Les classiques des chefs

DÉCODAGE / Une fois la partielle de Louis-Hébert passée, les chefs des partis politiques représentés à l'Assemblée nationale plongeront plus à fond dans la très longue campagne électorale qui mènera les Québécois aux élections d'octobre 2018.
Arrêtons-nous dès maintenant sur les classiques que nous entendrons ou réentendrons plus d'une fois d'ici quelque temps. Arrêtons-nous aux «classiques des chefs». Certains viendront davantage du premier ministre, d'autres des leaders de l'opposition.
Tous s'énoncent en peu de mots. Celui-ci, par exemple: «Il faut écouter la population!»
Oui, mais écouter qui au juste? Écouter quelle frange de la population? Quelle partie de l'opinion publique? Celle qui parle plus fort que les autres?
À ce que l'on sache, comme partout ailleurs, la population au Québec - le «peuple» pour reprendre ce mot à la mode - n'est unanime sur rien. Loin de là, même.
Écouter qui, alors? Ceux qui pensent comme nous? Ceux qui paraissent les plus nombreux?
Ces mots sont scandés par les chefs pour suggérer que leurs adversaires «n'écoutent pas» et pour souligner qu'eux sont à l'écoute.
Il y a aussi le fameux «terrain», celui sur lequel tous diront de plus en plus vouloir se rendre. Ah, le terrain!
N'oublions pas non plus la fameuse «équipe». Un chef paraîtra effacé dans une publicité ou sur une affiche? Ce ne sera jamais parce qu'il traverse un creux. Ce sera pour promouvoir son équipe de candidats.
D'ailleurs, en présentant leurs candidats, les chefs des trois principaux partis politiques représentés à l'Assemblée nationale - le Parti libéral du Québec, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec - glisseront au passage que l'un ou l'autre est «ministrable». Une perspective qui pourra les aider devant certains électeurs.
Le défi: suggérer qu'il ou elle est ministrable sans trop insister là-dessus. Il faut éviter d'avoir l'air de tenir sa propre victoire pour acquise et d'avoir l'air d'être déjà en train de former son conseil des ministres.
Ce genre d'«arrogance» - n'oublions pas non plus ce mot fétiche - est bien entendu l'apanage des autres chefs.
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Comme en campagne électorale
La décision préliminaire du département américain du Commerce d'imposer des droits compensateurs de 220 % sur le prix des avions de la CSeries de Bombardier représente une catastrophe économique potentielle pour le Québec.
Le gouvernement Couillard n'avait pas besoin de ce coup de force américain. Il ne l'a évidemment pas souhaité.
Mais en ces mois électoraux, l'attitude de fermeté de M. Couillard ne peut pas nuire aux libéraux, jugeait-on à l'interne dès mercredi. Devant les travailleurs de l'usine de Bombardier à Mirabel, jeudi, le premier ministre paraissait même en campagne électorale.
Sur un autre plan, mais dans ce même sillon de fermeté, il faut relever les mots forts employés par le ministre québécois de la Culture et des Communications, Luc Fortin, à propos de l'entente négociée entre Ottawa et Netflix. Il faut que cet accord soit réellement loin des attentes de Québec pour avoir fait réagir ainsi un ministre réputé placide.
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Mise en garde lancée il y a 20 ans!
Le monde politico-médiatique a l'habitude de dire des rapports annuels du bureau du Protecteur du citoyen du Québec qu'ils constituent les «catalogues des horreurs» de l'administration publique. Le dernier en date en fournit un bel exemple.
Ce qui est souvent mis en cause par ces protecteurs, c'est la planification des réformes, leur mise en oeuvre. Celle du réseau de la santé a été si mal planifiée qu'elle n'a pas donné les résultats escomptés, selon la nouvelle Protectrice du citoyen, Marie Rinfret.
«Les décideurs ultimes vont-ils réaliser que mettre en oeuvre une réforme sans s'assurer que tout est en place compromet non seulement le démarrage d'une nouvelle loi, mais provoque insécurité, frustration et colère des citoyens?» En toute logique, cette phase aurait pu être prononcée par Mme Rinfret.
