Le salaire du maire des Méchins, une municipalité d'un peu plus de 1000 âmes, est de 4560 $ par année, et l'allocation de dépenses se situe à 2280 $.

Les maires sont-ils sous-payés?

Le président sortant de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, croit que la tâche d'un maire, ou des conseillers, s'est suffisamment complexifiée depuis 20 ou 25 ans pour que les barèmes de rémunération soient revus, à la hausse, notamment afin de faciliter la venue de maires à temps complet.
Il croit que l'État québécois devrait d'ailleurs lancer une vaste réflexion, qu'il désigne sous le vocable «chantier sur la rémunération et sur les conditions d'accueil des élus municipaux», réflexion d'autant plus nécessaire, dit-il, que le système actuel fait que les élus municipaux sont des juges et des parties.
«L'odieux, c'est que les élus eux-mêmes doivent s'accorder une hausse de rémunération. C'est comme si on s'accordait à soi-même une cote. Il faut sortir de ce modèle, qui laisse place à toutes sortes d'interprétations, parce que les gens critiquent la méthode, et avec raison. Ce [la détermination de la rémunération] doit être fait avec une vision d'ensemble», dit M. Généreux.
Actuellement, les règles de rémunération des élus sont inscrites dans le code municipal, «avec une mécanique prévoyant les écarts» pour les allocations de dépenses.
«Il faut amener des jeunes, et donc prévoir une rémunération tenant compte d'une conciliation avec le travail et la famille. Autrement, ça risque de devenir une patente de vieux», ajoute M. Généreux, insistant sur la complexité accrue des tâches incombant désormais aux élus municipaux.
«Au début de son mandat de maire de Saint-Prime il y a 20 ans, je recevais une petite enveloppe avant l'assemblée mensuelle. Au cours des dernières années, il y avait des dossiers à toutes les semaines. Il y a des réunions de comité, des représentations [...]. La fonction d'élu municipal s'est considérablement alourdie avec le transfert de responsabilités [dans la cour des villes et villages]. Ce n'est pas juste la gestion des égouts et de l'aqueduc. Ça demande une connaissance des dossiers, ça induit une disponibilité, de la lecture, faire une appréciation des dossiers, poser un jugement [...]. La question du temps complet, elle est réglée dans ma tête. C'est une job, qui demande disponibilité et compétence», explique M. Généreux.
Où tracer la ligne, alors?
Peut-on penser à un maire à temps complet pour un village de 1000 citoyens? «Ça se conçoit. C'est à baliser. Il faut donner à ceux qui veulent s'engager des conditions minimales pour le travail demandé. Ça [un rajeunissement et l'arrivée d'élus au profil différent] va changer autre chose, à savoir toute la gouvernance», ajoute M. Généreux, qui souhaite ainsi «éviter les manchettes» qui ont entaché la fonction d'élus municipaux au cours des dernières années.
Le directeur général d'une municipalité ne peut-il pas remplacer un maire, dans les villages ou les petites villes? «Le directeur général ne fait plus ce qu'il faisait non plus. Son budget tenait sur une page il y a 20 ou 30 ans. Les exigences, les règles comptables ont changé. Il a besoin de s'ajuster. Il y a des situations à risque. Ce n'est plus un commis de bureau. Aujourd'hui, si tu n'as pas un comptable comme directeur, tu es à risque. Si tu ne paies pas, ils s'en vont ailleurs. Les programmes sont normés. Si tu n'es pas capable d'aller chercher les subventions de ces programmes, tu perds quelque chose ou tu fais face à ces problèmes», assure Bernard Généreux.
Il voit le partage croissant des ressources humaines et logistiques, une tendance initiée mais perfectible, comme une solide voie d'avenir pour le monde municipal, une façon de garder les compétences et de partager la facture «sans enlever à la population un élu proche des gens».
La population est-elle prête à aller si loin? «Il y a un blocage social à l'idée de donner une rémunération municipale appropriée, d'où l'importance d'un chantier sur la rémunération et sur les conditions d'accueil des élus municipaux. Établissons une valeur, et convenons-en», conclut M. Généreux.
Les citoyens préfèrent régler ça en famille, aux séances habituelles de leur conseil municipal. Une citoyenne de Gaspé, Annie Chouinard, a observé le passage d'un maire à temps partiel, Arthur Drolet, à un maire à temps plein, François Roussy, en 2005. «Ça s'est senti, estime-t-elle. Même si M. Drolet a fait un très bon travail, M. Roussy était plus présent dans la ville et aux différentes tables, notamment celles sur le poids politique de la région.» Le poste de maire n'est «pas un travail standard», croit Mme Chouinard, mais plutôt «un statut, un rôle de représentation», qu'il «doit être très difficile d'assumer à temps partiel».
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Ce que dit la loi
Québec a établi des barèmes sur la rémunération, par l'entremise de la Loi sur le traitement des élus municipaux. Ce document fixe un salaire minimum et un salaire maximum pour les maires, établi en fonction du nombre d'habitants de la municipalité. La marge de manoeuvre est toutefois très large.
Conformément à cette loi, le maire d'une municipalité comme Carleton-sur-Mer (4016 résidents) doit recevoir un salaire d'au moins 4759 $. Ce minimum passe à 8042 $ pour une ville comme Sainte-Anne-des-Monts (6990 habitants) et à 16 740 $ pour le maire de Gaspé (15 269 résidents).
Pour les municipalités de moins de 50 000 habitants, ce qui est le cas de toutes les municipalités gaspésiennes, le salaire maximum atteint 100 576 $.
Geneviève Gélinas (collaboration spéciale)