Bill Morneau a d’abord été pris à partie par l’opposition pour avoir omis de divulguer l’ensemble de ses actifs. On a ensuite soulevé des allégations de conflits d’intérêts lorsqu’il a piloté une réforme des régimes de retraite.

Les conservateurs réclament le départ du ministre Morneau

OTTAWA — Le chef du Parti conservateur a réclamé, mercredi, la démission de Bill Morneau, alors que l’opposition multiplie les attaques contre le ministre des Finances, au coeur depuis l’été d’une controverse sur de présumés conflits d’intérêts.

À la lumière de ces controverses, Andrew Scheer a estimé mercredi que le ministre Morneau devrait présenter sa démission, à défaut de quoi le premier ministre se devait de le congédier. Le chef conservateur soutient que M. Morneau «refuse de répondre à des questions simples sur ses avoirs et sur leur contrôle».

«Après des semaines d’un manque de respect scandaleux des Canadiens par le ministre des Finances, et après une considération approfondie, en ma capacité de chef de l’opposition officielle, j’exhorte Bill Morneau à démissionner de ses fonctions», a déclaré M. Scheer à l’extérieur de la Chambre des communes, mercredi, tout juste avant la période de questions.

«Et s’il ne s’en va pas, Justin Trudeau a la responsabilité de démettre Bill Morneau de ses fonctions, pour que les Canadiens aient l’assurance que pour une fois, le fait d’éviter les questions et les conflits d’intérêts veut dire quelque chose pour ce gouvernement libéral.»

Plus tard en Chambre, le premier ministre et son ministre des Finances ont tour à tour et inlassablement mis au défi les conservateurs de répéter leurs nouvelles allégations à l’extérieur de la Chambre des communes, sans la protection de l’immunité parlementaire.

«Si le député [Scheer] veut soulever une allégation, dire quelque chose, il devrait aller au fond de sa pensée, a répondu M. Morneau en Chambre. Il devrait le dire ici, maintenant; il devrait se lever et parler — après quoi il devrait sortir [de la Chambre] et le répéter.»

Grâce à l’immunité parlementaire, les députés ne peuvent être accusés de libelle diffamatoire pour leurs déclarations en Chambre.

La saga continue

Il s’agit d’un nouvel épisode dans cette offensive qui dure depuis l’été. M. Morneau a d’abord été épinglé personnellement par l’opposition pour avoir omis de divulguer l’ensemble de ses actifs une fois élu et nommé ministre des Finances. Tenu très occupé par une réforme fiscale controversée, M. Morneau a finalement plaidé que pour le contrôle de ses actifs, il avait suivi les recommandations de la Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique.

On a ensuite soulevé des allégations de conflits d’intérêts lorsque le ministre des Finances a piloté une réforme des régimes de retraite. M. Morneau a fondé avec son père une firme de ressources humaines, Morneau Shepell, qui administre aussi des régimes de retraite et d’assurance collective. La Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique a finalement amorcé une enquête dans cette affaire.

Puis, au début de la semaine, les conservateurs et les néo-démocrates ont ouvert un nouveau front contre M. Morneau: ils soutiennent que 680 000 actions de la firme Morneau Shepell ont été vendues quelques jours avant l’annonce d’une hausse d’impôt sur le revenu des plus riches. Or, les cours de la Bourse avaient connu une baisse après cette annonce fiscale du ministre des Finances, et quelqu’un a ainsi sauvé un demi-million de dollars en vendant 680 000 actions une semaine auparavant.

L’opposition tente maintenant de savoir, depuis lundi, si M. Morneau a vendu des actions avant son annonce fiscale du 7 décembre 2015. Le député conservateur Pierre Poilievre est venu à un cheveu, lundi, de parler de «délit d’initié»; le lendemain, le ministre Morneau, évitant de répondre directement aux questions, mettait au défi le député Poilievre de répéter ses insinuations à l’extérieur de la Chambre.

Mercredi, le ministre a finalement admis qu’il avait vendu des actions de Morneau Shepell après sa nomination en octobre 2015.