Les libéraux ont le moral bas

DÉCODAGE / Les allégations pesant sur le ministre Pierre Paradis sont susceptibles de casser l'élan politique que souhaitait se donner le gouvernement Couillard en ce début d'année. Dans l'immédiat, elles cassent sérieusement le moral des troupes libérales à l'Assemblée nationale.
L'exclusion du vétéran Pierre Paradis du conseil des ministres obligera Philippe Couillard à procéder à un énième remaniement ou «ajustement» ministériel. Laurent Lessard ne pourra cumuler bien longtemps deux ministères aussi imposants que celui des Transports et celui de l'Agriculture, pensent des libéraux.
L'atmosphère est celle d'une crise. Une énième.
Les p'tits accommodements
C'est l'accumulation de petites révélations qui a conduit à l'expulsion du député Claude Surprenant de la Coalition avenir Québec, a dit François Legault mardi : séjour dans un hôtel de Québec en plein été avec épouse et enfants - séjour pour lequel il avait réservé non pas une mais deux chambres; fausses facturations pour des déplacements entre Montréal et la capitale, etc.
Faut-il lever les règles de confidentialité entourant les comptes de dépenses que les députés soumettent à l'Assemblée nationale ou, à tout le moins, connaître les remboursements qu'ils obtiennent? La question se pose depuis au moins 25 ans.
Les députés de l'Assemblée nationale ne s'enrichissent pas personnellement en pigeant dans les deniers publics. À moins qu'un improbable cas soit révélé, il convient de le postuler. Mais que quelques-uns cherchent à étirer un peu l'élastique n'est pas impossible.
Tous les partis politiques se disent toujours d'accord pour lever le secret sur les dépenses des députés... pour autant que les autres le fassent. On tourne en rond. Aucun ne prend le taureau par les cornes.
Jusqu'ici, on ne connaît qu'une seule exception à l'opacité entourant les comptes de dépenses. L'automne dernier, les députés de Québec solidaire ont accepté de fournir à La Presse canadienne, à la demande de celle-ci, non pas les détails, mais les sommes totales qu'ils ont réclamées pour l'hébergement.
Pourquoi nos parlementaires refusent-ils que les contribuables connaissent le détail des dépenses qu'ils encourent dans le cadre de leur travail? S'ils en ont obtenu le remboursement, c'est qu'elles ont été jugées opportunes, non?
Pas simple, confie-t-on dans les partis. Le terrain demeurerait miné même si une éventuelle divulgation démontrait que la totalité des dépenses effectuées, et remboursées par l'Assemblée nationale, sont conformes aux règles, croit-on. Les partis estiment que bien des citoyens comprendraient mal que tel ou tel parlementaire ait réclamé tel ou tel remboursement pour de l'hébergement ou un déplacement.
Langue et nationalisme économique
• On a appris en janvier que le chef péquiste, Jean-François Lisée, se soumettra à un vote de confiance lors du grand congrès péquiste de septembre. Il y aura là un vrai test. Mais les résultats de ces exercices ne disent jamais rien de l'avenir. En 2011, Pauline Marois avait obtenu un score stratosphérique de 93 %! Quelques semaines plus tard, elle affrontait une rébellion ouverte. C'est dire...
• La nouvelle proposition de programme du Parti québécois offre bien des éclaircissements par rapport à ce qui existait : par exemple, on y apprend qu'un Québec indépendant aurait sa propre armée. Mais rien sur une éventuelle devise québécoise. C'est qu'on ne s'entend pas là-dessus.
• En abandonnant le projet d'étendre les dispositions de la loi 101 au réseau collégial et en renonçant à retirer aux militaires francophones basés au Québec la possibilité d'envoyer leurs enfants à l'école anglaise, la direction du Parti québécois a formalisé ce qui avait été décidé sous Pauline Marois.
• Le retrait de la vie politique de Françoise David permet de rappeler que le problème de Québec solidaire n'est pas seulement d'avoir jusqu'ici été incapable de quitter l'île de Montréal. Il est, plus fondamentalement, d'avoir toujours fait davantage mouche dans les groupes communautaires et populaires qu'au sein des couches populaires.
• La fin de la dernière session parlementaire a été laborieuse pour la CAQ. Sa rentrée hivernale l'est aussi. Le parti de François Legault est apparu comme l'arroseur arrosé dans plus d'un dossier. Comme si cela ne suffisait pas, voilà que Jean-François Lisée décline des propositions sur le thème du «nationalisme économique».
• Si le ministre François Blais avait été déchu de son titre de responsable de la Capitale-Nationale et que celui-ci n'était pas revenu à Sam Hamad, lors de l'«ajustement» du 16 janvier, ce dernier aurait probablement déjà claqué la porte.
• Plusieurs au gouvernement sont stupéfaits que des opérations jugées plutôt réussies, comme la fixation d'un calendrier de hausses du salaire minimum, soient régulièrement éclipsées par des crises de toutes sortes.