Maxime Bernier représente la Beauce sur la scène fédérale depuis 2006. 

Les Beaucerons préférent Maxime Bernier à son parti

En Beauce, région vallonnée riche en entrepreneurs et en camions «pick-up», les électeurs disent voter pour le candidat, et non le parti politique.
Depuis 2006, l'agrégat de villages au long de la rivière Chaudière est représenté sur la scène fédérale par le conservateur Maxime Bernier, largement pressenti comme meneur dans la course à la direction du parti, qui aboutira samedi.
Dans sa ville natale de Saint-Georges, métropole de 30 000 habitants et coeur entrepreneurial de la région, l'homme d'affaires et amateur d'art Marcel Drouin soutient que les gens de la place aiment «Maxime» plutôt que les conservateurs.
«Ce n'est pas la voiture, c'est le cheval qui la tire que l'on appuie, a-t-il exposé. La région n'est pas excessivement conservatrice. Demain matin, si un cheval libéral aussi bon que Maxime arrive, on vote pour lui.»
Bien que les Beaucerons ne semblent pas conservateurs dans l'âme, il n'est pas étonnant que le candidat favori - et peut-être même le plus libertarien de la course - soit issu de leur coin de pays, qui s'étire du sud de la ville de Québec jusqu'à la frontière avec le Maine.
Les Beaucerons se décrivent comme férocement indépendants. D'ailleurs, ils n'hésitent pas à souligner qu'ils ne sollicitent jamais l'aide du gouvernement et qu'ils croient en l'entrepreneuriat et la solidarité.
«Les Beaucerons sont habitués à ne pas demander», soutient Marcel Drouin, qui préside le comité organisateur d'un festival local parrainé par l'Organisation internationale de la Francophonie.
«Ils sont très entrepreneurs, très créatifs aussi», a-t-il poursuivi, ajoutant que son festival de sculpture se donne notamment pour mission de stimuler l'entrepreneuriat.
À 25 kilomètres au sud de Saint-Georges, au-delà de vastes étendues verdoyantes parsemées de milliers de pissenlits chatoyant sous l'éclat du soleil, Fabien Roy détient une érablière avec quelque 8000 entailles.
L'agriculteur a de bons mots pour Maxime Bernier, avec qui il avait fréquenté l'école, malgré le fait qu'une de ses promesses électorales consiste en l'abolition du «cartel» du sirop d'érable.
La production de sirop d'érable au Québec est soumise à un système de quotas sous l'égide d'une fédération de producteurs qui en fixe également le prix.
M. Roy dit aimer le système actuel pusiqu'il lui garantit un prix pour son sirop - mais il aime également Maxime Bernier.
«Peu importe les défauts qu'il a, il fait ce qu'il dit, ce que la plupart des politiciens ne font pas», a-t-il avancé.
Promesses
La campagne de Maxime Bernier repose sur une série de promesses pour le moins peu orthodoxes telles qu'abolir la taxe sur les gains en capital ou encore mettre fin à l'implication fédérale dans les réseaux de santé des provinces en leur accordant des points d'impôts.
Il s'est aussi engagé à abolir la gestion de l'offre qui détermine les prix du lait, des oeufs et de la volaille en plus d'en protéger les producteurs face à la concurrence étrangère.
Même si la Beauce regorge de fermiers, leur nombre ne fait pas le poids sur le plan politique, estime Fabien Roy.
«Le pourcentage du vote des agriculteurs, c'est (relativement) très petit. Mais il y a combien de gens qui bénéficieraient de la baisse du prix du lait?», a soulevé l'acériculteur.
Du côté de Saint-Georges, Jean-François Lambert prête main-forte à l'épicerie de sa fille, qui est également propriétaire du restaurant branché avoisinant.
M. Lambert croit lui aussi que les Beaucerons appuient le candidat et non sa formation politique, mais il ne compte pas accorder son vote à Bernier.
«Je crois qu'il n'est même pas ministrable, a-t-il lancé. Je pense que c'est plutôt un opportuniste.»
Debout devant un étalage garni de bières artisanales québécoises, il a toutefois reconnu que M. Bernier «s'implique beaucoup en Beauce» et que sa famille est «honnête» et «travaille beaucoup pour le comté».
Son père, Gilles Bernier, y avait été élu sous la bannière des progressistes-conservateurs en 1984 et en 1988, puis en tant que candidat indépendant en 1993.
Jean-François Lambert croit également que les propositions de Maxime Bernier ne détonnent pas en Beauce.
«C'est particulier (ici) parce qu'on a tout le temps été oubliés, a-t-il avancé. Il faut se retrousser les manches ensemble si on veut quelque chose. On ne s'est jamais fié aux gouvernements.»
Sur la même rue se trouve Kelly Veilleux et sa boutique de vêtements -eux aussi pour la plupart québécois.
L'entrepreneure qui a pignon sur rue depuis maintenant trois ans dit avoir invité Maxime Bernier à l'ouverture de sa boutique.
«Il est venu, a-t-elle indiqué. Pour lui, c'est important, je pense, les ouvertures (de PME).»
La jeune femme de 26 ans affirme qu'elle voterait sans doute pour lui s'il briguait le poste de premier ministre.
Kelly Veilleux se dit fière d'être entrepreneure.
«Ça donne une liberté, a-t-elle exposé. J'ai toujours voulu avoir (mon entreprise). Il faut être tenace.»
Maxime Bernier affronte 12 autres candidats pour succéder à Stephen Harper. Les membres du Parti conservateur du Canada désigneront leur nouveau chef par un vote préférentiel dont les résultats seront divulgués samedi, dans le cadre d'un congrès à Toronto.