Les craintes des libéraux

DÉCODAGE / Paranoïaques? Des libéraux ne sont pas loin de croire à une entreprise de déstabilisation politique devant l'accumulation de fuites concernant des éléments d'enquêtes policières.
Aucun ne le dit clairement à micro ouvert. Mais le premier ministre Philippe Couillard l'a suggéré à demi-mot dans un échange avec le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, jeudi, au Salon bleu de l'Assemblée nationale.
Il a employé le verbe «intimider»: «Maintenant, pour les allégations d'Yves Francoeur, qu'il aille à l'UPAC, qu'il aille les déposer et il pourra lui aussi questionner et peut-être tenter un peu d'intimider la Directrice des poursuites criminelles et pénales», a laissé tomber M. Couillard.
Sa phrase n'était pas d'une clarté extrême, mais elle témoigne néanmoins de l'état d'esprit de plusieurs personnes au gouvernement.
Cet état d'esprit s'appuie-t-il sur une réalité? Ces fuites relèvent-elles d'une forme d'intimidation politique?
Glisser ce mot dans une phrase tient-il simplement du réflexe d'un chef voulant se protéger, lui et son équipe, de tuiles s'effondrant du plafond?
Personne ne peut le dire. Car si ces fuites laissent entendre beaucoup de choses, elles ne démontrent rien de tangible non plus.
Elles donnent l'impression d'une «immunité libérale dans nos institutions», dit le péquiste Jean-François Lisée.
Pour le caquiste François Legault, elles rappellent l'existence «du bon vieux système d'influence du Parti libéral».
Le fait que des éléments d'enquêtes aient été révélés par Le Journal de Montréal et TVA Nouvelles ajoute à la suspicion du gouvernement, où l'on rappelle que Québecor appartient à Pierre-Karl Péladeau, lequel a fait un détour par la direction du Parti québécois il n'y a pas si longtemps.
Ici, il faut souligner que n'importe quel journaliste de n'importe quelle entreprise de presse aurait publié ces informations s'il les avait obtenues. Radio-Canada a d'ailleurs déjà beaucoup donné de ce côté à travers l'émission Enquête.
Mais tous se perdent en conjectures, et pas seulement les responsables politiques. Cette semaine, un ancien journaliste de Radio-Canada, Daniel L'Heureux, a écrit sur Twitter que «depuis qu'un reportage de Radio-Canada sur les femmes autochtones a heurté la SQ, c'est TVA qui bénéficie des fuites de sources policières». Chacun y va de ses hypothèses.
Ces fuites policières seraient motivées par la frustration de policiers de ne pas voir leur travail aboutir? Peut-être. Est-il aussi possible que les enquêtes dont ces fuites découlent piétinent parce qu'elles ne contiennent pas suffisamment d'éléments probants? Peut-être aussi.
Après cette semaine «politique» folle, folle, folle, le brouillard enveloppe toujours un peu plus l'Assemblée nationale. Conséquences de ce genre de périodes: la confiance envers les institutions se délite toujours plus (si tant est que ce soit encore possible, depuis le temps que la glissade a débuté), et des dossiers politiques qui mériteraient d'être davantage fouillés, discutés et débattus sont noyés.
Ce dernier épisode n'inquiète pas tous les élus libéraux sur le plan électoral, cela dit. Quelques-uns estiment que le Parti libéral du Québec a déjà payé le prix de ce genre d'allégations en 2012, lorsqu'il a perdu le pouvoir.
Presque chaque sondage mené dans les jours qui suivent ces épisodes révèle un repli du vote libéral. Les intentions de vote du PLQ se redressent toutefois toujours au fil du temps.
Mais pour combien de temps? se demandent les plus inquiets des libéraux après une semaine calamiteuse.
Laisser du temps...
Le gouvernement Couillard a laissé passer trois mois entre la démission de la solidaire Françoise David et le déclenchement de la partielle dans la circonscription de Gouin. Or, selon certains, il pourrait laisser s'écouler jusqu'à six mois ou presque avant de convoquer aux urnes les électeurs de la circonscription de Louis-Hébert, abandonnée jeudi par Sam Hamad. Le maximum de temps permis par la loi est de six mois.
Dans l'état actuel des choses, on peut s'attendre à ce que le gouvernement ne soit pas pressé et que cette élection partielle ne soit pas déclenchée avant octobre, par exemple. On peut penser qu'il sera tenté d'attendre d'être dans une phase de relance afin de maximiser ses chances de conserver Louis-Hébert. À court terme, les risques électoraux pourraient être élevés.
Ce scrutin dans la région de la capitale sera un test non seulement pour le gouvernement, mais pour la Coalition avenir Québec. Elle y est régulièrement en tête dans les intentions de vote.
Fait à noter : déclenchée mercredi, l'élection partielle dans Gouin le 29 mai se déroulera une semaine à peine après la tenue d'un grand congrès de Québec solidaire. Ce congrès national offrira une très grande visibilité à Québec solidaire et à son candidat Gabriel Nadeau-Dubois quelques jours avant le vote.
Il se trouve des libéraux pour croire ou espérer que cette visibilité desserve les solidaires... Chose certaine, ceux-ci se diviseront lors des débats attendus sur d'éventuelles alliances électorales avec le Parti québécois.