Des groupes de défense de locataires se sont demandé si la promesse des conservateurs de retarder les dépenses d'infrastructures non encore engagées aura une incidence sur la stratégie en habitation dévoilée par le gouvernement libéral, il y a deux ans.

Les enjeux sociaux ont été l'enfant pauvre de la campagne, déplorent des groupes

OTTAWA— De groupes de pression déplorent que de nombreux enjeux sociaux qui les concernent aient peu attiré l'attention au cours de la dernière campagne électorale.

«On en a parlé pendant un ou deux cycles de nouvelles. Ces sujets ont peut-être été très microciblés», s'interroge Katie Davey, fondatrice de la plateforme politique Femme Wonk.

«Nous n'avons pas constaté une vision étendue sur un certain nombre d'enjeux sociaux au cours de cette campagne», a ajouté Mme Davey.

L'absence de précisions de certaines promesses suscite aussi des inquiétudes. Des groupes de défense de locataires se sont demandé si la promesse des conservateurs de retarder les dépenses d'infrastructures non encore engagées aura une incidence sur la stratégie en habitation dévoilée par le gouvernement libéral, il y a deux ans.

«La réduction des investissements dans le logement afin d'équilibrer le budget se fait sur le dos de ceux qui en ont le plus besoin. Elle finit toujours par coûter plus cher que les économies réalisées», écrit l'Allliance canadienne pour mettre fin à l'itinérance dans une analyse des programmes électoraux.

Mesures fédérales

Geranda Notten, professeure à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa, pense que l'absence de débat sur ces sujets pourrait être le résultat des mesures prises par le gouvernement Trudeau au cours des quatre dernières années, notamment au chapitre du logement et de la lutte à la pauvreté.

Ces sujets sont surtout débattus lorsque les plans sont mis en oeuvre. Ensuite, on ne fait que les peaufiner au cours des cycles électoraux ultérieurs, ajoute-t-elle.

«On a un peu l'impression que lorsqu'une stratégie est établie, on peut passer à autre chose, dit Mme Notten. Mais ce n'est pas comme ça que ça marche.»

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Katherine Scott, chercheuse principale au Centre canadien de politiques alternatives, constate que plusieurs débats électoraux ont porté sur des questions de rentabilités des programmes ou de réduction d'impôts. Les questions plus larges de pauvreté ou d'égalité des sexes sont devenues des problèmes qui ont échappé à l'attention des candidats, mentionne-t-elle.

Selon elle, les organisations devront trimer après le scrutin de lundi pour que les enjeux qu'elles défendent soient inclus dans les lettres de mandat que recevront les futurs ministres.

«Les défis sont toujours là, poursuit-elle. Les groupes communautaires vont se ressaisir, ils vont tenter de s'assurer que les problèmes sociaux soient traités par les politiciens et les responsables dès la formation du prochain gouvernement.»

Selon Mme Davey, la possibilité fort réelle d'un gouvernement minoritaire ne devrait pas être un obstacle à une vision plus large des programmes sociaux qui a fait largement défaut dans les discours de campagne.

«Nous avons obtenu de la part des gouvernements minoritaires une partie de nos politiques sociales les plus importantes à l'échelle fédérale. Il est fort possible que nous voyions la même chose au cours des prochaines années.»