En grève depuis le 24 mai, les membres de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement ont mis fin à leur débrayage pour au moins deux semaines, le temps de consulter ses membres sur la dernière offre gouvernementale.

Les ingénieurs de l'État suspendent leur grève

Les ingénieurs de l'État s'imaginent que le ministre Pierre Moreau a une «poignée dans le dos» s'ils espèrent que la suspension de leur grève les prémunit contre une loi spéciale.
Revirement de situation exceptionnel, mardi, alors que l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement (APIGQ) a mis fin à son débrayage pour au moins deux semaines, le temps de consulter ses membres sur la dernière offre gouvernementale. Les ingénieurs seront donc sur les chantiers dès mercredi matin.
L'offre en question a pourtant été rejetée lundi par l'APIGQ qui a exigé qu'un arbitre vienne dénouer l'impasse dans les négociations. Mais le «refus net» de Québec d'aller en arbitrage amène l'exécutif syndical à vouloir consulter ses membres.
«Les négociateurs du gouvernement nous reprochent à la table de ne pas avoir présenté l'offre à nos membres, explique Marc-André Martin, de l'APIGQ. Alors, on va aller le faire. On les prend au mot. Ce sont eux qui nous ont demandé ça.»
Toutefois, explique M. Martin, les statuts et règlements de l'organisation prévoient une procédure «d'une autre époque» qui s'étale sur deux semaines avant d'obtenir le résultat du vote. Et il refuse de laisser ses membres sur le trottoir deux semaines sans en connaître l'issue du scrutin.
«Imaginez, si on les consulte et que ça passe, on va avoir "grèvé" 14 jours de trop pour rien, a dit M. Martin. Je vais me faire attendre avec une brique et un fanal.» Les ingénieurs reprendront donc le boulot, quitte à retourner dans la rue après le vote si l'offre est rejetée.
Grève ou pas, le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, qui admet avoir du «mal à suivre» la stratégie des ingénieurs, prévient que l'arrêt de la grève ne repousse l'imposition d'une loi spéciale.
«Moi, ça n'a aucune espèce d'impact qu'ils suspendent la grève ou non, a dit M. Moreau. Ce qui a de l'impact, c'est s'ils suspendent ou non les négociations. (...) Ils ne peuvent pas tenir les Québécois tout l'été avec une épée au-dessus de leur tête.»
Le président du Conseil du trésor dit attendre une contre-offre des ingénieurs depuis vendredi. Des scénarios de loi spéciale circulent pour vendredi prochain, à la fin de la session, ou le lundi suivant, ce qui nécessiterait un rappel de la Chambre.
«Je n'ai pas de poignée dans le dos, a lancé M. Moreau. Si les ingénieurs pensent qu'ils peuvent parler sans avancer dans les négociations, ils n'ont pas le bon interlocuteur.»
La dernière offre gouvernementale propose des augmentations de 5,25% sur quatre ans, avec une hausse importante la cinquième année pour les ingénieurs d'expérience. Une rémunération additionnelle est aussi prévue pour les projets spéciaux.
L'APIGQ réclame une hausse salariale de 16,5% sur sept ans.