Or, elle a été prononcée il y a 20 ans, en septembre 1997, par le Protecteur du citoyen d'alors, Daniel Jacoby. Il fustigeait la mise en oeuvre du régime de perception automatique des pensions alimentaires. Il la jugeait bâclée.
Ce n'était pas la première fois qu'une réforme connaissait de spectaculaires dérapages parce qu'elle était introduite précipitamment. La même chose était arrivée quelque temps plus tôt avec celle de l'état civil et, par la suite, avec celle de l'assurance médicaments.
«Tout est dans la manière de faire», disait M. Jacoby. Ses mots pourraient être répercutés aujourd'hui.
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En bref sur la Colline...
Le délire de la candidate
Alors qu'il était question du prolongement de l'autoroute Félix-Leclerc vendredi matin lors d'échanges entre les élus de la région de Québec à l'Assemblée nationale, le député libéral de Vanier-Les Rivières, Patrick Huot s'est emmêlé les pinceaux, confondant non seulement le «désir» de la candidate dans Louis-Hébert, Ihssane El-Guernati, mais également, l'auteur compositeur québécois avec le roi français.
«On va continuer à appuyer la candidate dans son délire d'Henri IV, excusez, de prolongement de la capitale et au niveau d'Henri IV, on va le dire comme ça [...]», a-t-il lancé. La députée de Québec, Agnès Maltais, n'a pas manqué de relever le lapsus et de se moquer gentiment de son interlocuteur.
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Un souverainiste qui aime le premier ministre canadien
Le député péquiste de Sanguinet, Alain Therrien, y est allé d'un aveu mercredi midi lors du débat d'urgence sur les droits compensateurs que veulent imposer les Américains au CSeries de Bombardier. «Puis là, je vous avoue, Justin Trudeau - c'est un souverainiste qui parle, quand même, là - il fait une bonne job là-dedans, hein? Il a mis le poing sur la table puis il s'est dit menaçant, et moi, j'ai bien aimé», a-t-il d'abord lancé avant d'en rajouter. «J'ai aimé entendre le premier ministre. Je ne suis pas tout le temps content de l'entendre, tu sais, des fois il nous choque, tu sais, mais là je l'ai aimé ce matin.» M. Therrien a lui-même semblé surpris de son intervention, ajoutant à la blague qu'il espérait que ses propos ne seraient pas repris hors contexte sur les médias sociaux.
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Lexique égyptien
Le député de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, s'est inspiré de l'Égypte pour convaincre qu'il est temps de penser aux conditions de vie et de travail des non-syndiqués. «Au temps des pharaons, il n'y avait pas de chômage, mais ça ne veut pas dire que les conditions de travail étaient bonnes, bien au contraire», a-t-il dit avant de se concentrer sur la demande de son parti de voir le salaire minimum grimper à 15 $ l'heure. «Quand on écoute parler Philippe Couillard, on a l'impression que l'augmentation du salaire minimum, c'est la 11e plaie d'Égypte.» Il est rare que l'Égypte soit à ce point à l'honneur à l'Assemblée nationale.
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Des niaiseries
Ses adversaires disent du premier ministre Philippe Couillard qu'il prend les gens de haut. Le caquiste François Legault monte d'ailleurs souvent au créneau pour le clamer. Le principal intéressé se défend d'avoir ce travers. En même temps, il fait des efforts pour se contenir, semble-t-il. C'est ce qu'il a confessé mercredi, tout en péchant un petit peu... À M. Legault qui l'interrogeait sur la Caisse de dépôt et placement du Québec, il a dit ceci : «Alors, ce matin, en me levant, là, je me suis vraiment parlé, puis je me suis dit: "Même s'ils disent des niaiseries, ne réponds pas. Ne réponds pas, ne va pas sur ce plan-là, reste sur les enjeux." Alors, c'est ce que je fais.»
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La citation de la semaine
«Pas un boulon, pas une pièce, pas un avion venant de Boeing au Canada tant que ce conflit n'est pas réglé.»
- Philippe Couillard réagissant à la décision préliminaire du département américain du Commerce d'imposer des droits compensateurs de 220 % sur le prix des avions de la CSeries de Bombardier.