Santé, Marie-Claude Lacasse, affirmait que «la principale variable qui joue sur l’atteinte des cibles est la disponibilité des médecins spécialistes», et non les difficultés liées aux CRDS. 

«C’est très décevant. Les médecins spécialistes ont mis beaucoup d’efforts dans la mise en place du mécanisme. […] De mettre sur le dos des spécialistes la responsabilité du réseau qui est tout croche, c’est déplorable», a réagi le Dr Ferland.

Selon lui, il est clair que les médecins spécialistes n’atteindront pas toutes les cibles d’ici la fin de l’année. «Pour les priorités cliniques D et E [trois mois à un an], on n’atteindra pas la cible», a-t-il dit.

Barrette confiant

En mêlée de presse, vendredi matin, le ministre Barrette s’est pourtant montré confiant. À la question d’un journaliste qui lui demandait s’il ne faudrait pas un «miracle» pour que les cibles soient atteintes d’ici la fin de l’année, le ministre a répondu que «ça ne prend pas un miracle, mais de la conviction, de l’énergie et de l’implication». 

Comme il l’a souvent fait pour les cibles des médecins de famille, le ministre Barrette a refusé de dire clairement si la loi 20 sera appliquée au 1er janvier en cas de non-atteinte des objectifs par les médecins spécialistes. 

«La loi est là, elle est claire, il y a des cibles à être atteintes, et on verra quand on sera rendu au 31 décembre», a simplement dit le ministre, tout en soulignant que les données obtenues par le Soleil auprès du ministère dataient de la mi-octobre et qu’il restait encore du temps pour atteindre les objectifs.  Avec Patricia Cloutier